Solennité du Christ, Roi de l’univers
La Crucifixion…
Luc 23.35–43

 

Christ-Roi

Sœurs et frères bien-aimés,

Nous célébrons, en ce 34e Dimanche marquant la fin de l’Année liturgique C, la solennité du Christ, Roi de l’univers. Étrangement, cette solennité a été instituée en 1925 ; très récemment. Si récente que, suite à un constat, elle nous pousse à poser une question, aussi légitime que pertinente: Dès le début de l’évangile de Matthieu, les Mages venus d’Orient demandaient à Hérode : « Où est le Roi des Juifs qui vient de naître? » (Mt 2, 2). Dans le texte du jugement dernier, Jésus, parlant de Lui-même, dit : « le Roi dira à ceux à sa droite ‘’Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde’’…». (Mt 25, 34). Devant Pilate, Jésus répondait: « Oui, je suis Roi... mais mon Royaume n’est pas de ce monde… ».

La royauté a été le motif de sa condamnation à mort: « Celui-ci est le Roi des Juifs » (Mt 27, 37). Dans le Pater, la prière que le Christ nous a Lui-même apprise, et que l’Eglise ne cesse de dire avec confiance au long des siècles, nous disons : « Que ton règne vienne ». En concluant nos prières, nous disons toujours: « Toi qui vis et règnes pour les siècles des siècles… ». Bref, nous nous étions toujours persuadés que le Christ est notre Roi. Mais alors, Pourquoi l’institution d’une telle fête ?

N’oubliez pas que c’était pratiquement au lendemain de la première guerre mondiale. Le monde entier connaissait de grandes crises. Du côté des puissants d’ici-bas, c’était la politique d’armement. La crise de 1929 était à la porte, et la 2e guerre mondiale se préparait, pensant que c’était le seul moyen de résoudre le chômage et de relancer la machine économique. En vertu de leurs pouvoirs, les grands ont réussi à embarquer un bon nombre de gens dans leur histoire. Et face à cette situation désastreuse, le Pape Pie XI (mais avant lui Benoit XV), dans son encyclique « Quas Primas / 11 décembre 1925 » a senti la nécessité de remettre officiellement les pendules à l’heure, en affirmant la souveraine autorité du Christ sur les hommes et les institutions.

Les nations, rappelle-t-il, doivent obéir aux seules Lois du Christ : le seul vrai Roi qui évidemment ne répond pas à aucun schéma « des leaders » ; le seul Maitre que nous devons suivre, et dont le Royaume n’est pas basé sur nos modèles humains. Ce n’est pas une royauté de pouvoir, de richesses et de privilèges, mais une Royauté d’amour, de service et de fraternité.

Effectivement, ce Roi se diffère de tous les autres : Sa couronne n’est pas faite d’or, mais d’épines cruelles, durcies par nos péchés. Il tient en main, non pas un sceptre menaçant, mais un roseau fragile, la houlette du bon Berger, qui ne peut qu’indiquer le chemin sans jamais forcer quiconque à le suivre. Il n’est pas revêtu de pourpre, mais d’une vieille capote militaire, objet de sa ridiculisation le faisant passer pour « le Roi des fous » ; car il a troqué les instruments de la puissance pour les insignes de l’amour. Ses plus beaux rubis ne sont pas des anneaux, mais le sang qui perle sur Son front. 

Rien ne peut mieux décrire qui Il est en profondeur : Sa seule Loi est l’amour (Jn 13,34).  Sa royauté ne se limite pas à quelques espaces géographiques, Il n’a pas où reposer Sa tête, et pourtant il a l’univers comme domaine. Son trône n’est pas une chaise en or, objet de convoitise et de querelles intestines, mais la croix où Il est monté librement pour dire son Amour non seulement aux juifs mais aussi au monde entier. Et Son palais n’est pas quelques pièces, souvent peinturées en blanc, où se planifient toutes les méchancetés et les abus du monde, mais notre cœur. Son investiture, une condamnation à mort clouée au-dessus de sa tête : « Celui-ci est le Roi des Juifs! ». Ses gardes du corps ne sont pas des gens lourdement armés, mais deux malfaiteurs condamnés avec Lui. Il ne Se contentait pas à se cacher et envoyer ses sujets à se sacrifier pour des causes injustes, mais il Se donne pour Ses amis, car, dit-Il, « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 10). Il est ce Roi qui a dit : « Vous savez que les chefs des nations dominent sur elles en maîtres et que les grands font sentir leur pouvoir. Mais pour vous, il ne doit pas en être ainsi ; au contraire, celui parmi vous qui voudra devenir grand, devra se faire serviteur… (Mt 20, 25-27).

Voilà pourquoi ce Roi n’est pas arbitrairement servi par quelques sujets, mais librement chanté sur tous les continents ; Lui qui, avec ce genre de royauté, veut créer un monde nouveau, dans nos relations, dans nos familles, dans nos paroisses et dans notre monde encore de compétition effrénée et de violence sans limites ; mais pas sans notre engagement.

De plus, déjà, au cours de Son ministère terrestre, Il Se différenciait de quiconque : un Maitre sans domestique ; un Professeur sans diplôme, Il n’est passé dans aucune école rabbinique et pourtant Il parle avec autorité. Un Guérisseur sans médicaments. Un Roi sans forces armées et armes, et pourtant les rois Le craignent. Sans commettre de crime, Il a été crucifié. Sa mort a été imprévisible, infâme et indigne de Lui (car selon la Loi juive, un blasphémateur devrait être mort par lapidation, la crucifixion c’était pour les esclaves et les criminels). Le Major général qui a vaincu le monde sans bataille militaire. Mort et enterré, mais Il vit.

Du haut de trône de la croix, la signature de « son investiture » - « Jésus de Nazareth, Roi des Juifs » était écrite en trois langues : le Grec (langue de la culture dominante d’alors), le Latin (langue du pouvoir dominant d’alors) et l’Hébreu (langue de la religion dominante d’alors) les trois composantes de l’univers. Donc, un Roi qui a lié Son histoire à la nôtre, et la faire dérouler aux yeux de l’univers entier.

Pour bien le comprendre, il suffit de regarder de près la péricope que la Liturgie soumet à notre méditation, et nous constaterons qu’il a plusieurs manières de répondre à ce sacrifice du Christ : le peuple restait là à observer, les chefs religieux le tournaient en dérision ainsi que les soldats ; l’un des malfaiteurs condamnés en même temps que Lui se mettait à l’injurier.

C’est aussi notre histoire, parce que nous sommes bel et bien souvent ces gens-là : la foule, les chefs et le larron de la gauche : « Si tu es le Messie, toi qui es Dieu… tu peux faire ceci ou cela pour moi, comme tu l’as fait pour les autres… » Dès fois, avec les nôtres : « Si tu es serviteur/servante de Dieu, fais passer ce messages, et tu bénéficieras d’un miracle dans 10 minutes… ». Si nous adoptons un tel comportement, nous ne faisons que ce qu’ils ont fait ; mais surtout que ce qu’a fait le Diable dans le désert : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain… Jette-toi en bas, car il est écrit : Il donnera pour toi à ses anges l’ordre de te garder ; si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela… » Et Jésus garderait le silence, comme il l’a fait à leur égard.

Mais si nous épousons l’attitude orante de celui que nous appelons le « bon larron », si c’est aussi cette prière que nous faisons monter vers le Seigneur : « Souviens-toi de nous… ». Si nous voyons en Lui l’image du Dieu invisible, le Ressuscité, la Tête de l’Église, notre Roi, Il nous répond par la miséricorde. Car « Personne n’est trop loin pour Dieu. Nul n’est jamais perdu pour Dieu. C’est du plus profond de notre propre souffrance que Dieu veut nous répondre. » (St Jean-Paul II).

En ce dernier Dimanche de l’Année liturgique C, puisse notre prière se faire plus ardente : « Oui, Seigneur, souviens-toi de nous dans ton Royaume. Souviens-toi de ceux que l’on ignore dans les autres royaumes : les blessés de la vie, les victimes de la précarité, des guerres et des violences. Souviens-toi de ceux, surtout de l’Asie et du Moyen-Orient, qui ne peuvent vivre librement leur foi. Souviens-toi, Seigneur, de tes petits frères et sœurs qui sont victimes des systèmes politiques. Souviens de ceux qui ne savent plus où aller, les oubliés, les sans-abris, les souffrants de la solitude et de la faim, les innocents-crucifiés de la vie, les marginalisés, les abusés, ceux sur le dos de qui on continue de placer des croix injustement… Ne les oublie pas ; c’était d’ailleurs pour eux en particulier que tu étais venu parmi nous.

Et toi, si en ce présent instant même, tu te consacres tout entier à Lui et sans aucune réserve ; si tu te mets à genoux pour L’adorer ; si tu Lui  dis : « Tu es mon Roi, je me prosterne devant Toi, je reconnais tes droits sur moi et sur tout ce qui m’appartient. En mourant et en ressuscitant pour moi, Tu étais devenu mon Roi d’amour. Tu m’as donné la preuve de ton Amour : j’ai confiance en ta miséricordieuse bonté. Seigneur, mon Roi, j’ai besoin de Toi. Je suis si souvent enfermé dans mes préoccupations et je n’en vois pas la sortie. Je t’en prie, marche devant moi, montre-moi le chemin, emmène-moi jusqu’en ton Royaume… ! »

Si tu continues pour Lui dire : « Seigneur, Je t’ouvre mon cœur, règne sur lui». Tu L’entendras te dire à son tour : « Sois mon témoin ; sois les signes de la venue discrète de mon Royaume en te montrant artisan d’amour, de justice, de vérité et de pardon. Et si tu commences aujourd’hui même, « En vérité, je te le dis, aujourd’hui même tu seras avec moi dans le paradis ».

Le Seigneur te parle, si tu entends Sa voix, ne ferme pas ton cœur. (Hébreux 3,7-8).