Le Roi est entré dans son Temple, allons à Sa rencontre

La Chandeleur
Évangile : Luc 2.22–40
Car mes yeux ont vu le Salut…

 

Presentation au Temple

Nous célébrons, en ce 4e Dimanche TOA, une grande fête, ayant plusieurs dénominations : la Présentation du Seigneur (depuis Vatican II), la purification de la Vierge Marie, la vie consacrée, la Chandeleur ; - la plus familière – et cela, en raison des cierges qu'on y porte ; et enfin la Rencontre de Notre Seigneur, « Hypapante », comme on la nomme en Orient.

Sœurs et frères bien-aimés,

L’univers de la tradition chrétienne est rempli de symboles desquels elle se nourrit. C’est en ce sens qu’elle fait du nombre 40 tout un symbole dans l’expression de sa spiritualité. En effet, à travers une période de 40 jours qui va du 25 décembre, jour de la solennelle Nativité du Seigneur, jusqu’au 02 février, fête de sa Présentation, la spiritualité chrétienne médite sur le mystère lumineux de l’Incarnation : c’est la quarantaine de Lumière. Ensuite vient la quarantaine de Pénitence, allant du mercredi des Cendres au Dimanche des Rameaux, où l’Eglise nous invite à nous préparer pour la célébration des Fêtes Pascales. Pendant tout le temps de Pâques, l’Église, rayonnant de la joie du Ressuscité, exulte et chante la merveille du salut : c’est la quarantaine de Joie. Dans l’intervalle du 06 août, fête de la Transfiguration du Seigneur, et du 14 septembre, fête de l’Exaltation de la Croix glorieuse, l’Église médite sur le mystère de la Sagesse (le 2e carême monastique) : c’est la quarantaine de Sagesse. L’Eglise, nous le voyons, s’achemine de 40 en 40 : temps de maturité spirituelle…

Ainsi, cela fait exactement 40 jours depuis que nous avons symboliquement célébré la Nativité de Notre Seigneur Jésus-Christ, le véritable Soleil de Justice (Malachie 3,20). Saint Jean, tout au début de son Evangile (1,9), nous dit : « Il était la Lumière véritable, Celui qui illumine tout être humain, et Il venait en ce monde.» Et en ce 2 février, nous Célébrons cette même Lumière qui Se révèle aux Nations, comme le chante le prophète Syméon dans le Nunc Dumitis (Luc 2,29-32). En cette occasion, nous voulons chanter le Seigneur (comme nous le ferions dans la procession), pour cette Lumière qui apporte paix et joie dans notre monde.

Au tout début de l’Evangile du jour, saint Luc nous fait le rappel de la Loi mosaïque : « Tout enfant mâle premier-né sera consacré au Seigneur ». Cette consécration signifiait le pouvoir de Dieu sur la vie et sur toute la création. Elle signifiait aussi que l’enfant (consacré) appartient à Dieu et Dieu seul. Et comme l’ordonnait la Loi, Marie et Joseph offrirent le sacrifice : une paire de tourterelles ou deux petites colombes. Car, pauvres, ils ne pouvaient se procurer d’un agneau (Lévitique 12,8). Mais en réalité, ce sont eux qui offraient le vrai Agneau qui favorisera la vie à tous, sans distinction aucune.

Aussi, cette fête nous présente la Vierge Marie comme le nouvel Abraham. Nous nous souvenons de son sacrifice d’Isaac. Il l’a offert sur le mont Moriah. C’est sur ce même lieu que Salomon, quelques années plus tard, construisit le premier Temple, là même où Marie offrait son divin Fils premier-Né ; là même où Syméon a rencontré, vu et joui de sa Promesse.

Sœurs et frères, l’histoire de Dieu avec les hommes est faite de rencontres ; même si nous les manquons trop souvent quand nous n’y répondons pas, ou ne reconnaissons tout simplement pas la présence imprévisible du Seigneur. Voilà pourquoi, cette fête est pour nous l’occasion de nous démarquer des images, la plupart du temps fausses, que nous faisons du Seigneur, pour Le rencontrer tel qu’Il est et, à Sa lumière, nous découvrir tels que nous sommes.

Au cours de l’histoire du Salut, le Seigneur a déjà réalisé plusieurs rencontres avec certaines gens de Son peuple, mais multiples et diversifiées : d’Abraham à saint Paul, - en passant par Jacob au torrent du Yabboq (Genèse 32, 23-33), Moïse au buisson ardent (Exode 3,1-6) Élie à l’Horeb (1 Rois 19, 9-18), les premiers disciples dans leur barque sur la mer de Galilée (Mc 1, 16-20), Lévi à son bureau de douane (Mc 2, 13-14), les deux aveugles sur la route de Jéricho (Matthieu 20, 29-34), le possédé du pays des Géraséniens (Marc 5, 1-20), Nathanaël sous le figuier (Jean 1, 45-51), Zachée du haut du sycomore (Luc 19, 1-10), la Samaritaine du puits de Jacob (Jn 4, 1-42), Nicodème au cours de l’entretien nocturne (Jean 3,1-21), Marie de Magdala au matin de Pâques (Jean 20,1.11-18) les disciples d’Emmaüs, au soir même de la Pâques (Luc 24,13-35), Paul sur le chemin de Damas (9,1-6) …

Ces rencontres, elles sont souvent coup de foudre ou lent apprivoisement, parfois douces ou violentes, généralement mystérieuses ou simples… Mais de toutes, que ce soit du passé ou du futur, il n’en est de plus emblématique que celle avec Syméon. Car ici, c’est la réalisation de la promesse révélée à Syméon selon laquelle il ne verrait pas la mort sans avoir vu le « Christ, le Salut préparé à la face des peuples ». C’est la réponse à une longue attente dont témoigne le grand âge de la prophétesse Anne. C’est, pour faire bref, la manifestation de la fidélité de Dieu. Voilà ce que veut nous rappeler cette grande fête.

Oui, vous et moi, cette fête veut nous rappeler que le Seigneur est toujours au rendez-vous. Aujourd’hui encore, il nous est donné de Le rencontrer de bien des manières : dans la prière, la méditation, l’écoute de la Parole, le partage du Pain et du Vin eucharistiques… Mais aussi, depuis qu’après la Résurrection, il nous est encore possible, comme Il le dit lui-même au chapitre 25 de l’évangile selon Matthieu, de Le rencontrer dans chacun des plus petits de ses frères et sœurs souffrants, affamés, assoiffés, nus, malades, prisonniers, étrangers, réfugiés, abusés, humiliés, exploités de tout genre.

Au cours de cette Rencontre, Syméon donna à Marie une nouvelle qu’on pourrait entendre avec des oreilles de tristesse : « Cet Enfant apportera aux masses d’Israël, soit la chute soit la résurrection : Il sera un Signe de division, et toi-même, Marie, une épée te transpercera l’âme… ». Ce qui commençait à se réaliser quand Marie, lors du pèlerinage à Jérusalem, ne pouvait trouver son Enfant de 12 ans.

Toutefois, la prophétie de Syméon ne s’arrêtait pas là. Elle continuait à se réaliser quand, de ses propres yeux, Notre-Dame, impuissante, regarda mourir son Fils, après tant de mauvais et durs traitements, tel un assassin. Mais le plus intéressant dans tout cela, c’est qu’elle n’avait pas découragé. Elle a tenu dans la foi.

Aujourd’hui encore, il y a, dans notre monde, beaucoup de Marie dont le cœur continue à être transpercé par l’épée : l’épée de voir le sort de son enfant, mal logé, mal nourri, mal vêtu, mal soigné, mal instruit, mal traité, mal accueilli, mal dans sa peau… Oui, notre temps compte encore beaucoup de Marie, impuissantes au pied de la croix de leurs enfants. Elles gardent leur confiance en Dieu et, comme Marie,  ne s’appuient que sur l’assistance des Simon de Cyrène, en la personne de quelques voisins, amis, proches solidaires et fraternels.

C’est en communion avec elles que nous allons rencontrer le Seigneur. Nous venons dans son Temple, son Eglise, Lui présenter nos vies personnelles et celle de notre communauté chrétienne…. Nous venons aussi Lui présenter les enfants du monde entier, en particulier ceux qui, sans même avoir commencé, perdent déjà le goût de vivre ; surtout en ce temps de grande inquiétude due aux nouvelles maladies, épidémies et virus.

En concomitance avec cette fête liturgique, ayons une pensée spéciale pour ceux et celles qui s’engagent dans la vie consacrée; aujourd’hui est leur fête, instituée depuis 1997 par saint Jean-Paul II qui a voulu qu’elle soit célébrée dans toute l'Eglise.

En effet, « Les personnes consacrées sont appelées d'une façon particulière à être des témoins de la miséricorde du Seigneur, dans laquelle l'homme trouve son salut. Elles maintiennent vivante l'expérience du pardon de Dieu, parce qu'elles ont conscience d'être des personnes sauvées, d'être grandes quand elles se reconnaissent petites, de se sentir renouvelées et enveloppées de la sainteté de Dieu quand elles reconnaissent leur péché. C'est pourquoi, pour l'homme d'aujourd'hui aussi, la vie consacrée reste une école privilégiée de la « componction du cœur », de la reconnaissance humble de sa propre misère, mais pareillement, elle reste une école de la confiance dans la miséricorde de Dieu, dans son amour qui n'abandonne jamais.

« En réalité, plus on s'approche de Dieu, plus on est proche de Lui, plus on est utile aux autres. Les personnes consacrées font l'expérience de la grâce, de la miséricorde, et du pardon de Dieu non seulement pour elles-mêmes, mais aussi pour leurs prochains, en étant appelées à porter dans leur cœur et dans la prière les angoisses et les attentes des hommes, spécialement de ceux qui sont loin de Dieu. En particulier, les communautés qui vivent en clôture, avec leur engagement spécifique de fidélité à « demeurer avec le Seigneur », à « demeurer au pied de la Croix », exercent souvent ce rôle de vicaire, unies au Christ de la Passion, en prenant sur elles les souffrances et les épreuves des autres et en offrant toute chose avec joie pour le salut du monde… A l’école de Notre-Dame, et avec son aide maternelle, puissent-elles renouveler notre « me voici » et notre « fiat ». (SS Benoit XVI, 2 février 2010).

A l’instar de Syméon le Juste, le Seigneur nous appelle tous pour nous apprendre à être justes, à Le mettre au centre de notre vie, à placer toutes les autres réalités en orbite, et ne jamais laisser des idoles prendre Sa place. Il nous appelle et nous veut venir à Sa rencontre. Toi, si tu entends Sa voix, ne ferme pas ton cœur (Hébreux 3,7-8).