Immaculee Conception

A la plénitude des temps Dieu a envoyé son Fils. Pour lui façonner un corps, il a voulu la libre coopération d’une femme, qu’il choisit de toute éternité pour être sa Mère (Gal 4,4-7). Celle-ci, une jeune juive de Nazareth en Galilée, « une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David », s’appelait « Marie » (Lc 12, 27). Ainsi, la promesse faite à Eve après le péché originel d’avoir une descendance victorieuse du Malin et d’être la mère des vivants (cf. Gn 3, 15.20) allait s’accomplir. Avec Marie apparaissait l’aube d’une genèse nouvelle. La grâce originelle refleurissait. La terre de notre humanité allait bientôt pouvoir à nouveau donner un fruit de vie.


Sans que cela n’enlève rien à la liberté de son « oui », pour pouvoir enfanter le Sauveur, Marie devait être préservée indemne de toute tâche du péché originel. Elle devait être, dès le premier instant de sa conception, rachetée par Dieu. Ainsi, c’est bien sur sa maternité divine que se fonde le mystère de sa conception immaculée.


Ne fallait-il pas en effet, une coupe très pure pour accueillir le Fils de Dieu ; ne fallait-il pas une terre toute vierge pour recueillir la semence divine du Verbe fait chair ; ne fallait-il pas un vase de tendresse et d’amour pour recevoir Celui qui donnerait sa vie par Amour pour le salut du monde ; ne fallait-il pas un jardin tout rayonnant de beauté et de clarté pour permettre au « plus beau des enfants des hommes » d’y établir sa demeure ?


Cette sainteté éclatante et cette pureté immaculée dont Marie a été entourée dès sa conception lui viennent directement du Christ. Par anticipation, elle bénéficiait des mérites acquis par son Fils sur la Croix et se trouvait ainsi rachetée.

 

Nous voyons alors combien la deuxième lecture de ce jour s’applique d’une façon suréminente à Marie. En effet, plus que toute autre personne créée, le Père « l’a bénie par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ » (Ep 1, 3). Qui plus que Marie « fut élu en lui, dès avant la fondation du monde, pour être saint et immaculé en sa présence, dans l’amour » (Ep 1, 4). Oui, Marie fut mise à part, désignée d’avance, selon le plan préétabli de Celui qui mène toutes choses au gré de sa volonté, pour être la plus belle louange à sa gloire (cf. Ep 1, 11-12) en étant la Mère de son Fils.

 

Pourvue de tous les dons nécessaires, elle a pu ainsi être sollicitée pour enfanter le Sauveur. C’est donc en toute vérité et en toute justice que l’ange Gabriel la salua lors de l’Annonciation comme « comblée de grâce » (Lc 1, 28).

 

Donnant son consentement à la Parole de Dieu : « Je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole » (Lc 1, 37-38), Marie devint alors Mère de Jésus et épousant, sans que nul péché ne la retienne, la volonté divine de salut, elle se livra elle-même totalement à la personne et à l’œuvre de son Fils pour collaborer au mystère de sa Rédemption. Marie intercède pour que ce mystère se réalise en chaque homme et elle y participe même en enfantant son Fils dans la vie de ceux qui y consentent. Comme le dit Saint Anselme, si « Dieu est le Père de la création universelle, Marie est la mère de rédemption universelle ; car Dieu a engendré celui par qui tout a été fait, et Marie a enfanté celui par qui tout a été sauvé ».

 

En cette fête de l’Immaculée conception, au cœur de ce temps de l’Avent, prenons Marie avec nous sur la route qui nous conduira jusqu’à l’humble grotte de Bethléem. Marie en son immaculée conception est l’image anticipée de l’Eglise que Dieu a voulue « sans tache, ni ride, mais sainte et immaculée » (Ep 5, 26-27). Que son intercession maternelle nous obtienne de recevoir dans un cœur pur Celui qui « a aimé l’Eglise et s’est livré pour elle » (Ep 5, 25), Celui qui est venu épouser la terre de notre humanité pour nous sauver et nous rendre participant de sa divinité.

 

Frère Elie