Le Temple saint de Dieu, c’est nous !

1re lecture : Ex 20, 1-17 : Le don du Décalogue

Psaume 18 :  Seigneur, tu as les paroles de la vie éternelle.

2e lecture : 1 Co 1, 22-25 : Nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les Païens, mais pour les Appelés, il est Sagesse et Force de Dieu

Évangile : Jn 2, 13-25 : Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai

 

Corps de Jesus

 

Sœurs et frères bien-aimés,

Notre cheminement carémique se poursuit avec le Christ. Après avoir séjourné avec lui dans la désert où il a vaincu et dérouté Satan ; après avoir gravi le Thabor avec Pierre, Jacques et Jean, devant qui il s’est transfiguré en présence de Moise et Moise, voici qu’à sa suite – encore avec les Apôtres – nous montons à Jérusalem ; nous y sommes déjà. Et en guise du repas de chemin, la Parole de Dieu nous invite à expérimenter des signes comme expression de son amour, de sa proximité et de sa sollicitude à notre égard.

Dieu nous donne ces signes pour nous dire qu’il ne nous abandonne pas à notre compte, qu’il nous rejoint dans toutes nos situations afin de nous aider à nous échapper du filet de l’Oiseleur. De ces signes, le premier est le don de la Loi, le Décalogue, couramment appelé les dix Commandements (1re lecture). Des Lois dont la compréhension, le sens même, réside dans le préambule qui, quant à lui, n’est pas un commandement : « Je suis Yahvé ton Dieu, celui qui t’a fait sortir d’Égypte, du pays de l’esclavage ». Pour nos frères ainés dans la foi, les Juifs, ce prologue est le plus important ; est-ce pourquoi ils ne parlent pas de « 10 Commandements », mais des « 10 Paroles ».

Cette « Loi » n’est pas, de toute évidence, comme les nôtres. Elle est tout à fait originale, et sa particularité se tient, non pas dans son contenu, mais dans son jalon qui est la libération d’Égypte. « Elle est parfaite, nous dit le Psaume responsoriel, et donne vie à l’âme. Elle ne trompe pas, mais donne la sagesse aux simples. Elle est transparente ; on y trouve la joie intérieure. Elle donne aux yeux la lumière. Elle est précieuse que l’or chez l’orfèvre, plus délicieuse que le miel qui coule des rayons ».

Israël misera à jamais sa foi en ce Dieu-Libérateur et accueillera sa Loi (points de repères pour une vie digne d'être qualifiée humaine), non seulement comme un chemin de liberté et de vie qui indique les impasses à éviter pour ne pas retomber dans l'esclavage (car elle nous invite à renoncer aux idoles qui ne font que nous enfermer dans notre égoïsme), mais aussi et surtout comme un apprentissage à mieux vivre la fraternité.  

Le deuxième signe que nous découvrons aujourd'hui c'est celui de la croix. Dans sa lettre aux Corinthiens (2e lecture), Paul insiste sur le caractère inimaginable de la croix : « Nous proclamons un Messie crucifié : Scandale pour les Juifs, folie pour les Païens ; mais Sagesse et Force de Dieu pour les Appelés… »  Donc, si nous voulons comprendre quelque chose à l'amour de Dieu, c'est vers la croix que nous devons regarder. Le vrai Dieu se révèle là où les hommes ne voient que déception, honte, fatalité et échec. En effet, la croix se présente comme la seule attestation d'un Dieu dont le nom est "miséricorde". « Elle contient en elle le mystère du salut car, dans la croix l’Amour se trouve élevé. Et c’est là l’élévation de l’Amour à son plus haut sommet dans l’histoire du monde… la croix est le moyen le plus profond pour la Divinité de se pencher sur l’humanité… elle est comme un toucher de l’Amour éternel sur les blessures les plus douloureuses de l’existence terrestre de l’homme » (Jean-Paul II au Canada, homélie du 14 septembre 1984)

A côté de ces deux signes, la péricope évangélique de ce 3e dimanche de Carême de l’année liturgique B nous présente un 3e. Il s’agit du Temple, profané par les Juifs, jusqu’à en faire un « repère de bandits ». Toutefois, il faut comprendre que ces vendeurs et changeurs n’étaient pas nécessairement de mauvaise foi. Leur entreprise consistait à apporter leur contribution de manière à faciliter le culte pour quoi ils avaient un profond respect ; autrement dit, ils rendaient un service considérable aux étrangers venus de très loin et qui avaient besoin de ce qui est essentiel pour offrir un sacrifice. Dans son Evangile (2,24), saint Luc nous rapporte que Notre-Dame et Joseph, eux aussi, s’étaient rendus dans le Temple, le jour de la purification, pour présenter leur Enfant au Seigneur. Ils avaient dû besoin de l’essentiel, deux petites colombes, dont ils avaient, fort probablement, la joie de trouver à acheter dans le Temple.

Donc, l’essentiel de cette portion d’Evangile n’est pas vraiment là. Il faut le trouver dans les mots que Jésus utilise pour parler du Temple : « LA MAISON DE MON PERE ». Il redit au peuple ce qu’il a déjà dit à ses parents charnels qui ne pouvaient pas comprendre (Luc 2,49). Il est donc le FILS. Il est l’Héritier ; c’est donc sa Maison (Luc 15,31b). Au fond, ce Jésus de Nazareth, qui est pour plus d’un le Fils du Charpentier, affirme son identité et son intimité avec le Père : Je suis dans le Père et le Père est en moi (Jean 14,10).

Ainsi pour Jésus, les offrandes ne sont pas le premier culte que nous rendons à Dieu ; il s’agit plutôt du cœur filial que nous y mettons. Parlant du plus grand des commandements, le Christ n’a-t-il pas dit  au jeune homme riche qu’aimer le Seigneur « de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer le prochain comme soi-même vaut mieux que tous les holocaustes et tous les sacrifices »? (Marc 12,33). Au cœur de ce Carême, demandons au Seigneur de nous délivrer des exercices machinaux, des formes ritualistes et la grâce de nous adresser à lui comme un Père.

En parcourant ce texte, nous voyons que Jésus va plus loin. Il va jusqu’à s’identifier au Temple : « Détruisez ce Sanctuaire, et en trois jours je le relèverai… ». Il confirme ce qu’il est : le nouveau Temple. Ainsi, le Lieu de la Présence divine n’est plus une maison ; car le Très-Haut n’habite pas des constructions humaines (Actes 7,48). Il est désormais Quelqu’un ; c’est le Corps du Christ autour de qui se réunit toute la liturgie chrétienne : Vous êtes le Corps du Christ, a dit saint Paul au Chrétiens de Corinthe (1Cor 3,16.17). C’est pour chacun de nous l’occasion de vérifier notre comportement à la messe : est-ce que j’y assiste et j’y participe ? « Un amour jaloux pour ta Maison me dévore ». Suis-je, avec Jésus, brulé par cet amour jaloux de Dieu et de sa Maison ? Suis-je fasciné par Dieu et par sa cause ?

« Croyez-vous que je prenne plaisir à la mort du méchant ? Mon plaisir est qu’il renonce à sa mauvaise conduite et qu’il vive » dit tendrement le Seigneur plein de miséricorde (Jérémie 18,23). Il veut que tous les hommes soient sauvés (1Tm 2,4) ; est-ce pourquoi aujourd’hui, pour nous appeler à une vraie conversion, il nous donne trois signes : la Loi, la Croix et le Temple. Ils nous disent ce qu'il nous faut éviter et ce qu'il faut faire pour ne pas retomber dans l'esclavage, et cela, quelle que soit la forme. Mais pour ce combat, nous ne sommes pas seuls. Jésus l'a gagné depuis l’Evènement pascal et nous associe tous à sa victoire le jour de notre Baptême ; ce mystère qui nous incorpore au seul vrai Temple où nous pourrons rendre à Dieu un culte "en esprit et en vérité. Saint Augustin dira plus tard : « Le Christ totale, c’est le Christ et les Chrétiens. Oui, désormais, notre corps est un temple de l’Esprit Saint, qui est en nous, venu de Dieu, et nous ne nous appartenons pas (1Co 6,19).

Un chant dit : « Nous sommes le Corps du Christ. Chacun de nous est un membre de ce Corps. Chacun reçoit la grâce de l’Esprit pour le bien du Corps entier… » Un autre dit : Vous êtes le Corps du Christ, Vous êtes le Sang du Christ, vous êtes l’Amour du Christ… alors, qu’avez-vous fait de lui.

Sœurs et frères, «  Vous avez été achetés si cher ! Glorifiez donc Dieu dans votre corps » (1Co 6,20)

 

Amen !