tous-les-Saints

Chez moi (Haïti) comme dans beaucoup d’autres pays du monde, certaines gens, surtout ceux en campagnes, ont coutume de cuisiner, tout en utilisant 3 grosses pierres en guise de réchaud. Ainsi est l’Eglise. L’Eglise, ce n’est pas seulement les gens que nous voyons. Elle est Une, mais elle a une dimension tricéphale : l’Eglise triomphante, l’Eglise souffrante, l’Eglise militante. Les trois forment ce que nous appelons la communion des Saints.

  1. L’Eglise triomphante

La Sainteté n’est pas un luxe réservé à quelques personnes. C’est notre vocation première : « Soyez saints, car Je Suis Saint » (Mt 5,48 ; 1Pierre 1,16 ; Lévitique 19,2). L’Eglise triomphante est cette dimension avec qui nous fêtons aujourd’hui (le 1er Novembre). Ainsi, l’Eglise triomphante est composée de la cour céleste et d’amis de Dieu, connus et inconnus de nous, qui sont déjà dans la gloire. Ceux à qui Dieu donnait la couronne après avoir combattu le bon combat. Nous connaissons beaucoup d’entre eux. Mais il y en aussi beaucoup que nous ne connaissons pas, CAR DIEU SEUL FAIT LES SAINTS, L’EGLISE NE FAIT QUE NOUS PROPOSER DES MODELES.

Le Seigneur est glorifié dans l’assemblée des Saints, car en couronnant leurs mérites, ce sont Ses propres dons  qu’Il couronne. Cette assemblée est immense. Personne ne peut dénombrer ses membres. Pour faire bref, laissons parler le Livre de l’Apocalypse 7,9…17.

« Aussitôt après j’ai vu une foule immense que personne ne pourrait compter. Ils appartiennent à toutes les nations, à tous les peuples et tous les clans, à toutes les langues, et se tiennent face au trône et à l’Agneau, vêtus de blanc, avec des palmes à la main… Ceux-là ont lavé leurs vêtements et les ont blanchis dans le Sang de l’Agneau. C’est pourquoi ils sont là devant le trône de Dieu, ils le serviront jour et nuit dans son Temple, et Celui qui siège sur le trône S’établira au milieu d’eux.  Ils ne connaîtront plus la faim, ni la soif, ni le vent torride et la brûlure du soleil. L’Agneau qui est au centre du trône sera leur Pasteur et les conduira aux fontaines d’eau vive. Dieu essuiera toute larme de leurs yeux ».

Les Saints sont une couronne de témoins qui nous entourent (Hébreux 12,1), prient pour nous, veuillent sur nous, et nous encouragent. Dans leur vie, Dieu nous procure un modèle ; dans la communion avec eux une famille ; et dans leur intercession un appui ; afin que, soutenus par cette foule immense de témoins, nous courrions jusqu’au bout l’épreuve qui est proposée et recevions avec eux l’impérissable couronne de gloire, par le Christ, notre Seigneur, Lui que l’Eglise ne cesse de rendre grâce de ce que l’exemple des Saints nous stimule et que leur prière fraternelle nous aide à travailler pour que son règne arrive (Préfaces des Saints).

Au fait, en consacrant un jour pour célébrer le Seigneur dans l’immense cortège de tous Ses Saints, l’Eglise ne fait que ce que la parole de Dieu lui demande. On peut le lire dans la Lettre aux Hébreux : « Souvenez-vous de ceux qui vous ont dirigés : ils vous ont annoncé la Parole de Dieu. Méditez sur l’aboutissement de la vie qu’ils ont menée, et imitez leur foi. Jésus Christ, hier et aujourd’hui est le même, il l’est pour l’éternité. Ne vous laissez pas égarer par des doctrines diverses et étrangères » (He 13,7-9a).

  1. L’Eglise souffrante

L’Église souffrante pour sa part est composée de gens qui sont morts avant nous. Au cours de leur vie terrestre, ils ont commis des fautes, mais qui ne leur obstrue pas la route du Ciel. Car « Toute faute est péché, mais n’est pas pour autant le péché qui donne la mort. » (1Jean 5,17) (Ici Jean ne parle pas de la mort clinique, la mort  physique, mais celle de l’âme). Et puisque personne ne peut arriver près de Dieu avec la marque du péché, ils sont au purgatoire. Et c’est le sens même du mot purgatoire : purger… ils purgent leur peine…

 Allons voir Saint Paul, dans 1Corrinthiens 3,13-15 : « Un jour on reconnaîtra le travail de chacun. Le jour du jugement le fera voir, quand tout sera éprouvé par le feu. Le feu permettra de voir ce que vaut le travail de chacun. Si ce qu’on a construit résiste, alors on recevra un salaire ;  mais si le feu détruit le travail, l’ouvrier paiera le dommage. Il sera sauvé bien sûr, mais NON SANS PASSER PAR LE FEU.

Le purgatoire est donc ce lieu de purification où les âmes des défunts morts en état de grâce, et assurés du salut, vont expier les péchés dont ils n'ont pas fait une pénitence suffisante avant leur trépas. Dans « Dialogi de vita et miraculis patrum Italicorum (4, 39) », saint Grégoire le Grand écrit : « Vous devez croire qu'il y a un feu purificateur pour certains péchés parce que la Vérité éternelle affirme que, si une personne blasphème contre l'Esprit Saint, ce ne lui est pardonné ni dans le siècle présent, ni dans le monde futur » (Mt 12, 32) Ce qui montre que certains péchés ne sont pas pardonnés ni en ce monde ni en l'autre mais que d'autres peuvent être expiés dans l'autre monde.

  1. L’Eglise militante

Elle est cette partie visible de l’Eglise. Ce sont les baptisés sur cette terre. Car nous n’avons pas seulement à devenir des saints; nous le sommes déjà, puisque nous participons aux choses saintes, à commencer par les sacrements. En écrivant aux premiers Chrétiens, saint Paul disait souvent: « Aux saints qui sont à Rome aux saints qui sont à Corinthe etc. » (Rm 16,2.15), (2Cor 1,1 ; 13,12).

Nous sommes saints du fait de notre baptême, du fait que nous sommes membres d’un Corps dont le Christ, le Saint des saints, est la Tête (Col 1,18). Mais, naturellement, nous ne serons « définitivement » saints que lorsque nous serons morts. Car jusqu’à cet instant, nous avons toujours la possibilité soit de nous convertir soit de rejeter l’amour de Dieu qui ne fait jamais défaut. C’est la raison pour laquelle l’Eglise ne canonise pas les gens de leur vivant, même si leur vie est édifiante.

L’Eglise militante se constitue de « nous qui pérégrinons, allant de l’avant, entre les persécutions du monde et la consolation de Dieu » (Lumen Gentium, Vatican II). Nous sommes donc les seuls membres de l’Eglise donc à devoir « nous battre / militer » pour rester fidèles à notre vocation à la sainteté. Mais nous prions aussi pour alléger les souffrances des âmes du Purgatoire (tel que nous le faisons le 2 novembre), de même que nous misons sur les mérites et l’intercession des saints du Paradis. C’est cela la communion des saints.

L’Eglise triomphante prie pour l’Eglise militante qui, pour sa part, prie pour l’Eglise souffrante. Mais les trois l’Eglise : un Réchaud à trois pierres, mais le feu en qui fonde l’unité est le Christ.

 

Père Emmanuel FENELUS
Diocese de Fort-Liberté
Haiti