Homélie de la Fête de l'Épiphanie - 07/01/2018

epiphanie carrefour

Nous célébrons aujourd’hui une merveille. Il s’agit de la miséricorde de Dieu qui continue à faire irruption dans notre histoire. En cette fête, le Seigneur veut nous rappeler que le salut n’est pas réservé uniquement aux Juifs, mais à toutes les nations devant qui il s’est manifesté aujourd’hui. En effet, il veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité (1Tm 2,4). Cette connaissance est comme une lumière qui éclaire nos âmes. Autrement dit, lorsque nous prenons conscience de ce grand projet de Dieu sur notre vie, nous marchons sur cette terre en fils et filles de lumière. Nous ne pouvons plus patauger dans le péché puisque la gloire de Dieu s’est levée sur nous ; et la gloire de Dieu, pour répéter saint Irénée de Lyon, c’est l’homme debout.

C’est ce à quoi Isaïe invite Jérusalem dans la 1ère lecture. Après l’exil, la discorde battait son plein au milieu du peuple. C’est comme s’il renonçait à sa mission de lumière des nations. Alors Isaïe l’invite à se prendre en mains en ces termes : « Debout, Jérusalem, resplendis ! Car voici ta lumière, et sur toi s’est levée la gloire du Yahvé ». Cette parole adressée à la ville sainte nous appelle, nous aussi, à nous lever. Elle nous invite à sortir de nos enfermements, à découvrir les merveilles d’amour, de justice, de paix que Dieu nous propose. Oui ! La fête de l’Epiphanie c’est ça : une invitation à exulter de joie en notre Dieu miséricordieux qui éclaire de sa Lumière tous ses chercheurs afin qu’ils puissent le trouver.

La fête de l’Épiphanie nous rappelle, nous chrétiens, que nous sommes lumière du monde; un monde aveuglé par les ténèbres du péché. Toutefois, la 1ère lecture nous rappelle que cette lumière n’est pas nôtre. Nous la recevons de Dieu. Nous sommes ainsi comme la lune, pour répéter saint Ambroise. Nous éclairons le monde de la lumière que nous recevons du Christ, le véritable Soleil de Justice que le prophète Michée a annoncé et qui, lui-même a déclaré : « Je suis la Lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres : il aura la lumière qui est vie » (Jean 8,12).

Dans la péricope évangélique du jour, saint Matthieu nous parle de quelques étrangers, des Mages venus de l’Orient ; ils viennent dans l’intention d’adorer un enfant qui vient de naitre. En lisant cette portion d’évangile, nous ne pouvons nous empêcher de poser ces questions : Quel rapport y’a-t-il entre les étrangers et le Nouveau-Né ? Pourquoi viennent-ils de l’Orient ? Pourquoi l’étoile s’est-elle arrêtée sur Jérusalem ? Que représentent ces présents ?

Au fait, pour comprendre le sens de ce récit très imagé, il est essentiel de faire une sorte de plongeon historique. Nous devons nous plonger dans le quatrième livre de la Bible, les Nombres, du chapitre 22 au 24. Il s’agit de l’histoire de Balaam et du roi de Moab, Balak. Ce dernier est inquiet pour avoir vu ce qu’Israël, en marche vers la Terre Promise, a fait aux Amorites. Il fait appel à un devin étranger, un mage du nom de Balaam qui, sur son ânesse, devrait venir pour maudire le peuple d’Israël. Mais Dieu ne l’entend pas ainsi et il empêche Balaam d’anathématiser Israël... Bien plus, il le fait bénir. Il le fait annoncer le Messie à venir et, pour finir, laisse le devin repartir d’où il était venu en se protégeant de la fureur du roi... c’est le style de notre Dieu qui consiste à transformer les acteurs de nos malheurs en spectateurs de notre bonheur.

Matthieu écrit, ne n’oubliez pas, pour des chrétiens d’origine juive. Ils connaissaient assez bien cette histoire. Ils ne sont pas surpris de lire qu’au début de son évangile, Matthieu, le juif, la reprenne pour évoquer la naissance de Jésus. Elle constitue à elle seule un mini-évangile, un résumé de tout ce qu’a retenu Matthieu concernant Jésus, le Roi. C’est donc un récit qu’il ne faut pas pour autant prendre à la légère. Rappelons-en quelques éléments...

Les Mages : Matthieu n’a donné ni leurs noms ni le nombre, pas même la quantité de cadeaux qu’ils ont apportés. Il se contente de dire qu’ils en apportaient. C'est sans doute parce qu'on y lit qu'ils offrent de l'or, de l'encens et de la myrrhe que la tradition populaire, notamment Origène, a déduit qu'ils étaient trois. Tertulien a dit qu’ils étaient d’origine royale. Vers le VIe siècle leurs noms de Gaspard, Melchior et Balthazar apparaissent.

Les mages n'étaient évidemment pas des juifs. La postérité complaisante les a imaginés dans différents rôles de représentation, comme l'évocation des trois âges de la vie : la jeunesse (Gaspard), l'âge mûr (Balthasar) et la vieillesse (Melchior). Vers le XIVe siècle, on a découvert qu’ils étaient de provenance géographique différente : Melchior (cheveux blancs), Roi des Perses, en Europe. Gaspard (peau rouge), roi des Indes en Asie ; Balthazar (visage noir), roi des Arabes en Afrique. Ils représentent donc tous les non-juifs, tous les peuples, tous les âges, toutes les races de la terre pour qui Jésus est aussi né.

Les présents : ils sont en effet la réalisation de la prophétie du livre des Psaumes (72,9-11) « Les rois de Tarsis et des îles amèneront des offrandes, les rois de Séba et de Saba apporteront leur offrande. Tous les rois se prosterneront devant lui, toutes les nations le serviront » et celle d’Isaïe que nous venons d’entendre dans la 1ere lecture (Isaïe 60,1-6). Ces présents étaient de l'or pour reconnaître sa royauté, de l’encens pour reconnaitre sa Divinité et de la myrrhe sachant que Jésus, Fils de Dieu était aussi Fils de l'homme ; et, comme tel, il est destiné à mourir pour notre salut. »

L’étoile : sans elle, les mages ne découvriraient pas le Fils de Dieu. L’étoile est l’image de la foi : un don que Dieu nous fait. Elle est comme un signe dans la nuit, le signe d’un Dieu qui n’abandonne pas les hommes dans leurs ténèbres, mais se plaît à les rassurer en leur rappelant sa fidélité. Les mages, nous dit l’évangile, « furent remplis de joie à la vue de l’étoile… » C’est pour nous une invitation à considérer, avec émerveillement, toutes les étoiles qui ont guidé notre route vers le Christ. Elle symbolise tous les événements, les rencontres, les paroles de nos prochains qui ont été comme des étoiles à certaines périodes sombres de notre vie.

Quant à Hérode, c’est une autre histoire. Saint Matthieu nous dit qu’il fut bouleversé et tout Jérusalem avec lui… Alors il se renseigne d’abord sur le lieu. Les chefs des prêtres et les scribes lui disent que le prophète Michée avait prédit que le Messie naîtra à Bethléem. Ensuite, il se renseigne sur l’âge de l’enfant. Il a déjà son idée derrière la tête pour s’en débarrasser ; il convoque les Mages pour leur demander la date exacte de l’apparition de l’étoile. On ne connaît pas la réponse mais la suite nous la fait deviner puisque, en prenant une grande marge, il fera supprimer tous les enfants de moins de deux ans…

Mais voilà que les Mages ont perdu de vue l'étoile qui les guidait. Ils se sont dirigés vers ceux qui doivent savoir, les scribes et les chefs des prêtres qui connaissent la Bible. C'est aussi important pour nous : Dans notre cheminement, nous avons besoin d'être guidés par les Écritures et de nous en nourrir.

Les Mages arrivent donc à la crèche. Ils y trouvent l'enfant avec Marie sa mère. Ils se prosternent et lui offrent leurs cadeaux. Ils ont choisi ce qu'il y a de mieux. Et nous, qu'avons-nous à offrir au Roi du monde ? Il n'a pas besoin de pierres précieuses ni de luxueux palais ni d’étoffes éclatantes. Le trésor auquel il tient le plus, c'est une vie remplie d'amour, un cœur de pauvre, nos inquiétudes. C'est cela que nous pouvons lui offrir.

Enfin, vient ce que le Seigneur attend de nous le plus : c’est par un autre chemin que les mages regagnent leur pays... C’est l’image même de la vie chrétienne, c’est-à-dire de la conversion. Quand on a découvert Jésus, on ne peut plus continuer comme avant. Il faut changer de cap, prendre une autre route ! Il faut divorcer avec tout ce qui nous empêche d’avancer, tout ce qui n’est pas Dieu et qui nous aveugle sur le chemin de la vie. A l’instar de saint Paul, nous devons laisser la lumière du Christ nous imprégner afin de pouvoir dire avec lui : « Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi ».

« Où se trouve le Roi des Juifs, demandaient les Mages, qui vient de naître ? » Il n’est plus dans l’étable. Il est dans le Pain de la Parole et dans l'Eucharistie que nous allons célébrer ensemble ; il est dans nos prochains devant qui nous passons souvent avec indifférence, sans tenir compte de leur angoisse. « Allez vous renseigner avec précision sur l'enfant… » Paradoxalement, Hérode nous donne un bon conseil : Se renseigner sur le Christ, être des chercheurs de Dieu pour mieux le connaître et en témoigner autour de nous. Les hommes qui refusent de croire attendent de nous une foi plus éclairée. Après nous être nourris de la Parole et du Corps du Christ, nous sommes invités à repartir « par un autre chemin » pour rendre compte de l'espérance qui nous anime.

Prions : Seigneur, donne-nous la force et le courage d’aller vers les autres pour leur annoncer la joyeuse nouvelle de ton amour miséricordieux. Fais de notre vie une étoile qui reflète un peu de ta lumière dans la nuit pour guider les hommes vers toi. Oui Seigneur Jésus, aide-nous à être d’humbles étoiles qui brillent dans la nuit de notre foi. Notre lumière vient de toi et vers toi elle nous conduit. Donne-nous de conduire les hommes dans l’obscurité de la nuit à ton admirable lumière. Que notre présence soit signe d’espérance et réjouisse ceux qui te cherchent sans le savoir. Jésus, Roi de gloire, sois notre lumière.