25e Dimanche TOC

Luc 16,1-13

A chaque instant de nos quotidiens, le Seigneur nous parle. Et en ce 25e Dimanche du Temps Ordinaire de l’année liturgique C, il le fait encore, tout en nous invitant à faire un choix de vie et à adopter un comportement exprimant ce choix. C’est important puisque le Seigneur a pris du temps pour préciser sa pensée :

- Première précision : le temps présent est une occasion de répit dont nous devons profiter pour assurer notre avenir d'éternité ;

- Deuxième précision : c'est dans la manière de nous comporter avec les autres que notre avenir se joue : l'amitié qu'on se donne est une manière de se donner mutuellement le salut éternel ;

- Troisième précision : les biens dont nous disposons sont la propriété de Dieu et de personne d'autre ; nous en sommes, non pas les propriétaires, mais les intendants, appelés à servir la fraternité entre nous.

Au fait, toutes ces précisions n’ont qu’un but : nous faire découvrir que l’argent n’est qu’une tromperie et que consacrer sa vie à « faire de l’argent » comme on dit, c’est faire fausse route. C’est aussi grave que l’idolâtrie que les prophètes ont tellement pourchassée. Dans la péricope évangélique ci-référée, Jésus dit : «Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent ». Le mot « servir » a un sens religieux, bien sûr : Il n’y a qu’un seul Dieu, ne vous faites pas d’idoles, car toute idolâtrie fait de vous un esclave. Or l’argent peut fort bien devenir une idole, c’est-à-dire devenir une fin en soi et non plus un moyen. Quand on est obsédé par l’envie de gagner de l’argent, on devient vite esclave, on n’a plus le temps de penser à autre chose !

L'argent n'est pas mauvais en soi, il est bon ! D’UNE CERTAINE MANIÈRE, il garantit notre survie : pour consulter un médecin, pour s’approvisionner en nourriture et en vêtements, pour avoir un toit sur sa tête, pour scolariser son enfant…, pour être en accord avec saint Jacques (Jaques 2,14-26) : « Il faut, disait naguère saint Thomas d’Aquin, un minimum de bien matériel pour pratiquer la vertu ». Mais, il faut être prudent, car l'argent que l'on s'approprie devient souvent « malhonnête », c'est-à-dire injuste, quand on l’oppose à Dieu. L’argent n'appartient qu'à Dieu. Se l'approprier, c'est le détourner de sa véritable destination, qui est d'être au service de l’amour, l'amitié, de la fraternité dans une gratuité qui manifeste la grâce que nous recevons de Dieu.

Que faire alors ?

La Sagesse populaire enseigne : « Se méfier de ce qu’on possède pour ne pas être possédé », et c’est un bon principe. Justement ! Car l’argent est trompeur. Et il l’est au moins de deux manières : d’abord, il nous fait croire qu’il nous assurera le bonheur, mais pourtant viendra bien un jour où il nous faudra tout laisser. Jésus nous le dit : « Faites-vous des amis avec l’Argent malhonnête, afin que le jour où il ne sera plus là… ». « Il ne sera plus là » est évidemment une allusion à la mort.

Ensuite, l’argent nous trompe quand nous croyons qu’il nous appartient à nous tout seuls. Jésus ne nous pousse pas à mépriser l’argent, mais à le mettre au service du Royaume, c’est-à-dire des autres. Nous n’en sommes pas propriétaires pour notre seul usage égoïste, nous en sommes intendants. C’est pour cela que Jésus parle de « bien étranger », c’est parce qu’il ne nous appartient pas. Il est bien vrai « qu’il n’y a pas grand intérêt à être le plus riche du cimetière », comme on dit, mais « il y a grand intérêt à être riche pour en faire profiter les autres ».

Chers amis, tout comme l’argent, les biens de cette vie sont souvent trompeurs. Aussi bien qu’à l’argent, pensons à la beauté. Il s’agit de tomber malade pour s’apercevoir que l’argent n’achète pas la santé (souvenons-nous des puissants d’ici-bas). Il s’agit de vieillir de quelques années pour constater que notre beauté physique n’est plus la même (regardons nos grands artistes). Quelques rides de plus qui s’ajoutent à notre peau nous rappellent déjà que nous ne pouvons pas toujours avoir vingt ans.

Et pourtant, pour le bien paraître ou le rêve des biens matériels, les humains sont prêts à travailler fort et à amasser de l’argent à la sueur de leur front. Oui, c’est naturel et légitime puisque le travail n’est pas une conséquence du péché ; mais au contraire, il élève l’homme, fait sa dignité, lui donne sa lettre de noblesse : il nous rend créateurs après le Créateur (Genèse 1,28). Mais L’argent devient souvent la clef du rêve, et les ténèbres guettent l’être humain par des aspirations matérielles et le rend mesquin, dur, inhumain, inflexible, insolent, cruel, prétentieux, bavard, violent, avare, tels les gens de mon pauvre pays en particulier où souvent le montant annuel d’un élève s’élevant à 25.000 gourdes est payé à l’avance, alors que son petit voisin se rend à l’école à jeun et est renvoyé pour une balance de 250 gourdes.

Je lisais récemment sur les réseaux sociaux et dans les journaux écrits que, dans mon pays (Haiti), un citoyen, membre du gouvernement, se faisait le plaisir de vendre au gouvernent des chèvres dont le prix s’élève à 31.000 gourdes / chèvre. Le pire c’est qu’il est aspiré maintenant à devenir Ministre… le fonds « Petro-Caribe » qui a été destiné au développement du pays, mais détourné par une poignée de gens aux dépens de la populace est devenu source de « guerre civile en puissance »… les centaines de millier de gourdes débloquées mais qui, hélas, se sont volatilisées, alors que les fils du pays vivent dans la crasse, alors que des jeunes, dont on a coutume de dire espoir de demain, après tant de sacrifices pour réussir aux examens de Baccalauréat, n’ont aucun espoir d’entrer à l’université… et ceux qui ont eu cette chance ne peuvent malheureusement exploiter leur aptitude… Comment ne pas être bouleversés par de telles réalités ?

Mais au lieu de juger et de condamner, et pour répondre à la demande de saint Paul à Timothée (1 Timothée 2,2), intercédons pour ceux qui gouvernent le monde, pour ceux qui gouvernent notre pays, comme pour ceux qui gouvernent l'Église.

Toutefois, tâchons de ne pas l’oublier : « Au Seigneur le monde et sa richesse, la terre et tout ce qu’il renferme… (Psaume 24,1). L'amour de l'argent : voilà l'ennemi que nous devons redouter le plus. Et quand je dis « nous », cela veut dire : TOUS ! Cela veut dire : CHACUN ! CHACUNE ! Moi, toi, lui, elle, nous, vous, eux et elles.

Cette portion d’Evangile constitue une invitation pour tout-un-chacun à faire « une utilisation chrétienne » de la richesse, du temps, des talents et de la vie. Ouvrons nos yeux pour voir les situations contraires à la vie du Royaume, tels la fraude, le vol, la corruption, le gaspillage, etc., évertuons-nous de les combattre et travaillons pour le seul ben qui ne passera jamais : la vie en Dieu.

Suivons dorénavant le conseil de Jésus : soyons habiles, dignes de confiance et astucieux avec notre argent en vue de notre éternité. Car, un jour, la question nous sera posée : Qu’as-tu fait de tes biens ? C’est une question redoutable mais aussi une bonne nouvelle pour ceux qui la comprennent. Aux yeux de Dieu, il n’y a qu’une façon de placer notre argent et nos biens spirituels, c’est de partager par amour pour lui.

Et aujourd’hui, si tu entends la voix du Seigneur, ne ferme pas ton cœur (Hb 3,7-8)

Demande :
Ouvre mes yeux, Seigneur, aux merveilles de ton amour.
Je suis l'aveugle sur le chemin : guéris-moi, je veux te voir !

Ouvre mes mains, Seigneur, qui se ferment pour tout garder,
Le pauvre a faim devant ma maison : apprends-moi à partager !

Fais que je marche, Seigneur, aussi dur que soit le chemin,
Je veux te suivre jusqu'à la croix : Viens me prendre par la main.

Garde ma foi, Seigneur, tant de voix proclament ta mort !
Quand vient le soir et le poids du jour, ô Seigneur, reste avec moi !

Père Emmanuel FENELUS
Diocèse de Fort-Liberté
Haïti

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