Le plus grand des enfants nés de femme (Mt 11,11)

 

Jean

 

Sœurs et frères bien-aimés,

                                En ce dimanche 24 juin 2018 - solennité de la Nativité du Précurseur -, nous chantons avec l’Eglise universelle en général et l’Eglise du Christ qui séjourne au Canada en particulier les merveilles que Dieu a accomplies pour le plus grand des enfants des femmes (Mt 11,11). En effet, l’Eglise ne célèbre que trois naissances : celle du Fils de Dieu, celle de Notre-Dame, sa Mère, et celle de Jean-Baptiste. Quant à ce dernier, sa naissance - attestée dès le IVe siècle - fut même célébrée bien avant celle de la Vierge Marie.

Au fait, pour tous les autres saints, l’Eglise ne retient que le jour de leur naissance au ciel, c'est-à-dire le jour du passage de leur vie d’ici-bas à celle d’en haut. Pourtant, en ce qui a trait à saint Jean, il est légitime de fêter sa naissance comme la célébration de l’entrée d’un saint dans notre monde ; puisque :

  1. sa venue et sa mission furent annoncées par le prophète Jérémie en ces termes : « Avant même de te former dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu viennes au jour, je t’ai consacré ; je fais de toi un prophète pour les peuples » (Jr 1,5). C’est encore de lui que parle Isaïe lorsqu’il proclame : « J’étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m’a appelé » (1ère lect.) ;
  2. dès le sein maternel, lors de la Visitation de Marie à sa cousine Élisabeth (Lc 1, 39-56), il fut purifié du péché originel et oint de l’Esprit Saint. Bref, il fut bénéficiaire de la grâce de sanctification sur quoi la sainteté se fonde.  

Se demandant pourquoi Notre-Seigneur était né au solstice d’hiver et Jean à l’équinoxe d’été, saint Augustin remarque que celui qui a dit : « Il faut qu’il grandisse et moi que je diminue » (Jn 3, 29-30) naît au moment où les jours commencent à diminuer, alors que le Christ surgit dans le monde comme « l’astre d’en haut qui vient nous visiter pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort » (Lc 1, 78-79). Il faut cependant ajouter un motif pastoral, à savoir la lutte contre les pratiques idolâtriques. Le culte de Mithra célébrait la victoire du soleil le 25 décembre, et le solstice d’été était l’occasion de réjouissances populaires accompagnées de rituels impliquant des danses autour de grands feux symbolisant la lumière du soleil à son apogée. A la suite des Pères de l'Église, Charlemagne interdit à plusieurs reprises ces pratiques, mais en vain : la tradition païenne subsistait – et subsiste toujours ! Il ne restait plus qu’à l’intégrer dans la liturgie chrétienne en bénissant le feu, qui devint le symbole de la joie en raison de la naissance du Précurseur (S. Césaire d’Arles, Concile d’Agde, en 506). Fort heureusement, les six mois qui séparent les deux solstices et donc les deux nativités peuvent également se référer à une Parole évangélique : lors de l’Annonciation, l’Ange révèle en effet à Marie que sa « cousine a conçu elle aussi un fils dans sa vieillesse et qu’elle en est à son sixième mois ». La naissance du Précurseur précèderait donc effectivement de six mois celle du Seigneur auquel il avait mission de « rendre témoignage, afin que tous croient en lui » (Jn 1, 7). En contemplant les feux de la Saint Jean, souvenons-nous du Feu de l’Esprit que le Christ est venu allumer sur terre : « oui j’ai vu et je rends témoignage, atteste le Précurseur : c’est lui le Fils de Dieu » (Jn 1, 34) ; « celui qui vous baptisera dans l’Esprit et le Feu » (Lc 3, 16). 

Filles et fils bien-aimés, en cette solennité, Dieu a quelque chose à nous rappeler, à nous dire et à nous demander. En la personne d’Elisabeth, le Seigneur veut nous rappeler sa fidélité dans ses promesses, que sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent, qu’il s’en est toujours souvenu, comme il l’avait promis à nos pères, à Abraham et à sa descendance à jamais (le magnificat). Il veut nous rappeler aussi qu’il sait ramasser le pauvre à terre pour lui donner un siège entre les grands et les nobles de son peuple, qu’il sait donner un foyer à la femme stérile et en faire une mère joyeuse avec ses enfants (Ps 112). Tout ce qu’il nous demande, c’est un peu de patience ; car tout vient à point à qui sait attendre.

En la personne de Notre-Dame, le Seigneur nous rappelle que le vrai chrétien est serviteur, disciple du Christ qui a dit : « Je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir » (Mt 20, 28) ; il doit, à l'instar du Christ et de sa Mère, se faire le serviteur de tous ... Marie, la première des Chrétiens a compris par avance la grandeur du service. Elle sert Elisabeth durant trois mois et elle demeure le modèle incomparable, celle qui n'a eu d'autre réponse à l'Ange que : « Voici la servante du Seigneur… » Ainsi, elle nous demande d'être au service du Christ dans ceux qui m'entourent  (Mt 25,40)... Quel pourrait être mon service aujourd’hui, cette semaine, ce mois, cette année, le restant de ma vie ?

 « Cette affaire impressionna fortement le voisinage et, dans toute la région montagneuse de Judée on commentait ces événements » (Lc 1,65). Ainsi, le Seigneur nous demande de « partager la joie de ceux qui sont joyeux et les larmes de ceux qui pleurent » (Rm 12,15).

Saint Luc rapporte que Zacharie, dès qu'il recouvre l'usage de la parole, commence par bénir le Nom du Seigneur. On sait qu'il était demeuré muet depuis l'apparition de l'Ange parce qu'il avait hésité dans sa foi (Lc 1,20). L'Évangile précise : « Il parlait et bénissait Dieu... » Nous aussi, nous avons l'usage de la parole. Cette fête nous dit que nous devons l’utiliser pour louer Dieu, le bénir et bénir nos prochains.... Mais quel pourcentage de nos paroles sert à bénir Dieu et nos prochains ? Et quel pourcentage de nos paroles sert à médire, discriminer, injurier, dénigrer, vilipender… les autres ?

saint Jean-Baptsite

Le petit Jean qui a vu le soleil aujourd’hui va être le Jean Baptiste du désert et du Jourdain, un homme de foi profonde et de conversion permanente : «Convertissez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche.» Il savait qu’on ne peut atteindre la maturité dans la foi et dans la vie sans une conversion constante. Julien Greene disait : «Le Chrétien est une personne qui se convertit tous les jours». Beaucoup pensent que la conversion c’est seulement pour les autres! Certains se disent : «Je n'y peux rien. C'est mon caractère. Je suis comme ça...». Jean Baptiste nous invite à lutter contre la paresse qui nous empêche de nous engager, à mettre de côté l’orgueil qui refuse de faire le premier pas et de pardonner, à changer notre tempérament agressif… L’espérance évangélique nous assure que personne n’est enfermé dans son passé, dans ses mauvaises habitudes et que tous nous pouvons nous améliorer et changer quelque chose dans notre façon d’être. Elle nous apprend que la conversion n’est jamais faite une fois pour tout le reste de la vie. C’est pourquoi, au début de chaque eucharistie, dans la prière pénitentielle, nous demandons pardon de nos fautes.

En Grèce, lors des jeux olympiques anciens, on proposait une course qui consistait non pas à courir le plus rapidement possible, mais à croiser la ligne d’arrivée avec sa chandelle allumée… Ceci est une belle image de la foi qui nous accompagne pendant toute notre vie et nous permet d’arriver à la fin de la course avec notre chandelle allumée!

« Dès le sein maternel, je t’ai appelé… » « Que sera donc cet enfant ? »: Avant même notre conception, Dieu nous a aimés, nous a connus et a un projet sur nous. Cette fête nous demande donc de promouvoir la vie. Elle nous dit qu’en avortant, c’est un Pape, un taximan, un médecin, une infirmière, un président, un prêtre, un agronome, un instituteur, un mécanicien, un charpentier… une lumière des nations que nous assassinons et nous invite à implorer le pardon de Dieu et sa grâce de ne plus recommencer, voire en être complice.

Cette fête nous demande enfin d’être ouverts sur le monde : Dès le ventre de sa mère, Jean a été appelé pour être « lumière des nations ». Elle demande à chacun de nous brancher sur le Christ, la Lumière du monde, afin que nous soyons, chacun, lumière pour soi-même, lumière pour celui qui est à coté de soi et lumière pour le monde.

Tout au cours de cette célébration et toute notre vie durant, demandons au Seigneur de nous accorder la grâce d’avancer sur le chemin du salut, attentifs aux appels de saint Jean le Précurseur, pour rencontrer plus surement le Sauveur qu’il annonçait, Jésus Christ, son Fils, notre Seigneur qui règne avec lui et l’Esprit Saint, aujourd’hui et à jamais (Collecte de la vigile).

Grâce, miséricorde et paix de par Dieu le Père et le Seigneur Jésus-Christ soient avec vous !