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Au sujet des Saints et le culte rendu à eux

 

Souvenez-vous de ceux qui vous ont dirigés : ils vous ont annoncé la Parole de Dieu. Méditez sur l’aboutissement de la vie qu’ils ont menée, et imitez leur foi. Jésus Christ, hier et aujourd’hui est le même, il l’est pour l’éternité. Ne vous laissez pas égarer par des doctrines diverses et étrangères (He 13,7-9a).

 

Dans la bénédiction solennelle pour la fête de tous les Saints, No 18, la liturgie sollicite de Dieu, gloire et exaltation des Saints, une bénédiction perpétuelle, lui qui nous a accordé la faveur de recevoir le réconfort de leurs suffrages extraordinaires.

Elle souhaite aussi que nous soyons toujours préoccupés du service de Dieu et des frères, ayant été libérés des maux présents par l’intercession des Saints et ayant été instruits par leurs exemples et leur compagnie.

Elle demande enfin que nous parvenions à posséder avec tous les Saints la joie de cette patrie où la sainte Eglise se réjouit de voir réunis ses fils aux citoyens d’en haut dans la paix perpétuelle.

La première préface des Saints évolue cela en disant que Dieu est glorifié dans l’assemblée des Saints et qu’en couronnant leurs mérites il couronne ses propres dons. Elle dit que dans leur vie Dieu nous procure un modèle, dans la communion avec eux une famille, et dans leur intercession un appui ; afin que, soutenus par cette foule immense de témoins, nous courrions jusqu’au bout l’épreuve qui est proposée et recevions avec eux l’impérissable couronne de gloire, par le Christ, notre Seigneur.

La seconde préface dit que Dieu ravive toujours les forces de son Eglise par la foi dont témoignent les Saints et qu’il nous montre ainsi son amour. L’Eglise lui rend grâce de ce que l’exemple des Saints nou stimule et que leur prière fraternelle nous aide à travailler pour que son règne arrive.

Nous n’avons pas ici-bas de cité permanente. Nous recevons celle de l’avenir (He 13,14), les choses d’en-haut, où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu, en qui se trouve cachée notre vie de ressuscités (Col 3,1-3 ; Ph 3,20).

Nous contemplons le Christ à travers le prisme des Saints. Nous recherchons dans leur vie un modèle, dans la communion avec eux une famille, dans leur intercession un appui.

Le Christ est la Tête de l’Eglise (Eph 1,22) triomphante, souffrante, militante. La sève qui part de la tête, irrigue les membres que nous sommes. C’est la communion des Saints (CEC 1474-1477)[1].

Les Saints sont une nuée de témoins qui nous enveloppe pour que nous courrions avec constance l’épreuve qui nous est proposée, fixant les yeux sur le Chef de notre foi qui la mène à la perfection (He 12,1-2) Jésus, le Christ, le Saint de Dieu (Lc 1,69 ; Mc 1,24 ; Ac 3,14 ; 2,27 ; Lc 1,35 ; 4,34 ; Jn 6,69 ; Ap 3,7) en qui se trouve récapitulé tout l’univers (Ep 1,10 ; Col 1,16.20 ; Pr 8,22).

Le Christ est l’unique modèle de sainteté (Ph 2,5 ; Mt 16,24 ; Jn 13,15 ; 1P 2,21 ; 1Jn 2,6). En prenant modèle sur les Saints, c’est la sainteté même de Jésus que nous imitons sous ses diverses formes. Saint Paul nous invite à l’imiter comme lui-même imite le Christ ; c’est l’imitation de Jésus-Christ « médiatisée » (1Co 11,1 ; 4,16 ; 2Th 3,6 ; Ga 4,12 ; Ph 3,17 ; 1Th 1,6 ; 1P 5,4). Tel ou tel aspect de la sainteté du Christ est mis en relief par tel ou tel saint, convergeant vers l’Amour 1Co 13,1-13 ; CEC 826). Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus a compris que si l’Amour s’éteignait, les Apôtres n’annonceraient plus l’Evangile, les Martyrs refuseraient de verser leur sang… elle a déduit que l’Amour enferme en lui toutes les vocations, qu’il était tout, de tous les temps et de tous les lieux, en un mot qu’il est éternel (Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, Manuscrit B, 3V).

Dieu est Amour (1Jn 4,8.16). Il nous appelle à la sainteté en suivant cette voie de perfection (Mt 5,48 ; CEC 2013-2014 ; LG 39-42). Nous marchons sur les traces de ceux qui sont parvenus au but et qui ont reçu la couronne de justice (2Tm 4,8). Mais c’est le Christ lui-même que nous recherchons (Mt 11,29 ; Jn 14,6 ; 15,12 ; Mc 8,32 ; 9,7 ; Ph 3,12).

Entre la vie des Saints et l’Evangile, il n’y a de différence que celle qui existe entre une musique chantée et une musique écrite. On ne trouve pas de fausse note. C’est ce que garantit la canonisation, qui est une proclamation solennelle de l’héroïcité des vertus, de la fidélité à la grâce de Dieu, de la docilité à la puissance de l’Esprit-Saint, de l’intercession (CEC 828 ; LG 40[2]).

Dans « Christifideles Laïci », au numéro 16, le Pape saint Jean-Paul II dit que dans les temps les plus difficiles, à travers l’histoire de l’Eglise, les Saints et les Saintes furent source et origine de rénovation.

Marie est la reine de tous les Saints, la Panaghia (=la Toute Sainte), celle qui a reçu en plénitude toutes sortes de bénédictions spirituelles, pour être sainte et immaculée en présence de Dieu dans l’amour (Eph 1,3.4), pleine de grâce dans le Bien-Aimé (Eph 1,6 ; Lc 1,28), icône eschatologique de l’Eglise, toute resplendissante, sans tache, ni ride, ni rien de tel (Eph 5,27 ; Col 1,22 ; Ct 4,7), pour être la Mère du Saint des saints, pleine de grâce et de vérité (Jn 1,14).

Elle bénéficie du culte d’hyperdulie, les autres Saints jouissant du culte de dulie, le Christ lui-même ayant le culte d’adoration.

Elle est Médiatrice d’intercession, le Christ est Médiateur de rédemption. La médiation de Marie ne fait pas nombre avec celle du Christ. Elle en découle comme de la source unique, elle lui est subordonnée (Pape saint Jean-Paul II, Redemptoris Mater, 25 mars 1987, 38-41 ; LG 61-62). Sa spécificité par rapport à celle des autres Saints, c’est qu’elle est maternelle. Marie est la Mère de Celui qui est le Saint par excellence.

Dans la vie de Marie nous trouvons un modèle, dans la communion avec elle une famille et dans son intercession un appui, de façon éminente par rapport aux autres Saints. Un hymne anonyme dit que quand elle prie, tous les autres Saints prient.

Saint Anselme dit que « Dieu a donné son Fils, Fruit unique de son cœur, qui était son égal et qu’il aimait comme lui-même ; il l’a donné à Marie, et, du sein de Marie, il en fait son Fils, non par quelqu’un d’autre, mais le même en personne, de sorte qu’il est par sa nature le même Fils unique de Dieu et de Marie. Toute la création est l’œuvre de Dieu, et Dieu est né de Marie ! Dieu a tout créé, et Marie a enfanté Dieu ! Dieu qui a tout formé, s’est formé lui-même du sein de Marie, et ainsi il a refait tout ce qu’il avait fait. Lui qui a pu faire de rien, n’a pas voulu refaire sans Marie sa création détruite. Dieu est donc le Père de toutes les choses créées, et Marie la Mère de toutes les choses recréées. Dieu est le Père de la création universelle, et Marie la Mère de la rédemption universelle. Car Dieu a engendré Celui sans qui absolument rien n’est bon. Oui, le Seigneur est vraiment avec toi : il t’a fait un don tel que la nature entière t’est grandement redevable, à toi, en même temps qu’à lui » (Oratio 52 : PL 158.955-956 ; Liturgia Horarum I, 939-940 ; Office de Lecture pour le 8 décembre ; Liturgie des Heures 1,1297).

 

Monseigneur Frantz COLIMON

Évêque émérite de Port-de-Paix

Professeur d’Ecriture Sainte

Grand Séminaire Notre-Dame d’Haïti

Texte paru dans la Revue du Grand-Séminaire

Avril-juin 2014, trimestriel 3, No 123

 

 

 



[1] CEC = Catéchisme de l’Eglise Catholique.

[2] Constitution dogmatique Lumen Gentium, document conciliaire Vatican II.