29e Dimanche TOC

Luc 18,1-8

prier les mains levees

 

Une vie chrétienne sans prière est comme une lampe sans huile. Il n’y donc pas de vie chrétienne sans prière, et une prière persévérante. Jésus, à travers la liturgie de ce 29e Dimanche TOC, nous le rappelle. Et pour ce faire, Il commence par nous raconter l’histoire d’une pauvre veuve qui insiste pour que justice lui soit faite. C’est une femme sans défense, sans pouvoir, sans argent, ni bonnes relations. Elle a des démêlés avec une justice corrompue, avec un juge cynique qui se fiche des pauvres et des faibles. Et pourtant l’obstination de cette femme va faire basculer l’attitude moqueuse de ce « juge dépourvu de justice ». Et à force d’être harcelé, le juge finira par lui accorder tout ce qu’elle demande.

Cette veuve, dont l’Évangile ne cite pas le nom, symbolise la pauvreté et l’impuissance des exclus, des sans-voix et des marginalisés qui sont très nombreux chez nous et dans le monde entier. Elle est la figure de toutes les victimes d’injustice, de conflits, d’attentats, de persécutions, du racisme…, et des systèmes politiques qui ne visent que le bien-être socio-économique de ceux qui les composent et leurs alliés.

Par ailleurs, il semble bien que les communautés chrétiennes auxquelles s’adressait Luc aient passé par une crise grave et risquaient de se décourager. Elles pensaient que le Christ viendrait très bientôt établir son Royaume, dans quelques mois, tout au plus dans quelques années. Or rien ne s’était passé. Le Seigneur tarde…

Nous aussi, il nous est facile de penser que le Seigneur tarde. Il tarde à répondre à nos prières. Il tarde à accomplir nos requêtes trop intéressées ; dès fois nous pensons même qu’Il ne nous écoute pas. Il se tait. Dans son terrible et mystérieux silence, le Seigneur nous fait attendre. Souvent nous disons comme le Psalmiste : « Jusques à quand Seigneur ? ». Oui, il arrive que, exténués physiquement ou moralement, nous n’ayons plus la force de « lever les mains » vers le ciel. Nous nous demandons sans cesse si Dieu est vraiment au milieu de nous. Nous nous sommes laissé emporter par la vague du découragement. Mais comment surmonter ce sentiment de révolte et de trouble, si incompatible à la vie du croyant soit-il?

Souvenons-nous que le pire ennemi de la foi c’est le doute, le découragement. C’est quand on se dit que Dieu n’est jamais là, ou qu’il nous a abandonnés au moment que nous avons le plus besoin de Lui. Jésus nous met en garde contre ce danger. Il nous prévient de nous garder des oiseaux de malheur et des maîtres du soupçon qui viennent sans cesse, en personnes humaines et événements, pour semer le doute. Et l’exemple de cette pauvre veuve vient à point nommé : nous sommes aussi démunis qu’elle, tâchons d’en être aussi obstinés. Ce n’est pas sans raison que Jésus reprend sur un ton solennel : « Je vous le déclare, sans tarder il leur fera justice. » 

Mais il ajoute, en guise de conclusion : « Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? » C’est une mise en garde, valable pour tous les Chrétiens de tous les temps. Car croire c’est s’obstiner dans la prière, c’est crier vers Dieu jour et nuit sans baisser les bras. Voilà pourquoi il est toujours bon de trouver des frères et sœurs pour soutenir nos mains défaillantes ; normalement, c’est le rôle de nos communautés. Elles sont là pour nous aider « à tenir nos mains en l’air » surtout quand le doute et le découragement nous guettent ; ce moment exact que le diable attend pour jouer ses cartes, pour nous proposer un pacte.

Prier c’est insister comme des enfants qui reviennent sans arrêt jusqu’à obtenir gain de cause. Notre Dieu n’est pas comme ce juge dont nous parle l’Évangile. Il est notre Père, un Père qui aime chacun de nous. Nous sommes Ses enfants. Et Il ne veut que notre bonheur. Voilà une bonne nouvelle qui doit nous remplir de joie. Ceux qui nous ont précédés dans la foi en étaient convaincus. C’est d’ailleurs dans cette optique que 15 psaumes ont été composés. Ce sont les psaumes 120 à 134 qu’on appelle « Psaumes des montées »; car le verbe « monter » était le mot consacré pour parler des pèlerinages ; pour deux raisons au moins : tout simplement, d’abord, parce que Jérusalem est sur la hauteur, ensuite sur un plan symbolique, parce que la démarche du pèlerinage représente, pour le croyant, une réelle montée spirituelle.

Faire confiance à Dieu, même quand Son amour n’est plus évident, voilà la seule foi vraie. Jésus ne nous a pas caché la difficulté : ce n’est pas facile de persévérer dans la foi, de ne pas « baisser les bras » jusqu’à la fin, jusqu’au « coucher du soleil » (Première lecture / Exode 17.8–13).

Souvent nous courons à droite et à gauche, étant pris dans l’engrenage de la consommation et de la vitesse. Nous n'avons plus le temps de nous arrêter, sauf au moment de l'infarctus. «Vous savez, moi, avec mes études, mon travail, ma vie sociale, mes sports, mes engagements, mes amis-es, Facebook, Twitter, Instagram, WhatsApp… je n'ai pas le temps de prier. Le dimanche matin est mon seul temps de repos... Vous comprenez pourquoi je ne vais pas à la Messe...». Et quand survient un moindre danger, Oh mon Dieu… C’est dommage !

La Parole de Dieu pour ce 29e Dimanche vient nous rappeler que prier n’est pas une perte de temps. C’est au contraire une manière intelligente de remettre en perspective les nombreuses activités de notre vie de tous les jours. C’est la meilleure façon de retrouver un certain équilibre, tout en gardant un contact régulier avec Dieu. Elle nous rappelle que le Seigneur nous accompagne dans notre pèlerinage de vie. Nous ne sommes jamais seuls à faire face aux difficultés que nous rencontrons.

Je ne sais pas quelle situation tu vis et qui t’aurait mis à bout de force et en désespoir de cause ; mais, crois-le, en ces instants de grande désolation, le Seigneur entend ton cri, comme la pauvre veuve de l’Evangile. Ce cri traverse l'obscurité, s'infiltre dans les nuages, se mêle à la lumière des étoiles, et se fraye un passage jusqu'à Son Cœur. Et, Lui qui a connu l'angoisse en voyant un Fils répandant son Sang sur la croix, t’apportera le soulagement à ta détresse dont Il connait la cause et le remède. Il ne te demande qu’une chose : « Tiens ferme dans la foi, persévère dans la prière! »

Et aujourd’hui, si tu entends Sa voix, ne ferme pas ton cœur. (Hébreux 3, 7-8).

 

Père Emmanuel FENELUS

Diocèse de Fort-Liberté

Haïti (W.I.)