Premier Dimanche de l'Avent – A
La venue soudaine du Fils de l’Homme.-
Matthieu 24.37–44

 

Avent 1

Sœurs et frères bien-aimés,

Avec ce Dimanche, 1er Décembre 2019, l’Eglise inaugure un nouveau Temps et une nouvelle Année liturgiques : Temps de l’Avent, Année A. Ce temps est fondamentalement consacré à se préparer pour fêter la Noël. Mais nous n’ignorons pas que pour plus d’un, il est surtout un moment où les décorations sont superbement exposées et où les gens consomment démesurément. Voilà pourquoi l’Avent est devenu un temps de risque : risque, à cause de nos nombreuses préoccupations qui, trop souvent, nous font faire comme les gens de Bethléem qui avaient de la place pour tout dans la salle commune, sauf pour Joseph, l’Enfant et sa Mère (Luc 2,7) : une attitude très superficielle.

A l’époque de Jésus historique, les gens ne s’étaient pas remédiés de cette attitude; si bien que Jésus les comparait aux gens du temps de Noé. Mais, quel était leur comportement ? Le Livre des Origines, Genèse, 6-7 nous le raconte bien : « En ce temps, on mangeait, on buvait, hommes et femmes se mariaient... Les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’au jour où le déluge les a tous engloutis.»

A bien vérifier le texte, nous serons étonnés de constater que Jésus ne les avait jamais étiquetés ni de mauvais ni d’immoraux. C’étaient au contraire des gens qui respiraient la joie de vivre. Ils s'étaient occupés à combler les besoins tout à fait normaux de la vie. Bref, ils cueillaient leur aujourd’hui. Cependant ils oubliaient Dieu, l’Absolu des petits absolus, tout comme la fragilité de leur condition d’êtres humains. Et c’est exactement ce dont Jésus leur avait reproché : le fait d’avoir mis Dieu dehors dans leur vie. En effet, il n’en est d’attitude plus superficielle. Car là où Dieu n’est pas, on ne peut que s’attendre à des conséquences à peines imaginées.

Par ailleurs, il y a lieu de se demander si, environ 2700 ans après, les situations ont vraiment changé. Nous voulons encore faire un monde sans Dieu et en dehors de Dieu. Et, en faisant une simple photographie de ce qui s’y passe, quelles sont les conséquences enregistrées ?

Les trafics d’êtres humains ; la fabrication et le commerce d’armes de plus en plus sophistiquées, capables de destruction massive, alors que l’argent utilisé pourrait réduire le problème de la faim ; l’absence d’école et d’hôpitaux dans beaucoup d’endroits; l’asservissement de toutes sortes ; le partage très inéquitable des biens temporels, source d’un monde et des sociétés de classe ; les colonisations modernes cachées sous le masque des ONG ; les conflits ; les guerres ; les souffrances dans lesquelles tant de frères et sœurs sévissent ; les divisions internes ; les nations qui, contre nations, continuent « à lever l’épée » ; les déchirements même parmi les chrétiens ; la sérieuse peine de paix ; la grande piscine de l’insouciance généralisée dans laquelle incroyablement nous nageons…

Et dans nos sociétés : cette tendance à banaliser le péché qui continue à prendre racine ; la débauche dans laquelle les gens se sentent si à l’aise ; des boites de nuits de toutes parts ; les ripailles, les orgies et les beuveries ; les innombrables scènes de violence inouïe dans les familles, surtout sur les femmes et les enfants ; les abus pour la plupart à l’égard des enfants et des mineurs ; le scandale des brebis qui se font dévorer, bizarrement non pas par des loups, mais malhonnêtement par des bergers ; la haine contre les couleurs et les races ; tant de victimes des systèmes politiques ; corruption ; anarchisme et impunité ; disputes et jalousies qui empoisonnent nos relations ; des médias qui ne cessent d’offrir des jouissance sans Dieu et en dehors de Dieu… Tout cela fait de notre époque très similaire, et même pire que celle de Noé.

Oui, à l’instar du temps de Noé, l'humanité est encore comme anesthésiée. Le vrai progrès de l’homme, l’homo in toto, s’endort encore. Les gens d’aujourd’hui continuent à faire bon accueil au progrès superficiel, à cette culture de mort que le monde leur offre. Nombreux sont ceux qui ne peuvent se rendre compte combien ils plongent dans une sorte de léthargie spirituelle, croyant que ce monde n’aura pas de fin, et par conséquent, demeurent inconscients du danger qui leur guette, telle une épée de Damoclès pendue sur leurs têtes.

Face à ce danger imminent, le Christ, sous la plume de saint Paul, nous invite à nous réveiller, à « nous conduire honnêtement, comme on le fait en plein jour, sans ripailles ni beuveries, sans orgies ni débauches, sans dispute ni jalousie, mais en revêtant le Seigneur Jésus Christ » (Romains 13, 13).

Nonobstant les problèmes, les calamités, les maladies, nous devons savoir que la vie vaut la peine d’être vécue, car, sachez-le bien, la mort n’est pas la fin de tout. Et telle est la cible de tout le Temps de l’Avent : Nous donner une raison de vivre, d’aimer et d’espérer ; nous inviter à construire un monde meilleur, teinté de paix et de fraternité, selon le désir de Dieu ; tel que nous pouvons le lire chez Isaïe (2,1-5). C’est d’ailleurs la première lecture de ce 1er Dimanche de l’Avent.

Au final de la péricope évangélique, Jésus dit : « Soyez donc prêts, vous aussi, car le Fils de l’Homme vient à l’heure que vous ne savez pas ».Dieu

n’est pas un marchand qui nous vendrait la vie éternelle à un certain prix, à une certaine condition. En fait, s’Il ne voulait pas que nous sachions le retour de Son Fils, c’est parce que, dans Sa sagesse, Il a réalisé que cela est meilleur pour nous. Nous sommes alors libres d’accueillir ou non son Amour qu’Il ne cesse de nous offrir. Au fait, pour celui qui aime Dieu, connaître le moment précis du retour du Fils de l’Homme n’est pas important ; car il est constamment en état de veille. Et « Celui qui est éveillé ne sera pas pris par surprise» (SS Benoît XVI).

Peut-être que toi, tu te demandes : « que faire ? ».

En réalité, cette question ne devrait pas être un souci puisque la Parole de Dieu t’invite justement à faire comme Noé. Et qu’a-t-il fait ? Il a construit son arche et y entre avec sa famille. Ils ont été les seuls survivants du déluge. Le Christ, qui ne veut pas te voir englouti par les eaux mortes des nouveaux déluges, t’a déjà construit une nouvelle Arche et te la donne comme une Mère: le seul lieu de sécurité où tu peux attendre avec confiance Son retour. Ce lieu est l'Église, havre de paix, qui garde vivante Sa présence dans les sacrements et qui est guidée par l’Esprit.

Elle est l'Épouse fidèle qui attend dans la sérénité le retour glorieux de son divin Epoux, Jésus. Et l’Avent est une période très propice pour expérimenter sa maternité. Elle est le lieu où tu entendras le Christ te dire : « Applique-toi à regarder au fond de ta conscience. Sors de tes intérêts qui empoisonnent ton cœur, dépasse l’indifférence envers l’autre qui te rend insensible, vaincs tes raisons de mort et ouvre-toi au dialogue, à la réconciliation. De plus, évertue-toi à regarder la douleur de ton prochain. Pense aux enfants du monde. Fais bon accueil au refugier. Regarde la douleur de ton prochain, soulage-la, mais n’y ajoute pas une autre. Arrête ta main. Reconstruis l’harmonie qui s’est brisée ; et cela non par le conflit, mais par la rencontre…

« Deviens un instrument de ma Paix. Fais en sorte que se taisent les armes. Fais disparaitre la guerre qui n’est qu’une défaite pour l’humanité. Aujourd'hui, avec ce Dimanche, un nouveau temps s’est inauguré. C’est une occasion d’accueillir la nouvelle vie que je veux te procurer. Profite-en pour rénover un quelconque aspect de ta vie qui en aurait besoin…

« Je veux te garder près de Moi, t’apprendre à mieux te connaître et à mieux t’aimer. Que plus rien ne te sépare de Moi. Essaie de voir s’il y a des moments dans ta vie où tu as laissé de côté ton amour pour Moi. Oublie tout ça. Il est grand temps de relever la tête : ta rédemption est proche. Je sais que tu entends ma voix, ne ferme pas ton cœur (voir Hébreux 3,7-8) ».

 

Bonne Année liturgique !
Rendez-vous à Bethléem !
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✍️

Père Emmanuel FÉNÉLUS
Diocèse de Fort-Liberté
Haïti.-