Venez et vous verrez!

 1ère lecture : Parle, Seigneur, ton serviteur écoute (1S 3, 3b-10.19)

Psaume 39 : versets
R/ Me voici, Seigneur, je viens faire ta volonté.

2e lecture : Vos corps sont les membres du Christ (1Co 6, 13b-15a.17-20)

Évangile :  Que cherchez-vous ?... Ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui (Jn 1, 35-42)

les 1ers appeles

 Le premier jour de notre retraite de cette année, le prédicateur nous a fait part de l’histoire d’une jeune fille qui n’est jamais venue à l’Eglise ; du moins, depuis un certain temps. Un jour, elle a décidé d’y venir ; mais, arrivée à la porte principale, les membres d’accueil l’empêchent d’y pénétrer à cause de la décence de son habit. Au lieu de s’en aller, la jeune fille alla trouver le prêtre et lui porta plainte en ces termes : « Mon Père, si vous saviez… j’ai cet habit depuis un an. Je ne l’ai jamais porté à cause que je n’ai nulle part où aller. J’ai donc décidé de venir à la messe afin que les autres puissent me voir, mais voilà que des gens m’en empêchent…

Aussi intéressante soit-elle, cette histoire est avant tout une interpellation ; celle-là même par quoi Jésus nou invite à nous laisser toucher. Au fait, dans la péricope évangélique de ce 2ème dimanche du temps Ordinaire de l’année liturgique B, se trouve, dans l’Evangile saint d’après Jean, la première parole publique issue de la bouche du Verbe éternel de Dieu lors de sa rencontre avec ses premiers disciples. Cette parole n’est étonnement pas « Suivez-moi ! » ; elle est au contraire une question ; très proche de celle qu’il aura posée aux soldats qui viendront pour l’arrêter dans le jardin de Gethsémani, et à Marie-Madeleine le matin de Pâques (Jn 18,4 ; 20,15). Et cette question est : « Que cherchez-vous ? »

A travers cette question que, en se retournant, il pose André et l’autre disciple dont on ne mentionne pas le nom, Jésus les rejoint dans ce qui en eux est de plus fondamental, de plus intestinal, de plus intime même : leur soif ; soif d’amour, soif de liberté, soif de fraternité, soif d’humanité, soif de bonheur… mais plus que ça, il les invite, à sa manière, à creuser leur désir, leur quête d'absolu qu'ils n'ont pas pu assouvir chez Jean. « Que cherchez-vous ? » est en effet une question qui dit la sollicitude de Dieu. Elle exprime sa miséricorde ; une miséricorde qui le pousse jusqu’à se mettre à notre recherche. L’on se souvient de sa première parole lors de son premier dialogue avec l’humanité qui ne cesse de s’égarer : « Adam (Homme), où es-tu ? ».

Aujourd’hui, le Seigneur dont la bonté et la miséricorde s’étendent à tous les âges (Lc 1,50) nous pose exactement la même question : Quel est le sens que vous donnez à votre vie ? Avez-vous actuellement un projet ? Avez-vous quelque chose à me demander pour quelqu’un ? N’hésitez pas à demander et demandez beaucoup… N’avez-vous pas une joie à me faire partager ? Sentez-vous l’abandon ? Ne voudriez-vous pas me promettre quelque chose ? Et pour vous-mêmes, n’avez-vous pas besoin de quelque chose, quelque chose qui déchire votre cœur ? N’ayez pas honte, je suis votre ami… Quel est votre soif ? Quel est votre désir ? Quelles sont vos aspirations? Quelles sont vos priorités? Bref, dans la famille, au travail, au club, au bar, sur la plage, dans quel que soit votre entreprise, que cherchez-vous ?

Trop souvent, hélas, nous ne cherchons pas du bon côté. Nombreux sont ceux qui épousent des impasses et s’y perdent. Mais heureusement le Seigneur est toujours là pour nous dire ce qu’il a dit aux deux premiers disciples : « Venez et vous verrez ! ». C’est vrai que moi, le Fils de l’Homme, je n’ai pas d’endroit où reposer ma tête ; c’est que je suis un sans-logis, c’est vrai que mon « chez moi » n'est pas une maison, mais l'intimité de mon Père ; par contre, ce que vous désirez mais que vous verrez vous dépasser, tout ce que vous pouvez imaginer, je peux vous l’obtenir.

 Comme les premiers disciples, le Seigneur nous fait cet appel et nous demande de demeurer avec lui. Demeurer là où se trouve Jésus, c'est entrer en relation avec lui et, par lui, avec le Père. Et puisque ces paroles sont celles de la Vie éternelle, nous réaliserons, en l'écoutant, que nos désirs profonds s’élèvent et atteignent une dimension d'infini. Et ceux-ci, une fois élevés, nous obligent à changer notre direction. Elles nous conduisent à une conversion. C’est la signification même du changement du nom de Simon en Pierre : Être disciple de Jésus, d’ailleurs, consiste à entrer dans une nouvelle aventure, dans un changement de notre façon de vivre. Le chrétien authentique est celui qui ajuste progressivement son comportement et sa mentalité, son petit monde à ceux du Christ. Mais, pour que tout cela soit rendu possible, il faut ouvrir la porte de son cœur et permette au Seigneur d’y entrer. Et, de plus, pour que cette rencontre soit possible, il faut des intermédiaires.

Rencontrer le Seigneur grâce à des intermédiaires est ce qu’il y a de plus frappant et dans la première lecture et dans la péricope évangélique du jour. Dans le premier cas, le petit Samuel a pu comprendre que la voix qu’il entendait était celle du Seigneur grâce à l’intervention du prophète Elie. Dans le second cas, nous voyons que c’est Jean-Baptiste d’abord qui désigne de son doigt l’Agneau de Dieu ; celui que, comme une terre altérée cherche l’eau vive, le peuple attendait avec impatience. Puis c'est André qui lui amène Simon, son frère. Philippe qui a été personnellement appelé par Jésus lui amènera Nathanaël, son frère… Et il en est ainsi depuis 2000 ans! L’appel de Dieu est transmis par quelqu’un qui a déjà fait rencontre avec lui.

Aujourd’hui, nous assistons à une crise des vocations qui débouche sur une pénurie de prêtres, du moins dans les pays européens, dans le pays des premiers défenseurs du christianisme ; le pays de saint Pierre, saint Paul, Timothée et Tite, le pays de saint Augustin, de saint Irénée de Lyon, de Léon le Grand, de Grégoire et de Basile, le pays de saint Isidore, de saint Maximilien Kolbe, d’Agnès, Perpétue et Félicité, sainte Thérèse de Jésus, le pays d’Antoine : le fondateur de la vie monastique, le pays de saint Thomas d’Aquin… à force d’entendre les résultats des sondages, des enquêtes, des analyses sociologiques, des recensements, nous sommes obligés de nous demander : Qu’avons-nous fait de ce noble héritage qu’est la foi ? Que faisons-nous avec l’Evangile du Christ ? «Ce que nous (les Apôtres) avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie... nous vous l’annonçons.» (1 Jean 1, 1-4) et nous, comment vivons-nous le christianisme au sein de la famille, au travail, dans les lieux de loisirs?

 En lisant / écoutant l’Evangile d’aujourd’hui, nous voyons Jésus appeler André, Jacques, Simon, Jean. Un peu plus loin, l’appel est adressé à Philippe et Nathanaël ;  mais il nous appelle nous aussi, et cela sans exception aucune, pour nous inviter à le suivre et à construire, jour après jour, le Royaume de Dieu partout où nous passons. Jean a pris du temps pour préciser qu’au moment où l’Agneau de Dieu appelle ses premiers disciples, il était environ 4hres de l’après-midi. Au temps et dans le pays de Jésus, c’était pratiquement à cette heure que termine la journée de travail. C’est une façon pour Jean pour nous dire que le Seigneur ne nous demande pas d’abandonner ce que nous entreprenons pour assurer notre survie. Il ne nous demande pas de laisser nos travaux, nos activités personnelles, mais il profite de nos heures libres et nous demande de les consacrer au service du Royaume.

L’histoire du salut nous montre que les chemins des uns et des autres ne sont pas toujours les mêmes ; par contre, nous ne sommes appelés que pour être des disciples-missionnaires. Oui, le Seigneur nous appelle par notre nom de baptême et nous indique le chemin qui s’ouvre devant nous : Tu es Emanley, tu es Kesnel, tu es Claudine, tu es Frantzie, tu es Leina, tu Pierrette, tu es Manise… mais désormais, tu t’appelleras artisan de paix, porteur, porteuse de ma miséricorde ; messager, messagère du pardon, éducateur, éducatrice de la foi ; directeur, directrice de catéchèse pour apporter mon amour dans un monde beaucoup trop divisé et malade qui me rejette…Chacun et chacune est appelé à collaborer avec lui pour un monde meilleur, plus humain, plus fraternel. Nous sommes invités à créer un monde de pardon, de partage, de tendresse et d’amour. Voilà ce pour quoi nous sommes appelés par le Christ.

À l’instar de Samuel, de saint Paul, de Jean, de Jacques, d’André, de Simon, de Philippe, de Nathanaël et des Mages de l’Evangile du dimanche dernier, continuons à être des chercheurs de Dieu, laissons-nous guider par lui ; demeurons en lui dans sa parole que nous venons d’écouter et sur laquelle nous sommes en train de méditer ; demeurons en lui dans l’Eucharistie que nous allons célébrer ; ainsi, comme André, nous pourrons dire : Nous avons trouvé celui que nous cherchions. Mais une fois le trouver, demandons au Seigneur la grâce, le courage, à la suite du prophète Elie, de Jean-Baptiste et d'André, de conduire nos frères à lui. Par-dessus tout, demandons-lui la grâce de la vigilance à chaque instant parce que « le démon lui-même, comme un lion rugissant, va et vient à la recherche de sa proie, il cherche à dévorer » (1 P 5, 8) ; ainsi, ayant fait l’expérience de sa bonté, nous témoignerons son amour, sa vérité et sa justice à la grande assemblée.