Si vous aviez un peu la foi…

27e dimanche ordinaire – C
Luc 17, 5-10

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L’époque dans laquelle nous vivons connaît un problème sérieux. Il s’agit du déclin de la foi. Dans certains pays, on rapporte que des églises sont vidées, la culture religieuse est ignorée et a tendance à être malheureusement remplacée par un individualisme avancée. Nous sommes comme perdus par le fait même que nous sommes en train de perdre ce qui nous est essentiel, ce qui donne sens à notre existence… Voilà pourquoi l’évangile du 27e Dimanche TOC vient sonner l’alarme. Il vient nous rappeler qu’il est temps de remettre les pendules à l’heure, en nous invitant à réfléchir en profondeur sur ce qu’est la foi, à faire en sorte que nous la préservions, la faisions grandir et la transmettions.

Mais c’est quoi la foi?
Dans le petit catéchisme préparatoire à la première Communion, il a été dit que la foi, « c’est marcher avec Dieu qu’on ne peut voir ». La foi est la force de Dieu qui accompagne le navire de notre vie et qui nous permet de tenir bon quand les vents contraires que sont les problèmes, les difficultés, les incompréhensions se présentent. « La foi, écrit Père Yvon-Michel Allard, nous aide à passer à travers la tempête, sans nous soustraire aux intempéries ». Et c’est exactement le message de la première lecture: « Le juste vivra par sa foi » (Habacuc 1,2-3 ; 2,2-4).

La foi, écrit S. Kierkegaard, c’est un saut confiant qu’on fait dans le vide. « Avoir la foi, poursuit saint Augustin, c’est se considérer comme une feuille de papier blanche mais soussignée, et permettre au Seigneur d’y écrire ce qu’il veut ». La foi est ce qui nous fait nous accrocher à ce que nous espérons, et qui nous donne la garantie de ce que nous ne voyons pas (Hébreux 11,1). Il est intéressant de constater que le père de la foi est quelqu’un qui n’a joui d’aucun miracle au préalable. Il a seulement entendu une voix lui dire : « Abram, quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père pour le pays que je te montrerai… » ; et lui se lève-toi et marche (Genèse 12).

Grâce à leur foi, les Patriarches ont su tenir une relation inconditionnellement amicale avec Dieu. Sans poser de question, leur foi en Dieu les poussait à faire tout ce qu’Il leur avait demandé, car ils étaient persuadés qu’Il ne voulait que leur bonheur (Hébreux 11, un très intéressant texte à relire). Voilà une belle image qui a traversé toute la Bible. Certains ont pu goûter du fruit de leur foi. Par ailleurs, nombreux sont ceux qui sont morts sans voir manifestement leur récompense, en dépit de leur inébranlable foi en Dieu. L’essentiel, c’est que chacun, sous la voile d’un ensemble de contrastes, a essayé de nous enseigner comment faire confiance au Seigneur.

- Abel était juste, mais sa couronne a été une mort fratricide ; tandis qu’Enoch a été assomptionné sans connaitre la mort.
- La foi a sauvé et tenu ensemble la famille de Noé, tandis qu’Abraham avait obligé de congédier Ismaël et Agar.
- Par la foi, Noé s’est sédentarisé, tandis qu’Abraham marcha vers une terre inconnue.
- Par la foi, Sarah enfanta à 90 ans, et à cause de cette même foi, Abraham allait sacrifier Isaac.
- Par la foi, Joseph est devenu ministre en Egypte, tandis qu’à cause de cette même foi, Moise erra dans le désert.
- Grâce à la foi de Marie, l’humanité déchue a été relevée, alors que Siméon demanda au Seigneur de partir en paix.
- Par la foi, Pierre a été évadé de sa prison, tandis que Jacques le majeur a été martyrisé…

La foi est une boussole qui nous indique la direction à suivre, avec la garantie que Dieu marche avec nous. Par conséquent, sur les chemins de la vie, si nous ne voulons pas nous égarer, tel un navire qui ignore son port, nous devons absolument garder le contact avec Dieu, notre Compagnon de voyage. Et dans cette démarche, la foi s’avère nécessaire; elle est notre seule garantie que nous ne serons pas seuls à faire face aux difficultés.

Et si nous avions un peu la foi, gros comme une graine de moutarde, nous dirions à l’arbre des problèmes, des trahisons, des maladies, des incompréhensions, des ennuis de toutes sortes, bref, à l’arbre des difficultés : « arrache-toi de l’environnement de mon être et plante-toi dans la mer du passé, et il vous obéira » (l’évangile du jour). Car, avec Dieu à nos côtés, nous avons la certitude que nous obtenions la force dans nos faiblesses, la paix dans nos troubles, la joie dans nos tristesses, la sérénité dans nos tumultes, l’espérance dans nos moments de doute, la sagesse dans notre ignorance, le courage dans nos maladies, la satisfaction dans nos foyers, la sécurité dans nos moments de peur, la prospérité dans nos entreprises…

Ne l’oubliez jamais : seule la foi en Dieu nous fera vivre. Seule la confiance en Dieu peut nous permettre de comprendre notre existence et cette époque si folle, aliénée, en panne de sens… Seul l’appui sur Dieu, et Dieu seul, peut nous permettre de vivre mieux l’amour et le travail, le succès et l’échec, la maladie, la vie et la mort, nos relations humaines si compliquées (Je t’aime ce soir; je te hais demain, pour répéter Soprano).

Dans tout qui nous arrive, n’oubliez jamais que l’important consiste à rechercher la volonté de Dieu : que ce soit dans la mort comme Abel, ou dans la vie comme Énoch. Que ce soit rester sur place comme Noé, ou partir à l’aventure comme Abraham. Que ce soit dans une vie de « luxe » comme Joseph, ou vivre dans la privation (extrême) dans le désert la vie comme Moise… Voilà pourquoi, l’invitation de Jésus reste et demeure le plus grand et plus bel acte de foi qui soit : Notre Père qui es aux cieux… que Ta volonté soit faite (Luc 1, …38 à lire).

Autre chose, c’est que la foi, ce don inestimable de Dieu, a besoin d’être protégée. Nous devons la faire grandir jusqu’à en faire devenir notre pain quotidien, et la transmettre. Or, elle ne peut survivre si elle n’est pas alimentée. Elle n’y arrivera pas si l’on se comporte comme un franc-tireur isolé. Voilà pourquoi nous avons besoin d’aller à l’Église chaque dimanche pour être au contact du Christ et à celui des autres membres de la communauté; la foi est reçue et se vit dans la communauté. À la fin de chaque Eucharistie, le prêtre / le Diacre nous dit : Allez dans la paix du Christ. Le Christ, en la personne de Ses ministres nous envoie la transmettre aux autres, surtout à ceux qui ont mis Dieu dehors dans leur vie, ou qui n’ont jamais pu faire rencontre avec Lui; aux enfants, aux petits enfants… C’est exactement ce que Paul a demandé à Timothée dans la seconde lecture (2 Timothée 1,6-8.13-14).
Dans quelle circonstance êtes-vous aujourd’hui ?

Je ne sais pas… mais, demandons au Seigneur d’augmente en nous la foi. Non simplement pour croire qu’Il existe, mais aussi la confiance en Lui. Avec un peu de vraie foi, Dieu est capable de faire de grandes choses pour nous (Luc 1,49). Il est le Maître de l'impossible, disait Gabriel à Marie, en faisant allusion à l'impossible naissance d'Isaac (Gn 18,14) comme à celle de Jean-Baptiste (Lc 1,36-37).

Votre foi, la trouvez-vous trop petite ? Non ! L’essentiel c’est d’en avoir, n’est-ce que comme une étincelle de feu. Dieu est capable de souffler sur elle jusqu’à en faire une braise qui enflammera le monde.

Chaque jour est un jour neuf. Nous sommes toujours dans l’aujourd’hui de Dieu (Ps 94). Donc, se décider de faire confiance est de nouveau possible. Demandons à Dieu un cœur humble, reconnaissant, afin que, à l’instar de Notre-Dame du très saint Rosaire, Il se penche vers nous (Luc 1,47). Il est là et pose à chacun de nous l’exacte question de confiance : « Aujourd’hui écouterez-vous Ma parole ? »

Je vous exhorte, mes sœurs / frères, aujourd’hui si vous entendez la voix du Seigneur, ne fermez pas votre cœur (Hébreux 3,7-8).

 

Père Emmanuel Fénélus
Diocèse de Fort-Liberté
Haïti