Bapteme du Seigneur

 

1er Dimanche du Temps Ordinaire – A
Matthieu 3,13-17
C’est Lui mon Fils, le Bien-Aimé, Celui en Qui je Me complais.

« Tu nous as faits pour Toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne se repose pas en Toi », écrit saint Augustin dans son « Les Confessions I,1). Oui, voir et comprendre Dieu, comme un enfant à l’égard de son père, voilà notre destin originel. En effet, nous avions commencé à le vivre quand le Seigneur Dieu parlait familièrement avec l’homme innocent et celui-ci, loin de s’évanouir au son de cette voix, savait la discerner sans se tromper (voir Genèse 1,16).

Mais depuis la faute d’Adam, nous n’avons plus osé regarder Dieu. Le pire est que nous Le connaissons de moins en moins ; car notre âme ne possédait plus cette vue de l’intelligence surnaturelle qui lui a permis de découvrir son Seigneur à travers les apparences extérieures, sans avoir besoin de signe ; cette grâce qui aurait été le lot de tous les hommes. Tout cela, à cause de la faute originelle.

« Felix culpa, cria saint Augustin ! Heureuse faute qui a valu au monde pécheur le Rédempteur ! » Saint Paul, dans sa lettre adressée à la communauté de Galates (4,4-7), l’écrit :

«Mais lorsque fut arrivée la plénitude des temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sous la Loi afin de racheter ceux qui étaient sous la Loi, pour que nous recevions notre titre d’enfants. Et parce que vous êtes fils, Dieu a fait venir à vos cœurs l’Esprit de son Fils, celui qui peut crier : Abba ! Père ! Donc tu n’es plus esclave, tu es fils, et comme à un fils, Dieu te donne l’héritage. » Ce mystère que nous avons eu la joie de contempler et célébrer durant le Temps de Noël.

Mais aujourd'hui, nous contemplons ce Rédempteur qui Se présente sur les eaux du Jourdain « pour Se faire baptiser» par Jean et, du coup, inaugurer le Baptême nouveau. Il est consacré par l'Esprit Saint, manifesté sous la forme visible d’une colombe, et attesté, sous une forme audible du Père, comme le Fils bien-aimé en Qui Il a mis tout Son amour. Sachant que Jean prêchait et donnait un baptême de repentance (Mc 1,4), ne serait-il pas légitime de demander : Pourquoi le Saint S’est-il fait baptiser ? Pourquoi toutes ces images ? Pourquoi ces paroles du Père ?

La réponse à la première question, saint Paul nous l’a déjà donnée. On peut le lire dans sa seconde lettre aux Corinthiens (5,21) : « Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu L’a identifié au péché pour nous, afin qu’en Lui nous devenions justes de la justice même de Dieu.» « Écoute-moi, continue Saint Maximin de Turin, le Christ est baptisé non pour que les eaux le sanctifient, mais pour sanctifier les eaux !» Ainsi, Il a communiqué aux eaux une force régénératrice et purificatrice, de telle sorte que, quand nous sommes baptisés, nous commençons à être vraiment des enfants de Dieu, devenant, comme Lui, dignes de Sa bienveillance et de Sa complaisance.

Le Baptême de Jesus, c’est une occasion éminemment optimale de dévoiler aux yeux de tous ce qu’Il est réellement. Il est d’abord Celui qui vient combler la grande attente d’Israël et de toute l’humanité. Pour bien le comprendre, il est nécessaire de faire un plongeon scripturaire dans Isaïe (63,16…19) où il est écrit :

« Tu es notre Père. Abraham ne nous connaît plus, Israël ne sait plus rien de nous ! C’est toi, Yahvé, qui es notre Père, notre « rédempteur ». C’est là ton Nom depuis toujours. Pourquoi, Yahvé, nous laisses-tu nous égarer loin de tes voies… Pense à tes serviteurs, aux tribus de ton héritage : reviens ! Depuis longtemps nous sommes un peuple que tu ne gouvernes plus et que ton Nom ne protège plus. Ah ! Si tu déchirais les cieux, si tu descendais ! »

Voilà qu’avec le Baptême de Jesus, «les cieux s’ouvrirent», le silence prophétique, qui faisait beaucoup trop de bruit, est désormais rompu car Dieu reprend contact avec Son peuple ; et désormais, Il le fait directement. Il l’invite à un nouvel exode vers la libération et vers le salut, car Il ne lui veut que du bien.

Le Baptême de Jésus, c’est aussi une occasion éminemment optimale pour le Seigneur d’inaugurer une création nouvelle (qui sera scellé avec l’Evénement pascal). Car en disant : « Jésus vit l’Esprit de Dieu descendre sur Lui comme une colombe», Matthieu ne voulait que nous transporter au genèse de la création où l’Esprit de Dieu planait sur les eaux et, en les agitant, en fait jaillir la vie (Genèse 1, 2).

Aujourd’hui, ce même Esprit descend sur Jésus, le nouvel Adam, pour manifester la présence invisible du Père et Son unité avec Lui. Quelle magnifique représentation de la Trinité !
Par son Baptême, le Seigneur rassemble pour Dieu son Père un peuple nouveau. Pour bien le comprendre, il faut se rendre compte des eaux où Jesus se fait baptiser : le Jourdain, pas n’importe lesquelles, mais le Jourdain. Ces mêmes eaux où Josué a fait passer Israël pour la mener vers la terre promise, aujourd’hui, le nouveau Josué fait passer un peuple nouveau, non pas de l’Egypte vers Canaan, mais de la mort à la vie, la vraie Terre promise. C’est d’ailleurs le symbolisme même de l’eau : la régénération. Voilà pourquoi, depuis ce jour, il n’est pas de pécheur le plus abîmé qu’Il ne puisse rejoindre, Lui qui S’est fait le plus proche des plus loin.

C’est ce Messie qui ne crie pas, qui n’élève pas le ton, qui ne fait pas entendre Sa voix dans les rues, qui ne brise pas le roseau froissé, qui n’éteint pas la mèche qui faiblit, qui ne faiblira pas, qui ne fléchira pas (Isaïe 42,1…7 / 1ere lecture), le Fils Bien-aimé en Qui le Père a mis tout Son amour qui, maintenant, désire S’adresser à toi afin de t’aider à te dévoiler le sens de ton propre baptême. Ouvre ton cœur pour entendre Sa voix :

Mon petit frère, ma petite sœur,

Je ne suis pas un Messie solitaire. Voilà dès le début de Ma vie publique, Je Me veux solidaire. Par ton Baptême, à ton tour, tu as été intégré-e au Corps que J’ai construit. Mon Baptême M’a révélé. Le tien te révèle aussi à toi-même. Oui, baptisé-e, tu as été remonté-e des eaux du péché et de la mort par la puissance de l’Esprit et tu t’es découvert-e fils / fille, sous le regard du Père. Tout cela t’a situé-e, sans aucun mérite de ta part, sur un certain plan de connaturalité avec la Divinité… Mais cette première régénération ne te suffit pas:

Veux-tu revivre en quelque sorte ton Baptême au moyen d'un « second baptême » continuel qu’est la conversion ? Et si tu vivais ton baptême, ne penses-tu pas qu’il y aurait, dans le monde, dans ton pays, dans ta famille, dans la communauté où tu vis : plus de paix et moins de guerre ? Plus de tolérance et moins d'intransigeance ? Plus de justice et moins de fraude ? Plus de vérité, moins de mensonge et d'hypocrisie ? Plus d'espérance et moins d'orgueil ? Plus de lumière et moins de ténèbres ? Plus d’amour dans les familles et moins de luttes et de séparations ? Plus d’entraide et moins de jalousie ? Plus d’amour et moins de querelles ?

Si tu vivais vraiment ton Baptème: Ne crois-tu pas qu’il y aurait moins d'armes nucléaires, chimiques ou bactériologiques ? Moins de bombes à fragmentation qui tuent et blessent des milliers d’innocents ? Moins de terrorisme et plus de négociations et de dialogue ? Moins de corruption et de dilapidation ? Moins de tuerie pour la simple autosatisfaction et plus d’invitation à la paix et la fraternité ? Moins de querelles intestines et l’avènement d’un monde de paix et d’amour? (Cf. Père Yvon-Michel Allard).

En m’avançant vers Jean, il M’a reconnu. Quand Je lui ai dit : « Laisse faire… pour accomplir toute justice », il n’avait pas vraiment compris, mais il a su Me faire confiance : et toi, M’as-tu toujours découvert dans ta vie ? As-tu déjà essayé de Me faire confiance afin de découvrir Ma main aimante et active dans ta vie à travers une circonstance telle qu’une rencontre, un dialogue, un prochain, une retraite, un moment d’adoration, une confession ?

J’ai, par la bouche de mon Vicaire François, une petite question pour toi à laquelle je t’invite à répondre avec le cœur : Te souviens-tu de la date de ton Baptême ? C’est pourtant la date de ta naissance spirituelle, la date à laquelle Mon Epouse, ta Mère-Église, t’a accouché-e ! Et à présent, je te laisse un devoir à faire à la maison. Quand tu rentreras chez toi, va chercher quelle est la date de ton Baptême, et cela pour la fêter, pour rendre grâce à ton Seigneur de ce don. Le feras-tu ?

Toutes les mères ont des défauts, mais quand on parle de ceux de ta mère charnelle, tu l’excuses, tu continues à l’aimer telle qu’elle est. L’Église a elle aussi ses défauts : continues-tu de l’aimer comme une Mère ? Comment comptes-tu l’aider à être plus belle, plus authentique, plus selon Moi ? Je te laisse ces questions, mais n’oublies pas tes devoirs : chercher la date de ton baptême, ce jour où je t'avais officiellement désigné comme mon enfant bien-aimé, pour l’avoir dans le cœur et la fêter.

Voici une raison de vivre merveilleuse et en même temps motivante que le Seigneur nous propose. Le seul moyen de devenir le sujet et l'objet de Son amour. Oui, Dieu désire trouver tout Son plaisir en toi, Il t’invite à prendre le chemin nécessaire. Si tu en entends Sa voix, ne ferme pas ton cœur ! (Hé 3,7-8).