ENVOYÉS POUR ÊTRE LES TÉMOINS DE LA JOIE PASCALE

3e Dim B

 

1re lecture (Actes 3,13-15.17-19) : « Dieu a ressuscité le Prince de la vie que vous avez tué »

Psaume responsorial (Ps 4) : Sur nous Seigneur, que s’illumine ton visage  / Alleluia !

2e lecture (1Jn 2,1-5a) : « Nous avons un défenseur devant le Père »

Évangile: (Luc 25,35-48): À vous d’en être les témoins. »

Sœurs et frères bien-aimés,

             Nous arrivons aujourd’hui au 3e dimanche de Pâques. Pourtant la liturgie nous raconte ce qui s’était passé le jour même de la Résurrection. N’oubliez pas que pour les apôtres, Jésus était mort. Il n'y avait plus d'espérance possible. Pour eux, c’était point final. Mais voilà qu'au premier jour de la semaine, le Seigneur dit : « point à la ligne ». Oui, il est celui qui nous enseigne la vie, quand rien ne semble bien ;  celui qui nous conduit, quand tout gronde vers nous ; celui qui affermit nos pas, quand tout est incertain : le soutien de notre faible foi, comme il l’a été pour celle des Apôtres et les voyageurs d’Emmaüs.

En effet, depuis vendredi saint, les disciples se baignent dans le long fleuve du découragement. Mais voilà que le Ressuscité les rejoint de façon privilégiée. Il s’est rendu présent sauf qu’il le fait de manière aussi réelle que mystérieuse. Réelle : « Regarde-moi, je ne suis pas un fantôme, ce dernier n'a pas de corps… Regardez mes plaies, c'est bien moi… Avez-vous du pain et du poisson ?... a-t-il dit aux siens. Mystérieuse, car, dans un premier temps, personne n’a pu soupçonner qu’il s’agit du Ressuscité. Pour Marie-Madeleine, c’était le jardinier ; les disciples d'Emmaüs marchent avec lui sans le reconnaître et Jésus leur échappe au moment même où il se laisse entrevoir. Les apôtres sont saisis de stupeur et le prennent pour un fantôme… C’est une façon pour nous montrer que, loin d’être un simple retour à la vie antérieure, la résurrection de Jésus est passage définitif d'un homme en Dieu. C'est pour dire cela que les premiers chrétiens employaient des expressions comme : « Il a été exalté... Dieu l'a glorifié... Il est assis à la droite de Dieu... Il est le Seigneur » Telle était la foi des apôtres. Même si c'était mystérieux pour eux, nous savons que c'était bien réel. Ils ont préféré - l'un après l'autre - mourir plutôt que de renoncer à ce qu'ils croyaient : Jésus est vraiment ressuscité[1]. Et pour eux, c'est le commencement d'une grande aventure. 

L’aventure est si grande que les disciples ont couru. Il était assez tard, puisqu’ils étaient à Emmaüs au coucher du soleil - Reste avec nous, car il se fait tard, ont-ils dit à l’Inconnu bien connu (Luc 24,29) -; pourtant, ils ont eu le temps de revenir à Jérusalem. Tout essoufflés, ils arrivent au Cénacle et se mettent à raconter aux apôtres que le Seigneur Jésus est ressuscité et qu’ils viennent de le voir. Mais eux se heurtent à un mur d’incrédulité. Les onze ont trop souffert de la perte du Messie, ils croient que l’on se moque de leur douleur. Les deux disciples d’Emmaüs ont beau insister, ils ne font que les rendre plus incrédules, voire agressifs. Que faire ? Et tout d’un coup, Jésus est là, au milieu d’eux. Personne ne l’a vu entrer, Il est debout devant eux et leur dit : « La paix soit avec vous ! »

On peut s’imaginer les secondes de silence qui suivent ces paroles de Jésus. Personne n’ose bouger. Mais le rythme cardiaque des apôtres s’accélère à toute vitesse. Un ouragan de surprise, de doute, de joie et de remords déferle sur eux. Ils sont tellement bouleversés qu’ils sont incapables de parler. C’est Jésus qui doit rompre le silence. Les onze s’apaisent, un grand bonheur inonde leur cœur. L’un des premiers fruits que la Résurrection nous apporte, c’est la joie. Si nous faisons la rencontre du Seigneur ressuscité, même les douleurs les plus grandes vont laisser place à la joie de Pâques.

Ce passage de l’Évangile nous conduit à une question : si le Seigneur veut que nous croyions en lui, pourquoi ne nous apparaît-il pas directement ? Ce serait tellement plus facile… Mais ce serait nous forcer à croire, nous n’aurions pas le choix. Jésus nous aime tellement qu’il refuse de nous enlever la liberté. Il nous laisse libres de croire en sa Résurrection. Chaque jour, nous avons l’occasion de renouveler notre « Oui, Seigneur, même si je ne t’ai jamais vu, je crois que tu es vraiment ressuscité ! » Et lui de répondre : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! » (Jn 20, 29)

C'était vrai pour les apôtres autrefois et le reste tout autant pour nous aujourd'hui : présence réelle mais présence mystérieuse. Et pour nous aujourd'hui ? Comment être sûr de rencontrer le Christ ? La question est de taille. C'est le cœur de la foi chrétienne. La réponse la voici, vous la connaissez. Oui le Christ nous a donné des rendez-vous précis :

1.- Dans sa Parole.

La Parole de Dieu peut être le lieu privilégié de la rencontre avec Jésus ressuscité. « Si vous demeurez dans ma Parole, dit Jésus, vous me connaîtrez.» Les anciens disaient qu’il n’y a pas de chrétiens sans la méditation de l’Écriture. Et au Pape François d’ajouter : « La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus Christ la joie naît et renaît toujours ».

La Parole de Dieu doit devenir pour nous une nourriture de tous les jours. Nous en avons besoin pour affermir notre foi et retrouver le véritable sens de notre existence. Daniel-Ange, un auteur italien, disait : «La Parole de Dieu doit être goûtée dans le silence, creusée par l’étude, assimilée dans la prière, célébrée dans la liturgie, vivifiée dans la vie fraternelle, annoncée dans la mission… jusqu’à devenir notre langue maternelle.»

La parole de Dieu peut éclairer l’ensemble de notre existence, avec ses joies, ses peines, ses espérances, ses découragements, ses limites, ses maladies et ses morts tragiques ou annoncées. La parole de Dieu devient pour ceux qui savent la lire, une parole de sagesse, de consolation, de courage et de fraternité. Elle nous nourrit de dimanche en dimanche, de semaine en semaine et nous apporte la joie, la sérénité et la paix.

Écouter la Parole de Dieu consiste à s’ouvrir à elle de manière à ce qu’elle soit créatrice en nous, c’est entrer dans le grand cycle de la fécondité divine. Déjà le prophète Isaïe disait au sujet de cette Parole : «Comme la pluie et la neige descendent des cieux et n’y remontent pas sans avoir arrosé la terre, l’avoir fécondée et fait germer, pour qu’elle donne la semence au semeur et le pain comestible, de même la parole qui sort de ma bouche ne me revient pas sans résultat, sans avoir fait ce que je voulais et réussi sa mission». (Isaïe 55, 10-11).

Dans certains pays, les chrétiens sont obligés de se cacher pour lire la Bible. À travers l’histoire, certains ont voulu la détruire en la brûlant, d’autres entraient dans les maisons pour la confisquer et la détruire. Mais dans sa fidélité Dieu veillait sur sa Parole de sorte que nous l’avons encore aujourd’hui ! Profitons de cette chance qui nous est offerte. Puissions-nous décider à nous familiariser en vérité avec la Parole de Dieu, l'Evangile, la Bible, une revue, un livre religieux, les homélies du dimanche, une émission religieuse à la radio à la T.V ou à télécharger une application de Bible, liturgie de l'eucharistie ou des Heures sur notre tablette ou Smartphone.  

2.- La prière et les sacrements

La rencontre avec le Christ vivant se réalise dans la prière... quand on ne se contente pas de parler du Christ, mais quand on parle au Christ. La prière fidèle, régulière, où l'on demeure et pas seulement une prière en passant. Cette étroite union se réalise aussi de façon privilégiée dans la Communion, à la Messe, vous le savez bien. On peut le dire aussi de tous les sacrements. La prière et les sacrements sont les sources où les chrétiens puisent régulièrement pour recevoir la vie du Christ, l'Esprit du Christ ressuscité.

3.- Dans le quotidien de notre vie.

 Pas besoin de quitter la vie quotidienne pour rencontrer le Christ. « Jésus où demeures-tu ? » L'Evangile nous enseigne que le Christ demeure désormais à fleur de visages, dans le temple immense et tragique de l'humanité. Ce que l'on fait au plus petit des ses frères, c'est à lui qu'on le fait. On ne peut pas se dire chrétien, on ne peut pas rencontrer le Christ, si on n'essaie pas d'aimer ses frères comme Jésus nous a aimés.

Finalement, Jésus explique les Écritures à ses apôtres. La première partie des prophéties s’est déjà réalisée : le Messie est mort et il est ressuscité le troisième jour. Il ne manque plus que la deuxième partie, l’annonce de la conversion et du pardon des péchés à toutes les nations. Les onze apôtres ont commencé cette mission et beaucoup d’entre eux y ont été fidèles jusqu’au martyre.

Dans un monde en quête de repères, qui est capable du meilleur et du pire et qui cherche  la bonne direction à prendre, dans ce monde-là, nous sommes envoyés pour être les témoins de l'amour et de la vie de Dieu. Nous, nous continuons cette mission de témoignage. Être témoins du Christ ressuscité signifie transmettre l’amour de Dieu par nos paroles et, surtout, par l’exemple de notre vie. Remercions le Seigneur pour ce moment d’intimité avec lui. Supplions-le de nous aider. Regardons combien nous nous sentons faibles en face de la mission qu’il nous confie. Et demandons-lui d’augmente notre foi, pour que nous puissions témoigner de lui avec assurance, comme les Voyageurs d’Emmaüs, les Apôtres, Pierre et Jean! Et, si nécessaire, donne-nous la force de te rendre témoignage jusqu’au martyre !

Qu’il en soit ainsi pour chacun de nous !

 



[1] Le tombeau vide n’est pas la preuve de la résurrection, mais un signe. La preuve est la conviction des Apôtres.