1ère lecture : Siracide 3,2-6.12-14 : Celui qui craint le Seigneur honore ses parents
Psaume 128 : Heureux qui craint le Seigneur
2e lecture : Colossiens 3,12-21 : Vivre ensemble dans le Seigneur
Évangile : Matthieu 2,13-15.19-23 : Dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère, et se retira…

 

La fuite en Egypte

Noël c'est la preuve de l'amour de Dieu qui parle à l'homme en créant des merveilles. C'est la merveille de Dieu qui S'est manifesté dans la nature mortelle de Ses créatures « pour les sauver non pas comme un étranger mais comme un Frère » (Père René Laurentin). Une merveille devant laquelle nous sommes éblouis, si bien qu'elle suscite de notre part une réponse. Mais que pourrions-nous répondre sinon accueillir cette tendresse qui vient du ciel et dire «merci » au Seigneur ?

En effet, c'est même l'objet de notre rassemblement dominical ; c'est pour Le bénir, Lui rendre grâce, célébrer Son Nom très saint... Mais voilà qu'au cœur de notre Célébration, le Seigneur vient proposer à notre admiration la sainte Famille de Nazareth comme modèle pour toutes les familles de la terre. Cette famille, avec un Enfant unique, est la famille la plus sainte que la terre ait jamais portée. En réalité, il n'a jamais eu sur terre d'amour plus beau que celui de Joseph et de Marie dont Jésus est le Jalon.


En cette grande fête, le Seigneur veut nous rappeler que ce n'est pas le nombre d'enfants qui compte; l'important devant Lui c'est la qualité de l'amour qui unit deux êtres et qui engendre les enfants. Car de même qu'il peut exister des amours parfaites qui n'engendrent pas d'enfant, il peut exister des relations et d'enfants engendrés sans amour. L'heure est donc pour chacun de s'examiner sur la qualité de son amour envers sa femme, envers son mari, envers ses enfants, envers ses parents...

A travers le texte de l'Evangile que la liturgie soumet à notre méditation, il est facile de se rendre compte que la Famille de Jésus n'était pas étrangère aux nôtres dans leur vécu quotidien. C'était une famille ordinaire où heures joyeuses et moments difficiles, épreuves et action de grâce ne cessèrent pas de se conjuguer. Et pour mieux le comprendre, il suffit de jeter un œil sur le drame angoissant que vivent ceux avec qui l'Enfant s'identifiera toujours: les immigrés, les réfugiés, les marginalisés, les enfants victimes de toutes sortes de violence de notre monde...

Cette famille n'était pas exemptée aux réalités quotidiennes des nôtres : la Conception de Jésus tourmentait Joseph et donna lieu à des doutes sur la fidélité de son épouse ; comme des millions d'enfants à travers le monde, leur Enfant naît dans un lieu qui servait de salle-à-manger aux bêtes, alors qu'à quelques mètres de ce même lieu, des gens s'ambiançaient. Oui, ils connaissaient les difficultés et les épreuves des pauvres et des opprimés ; bref, ils connaissaient une existence mouvementée.


Au milieu de cette vie mouvementée, voilà que l'Ange du Seigneur s'adressa à Joseph et lui dit : « Prends l'Enfant et sa Mère, fuis en Egypte » (Prends l'Enfant et sa Mère, une expression qui revient 4 fois dans seulement cette péricope pour ceux qui veulent les séparer, ceux qui prennent Jésus et rejettent Marie). Ce disant, le Seigneur nous invite à prendre conscience combien il est nécessaire aux familles de rester soudées, et cela quelles que soient les circonstances.

Mais si le Seigneur ne bâtit la maison, c'est en vain qu'œuvrent les maçons ; et s'Il ne garde la ville, c'est en vain que veillent les gardes (Psaume 126,1). Donc au cœur des relations familiales, la présence du Seigneur s'avère nécessaire. Oui, Il doit être présent au cœur des décisions familiales, comme Il l'est au cœur de leurs épreuves pour y apporter sérénité et lumière; car- composées d'un homme, d'une femme et/ou des enfants - elles comptent beaucoup pour Lui.


Malheureusement aujourd'hui, à cause de la méchanceté intestine de certains hommes de lois, qui sont manifestement de nouveaux Hérode cherchant encore les enfants pour les faire périr» (Cf. Mt 2,13), la famille passe souvent au second rang. Car c'est à eux, c'est à certains systèmes scolaires et medias, qu'il revient de contrôler la croissance des jeunes... Comme pour Marie et Joseph dans la salle commune, Il n'y a pas beaucoup de place pour la famille dans les programmes politiques. D'un autre côté, nous assistons avec une grande tristesse à une montée spectaculaire du nombre des divorces : ce qui est très défavorable à l'éducation équilibrée des enfants. Tant d'autres offenses à la dignité de la famille...


Aujourd'hui, il est un fait que beaucoup d'enfants, particulièrement en Haïti, subissent des abus et de la violence de certaines gens, voire des institutions, qui supposeraient être là pour les défendre et les protéger. Tant d'enfants trafiqués pour prendre leurs organes à la satisfaction des riches. Tant d'enfants innocents qui sont mis en danger ou qu'on fait mourir rien que pour défendre des intérêts mesquins... et aucune sérieuse poursuite judiciaire ...


Sophocle disait : « Ce qui est bon pour la famille est bon pour l'État »; mais hélas les nouveaux Hérode l'oublient. Ils oublient qu'ils viennent d'une famille et que la société vaut ce que valent les familles qui la composent. Voilà pourquoi, comme pour Joseph, Dieu nous invite à nous réveiller, chacun personnellement, à nous mettre debout et à passer à l'action : «Lève-toi»! Il est temps de retrouver la définition exacte et la mission première de la famille pour enfin la redonner urgemment le rôle qu'elle seule peut jouer : le foyer dans lequel la vie humaine nait et se reçoit généreusement et avec responsabilité, irremplaçable pour la sérénité personnelle et pour l’éducation des enfants. (Benoit VXI, Aparecida 114) ; la première communauté ecclésiale où l’Evangile doit être transmis ; le lieu où, n’ayant qu’un seul cœur et une seule âme (Ac 4,32), « tous les membres évangélisent et sont évangélisés » (Pape Paul VI).


Trop d'éléments de notre société post-moderne contribuent à nous endormir, à nous mettre en état de torpeur, de non-conscience : la propagande, la mode, les habitudes, le conformisme, la publicité, les slogans... Face à une société qui risque d’être de plus en plus dépersonnalisante et anonyme, et donc inhumaine et deshumanisante, avec les conséquences négatives de tant de formes d’« évasions » - telles que l’alcoolisme, la drogue [du crime abominable de l’avortement et l’homosexualité dégoutant] -, la famille possède et irradie encore aujourd’hui des énergies extraordinaires capables d’arracher l’homme à l’anonymat, de l’éveiller à la conscience de sa dignité personnelle, de le revêtir d’une profonde humanité et de l’introduire activement avec son unicité et sa singularité dans le tissu de la société. (Saint Jean-Paul II, Familiaris Consortio 43.)


En cette belle occasion, puissions-nous bénir Dieu notre Père, Source de toute famille au ciel et sur la terre, pour avoir inventé dans le cœur de Joseph son amour pour Marie son épouse et pour avoir uni leur mutuelle tendresse dans le service du Christ Jésus. Profitons pour Lui offrir nos familles de la terre :

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- celles qui ont réussi à bâtir un bel amour : que leur tendresse soit assez riche pour participer à la joie du monde, et pour partager aussi sa peine : Garde-les, Seigneur, dans ton amour!

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- celles qui ont échoué dans leur amour et qui ont décidé de se séparer : puissent-elles se sentir apaisées dans leur douleur, et puissent leurs enfants aussi trouver de l'accompagnement dans leur souffrance : Garde-les, Seigneur, dans ton amour !

 

🙏🏾

-celles qui n'avaient rêvé que de bonheur mais à cause d'un enfant, anormal dans son corps ou dans son attitude, ingrat et révolté dans son cœur, dévié ou désorienté à cause des mauvaises fréquentations, vivent chaque jour dans l'angoisse, puissent-elles trouver une amitié qui partage leur détresse : Garde-les, Seigneur, dans ton amour !

🙏🏾

- celles qui, comme la sainte Famille de Nazareth, vivent dans un milieu de violence et d’injustice: puissent-elles trouver un lieu d'amour, une terre de musique, de poésie, de gratuité, où chacun et chacune peut être soi-même, où disparaissent les barrières de l'égoïsme, du racisme et de l'intolérance : Garde-les, Seigneur, dans ton amour !

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- À ton Incarnation, Seigneur, tu ne Te défendais pas Toi-même. Tu T'étais remis entre les mains de Marie et de Joseph, entre les mains des croyants. Aujourd'hui, à leur instar, il nous faut Te protéger. Donne-nous la Force et le courage de Te sauver de ceux et celles qui voudraient bien se débarrasser de Toi en la personne des enfants souvent incompris et qui sont toujours les perdants : Garde-nous, Seigneur, dans ton amour !

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- Nous Te présentons aussi, Seigneur, ceux qui vivent sans ou loin de leurs familles biologiques, ceux que Tu as appelés au service du Royaume : Pape François, les Evêques, les prêtres, les Diacres, les Sœurs, les Séminaristes, les Missionnaires : que Ta tendresse soit leur famille, qu'elle les accompagne chaque jour: Garde-les, Seigneur, dans ton amour !

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Puisses-Tu, Seigneur, être présent au cœur de chacune de nos familles, comme Tu le fis au cœur de la famille de Nazareth. Donne-leur d'aimer jusqu'à faire de l'amour un chemin vers ton Royaume où tous ensemble nous formerons la famille de tous ceux qui T'aiment et Te bénissent, par Ton Fils Jésus, dans la joie de l'Esprit-Saint ! Amen...