Lui, il restera fidele...

Incarnation du verbe

 

Dieu, infiniment Parfait et Bienheureux, dans un mystérieux dessein de pure bonté et par une disposition tout à fait libre issue de sa sagesse, a créé l’homme dans le but de l’élever jusqu’au partage de sa vie bienheureuse. Mais, parce qu’il est doté de liberté de quoi il fait un mauvais usage, l’homme, père de ses actes, a perdu ce privilège. Il est morcelé par le péché qu’il hérite d’Adam (Cf. LG, 2). Dès lors, il est devenu comme un exilé, un abandonné à cause de ce grand abime que le péché creuse entre lui et Dieu. Mais pendant que l’homme, à cause de son orgueil, cherchait à égaler Dieu donc sans Dieu et en dehors de Dieu, le bon Dieu, lui, en vertu de son humilité et de son amour, vient se faire homme ; car son sa volonté est le salut de tous (cf. 1Tm 2,3-4). Voilà pourquoi il ne l’a pas abandonné. Jamais, il ne se lassait de lui offrir des grâces nécessaires relatives à cette fin ; comme le souligne la 4ème prière eucharistique du Missel romain : « Comme il avait perdu ton amitié en se détournant de toi, tu ne l’as pas abandonné au pouvoir de la mort. (...) Tu as multiplié les alliances avec eux».

C’est ainsi qu’après le déluge, Dieu conclut une alliance avec Noé qui est l’expression du principe de l’Économie divine envers les nations (cf. Gn 9,9). Et pour rassembler l’humanité dispersée, Dieu, plus tard, élit Abram « père noble » en l’appelant « hors de son pays, de sa parenté et de sa maison » (Gn 12, 1), pour faire de lui Abraham « père d’une multitude » (Gn 17, 5), en qui seront bénies toutes les nations de la terre.

Après les patriarches, Dieu forma Israël comme son peuple en le sauvant de l’esclavage de l’Égypte. Il conclut avec lui l’Alliance du Sinaï et lui donna sa Loi par l’intermédiaire de Moïse - à qui il s’est présenté sous le nom de YAHVE qui signifie «Je Suis Celui Qui Est » et comme le Dieu de ses pères : Abraham, Isaac et Jacob» (Ex 3,14-15) - pour que le peuple le reconnaisse et le serve comme le seul Dieu vivant et vrai, Père provident et juste Juge, et de qui il peut espérer un Sauveur (Dt 18,15).

Et enfin par les prophètes, Dieu forme son peuple dans l’espérance du salut, dans l’attente d’une Alliance nouvelle et éternelle destinée à tous les hommes (cf. Is 2, 2-4), et qui sera inscrite dans les cœurs (cf. Jr 31,31-34).

Tout ceci, c’est pour préparer la Révélation ultime de son amour consistant à faire de nous ses fils.

L’on comprend alors pourquoi Dieu, après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les Prophètes, en ces jours qui sont les derniers, se manifeste lui-même en la personne de son Fils, irradiation de sa Gloire et expression de son être le plus profond, par qui il communique les décrets éternels de sa volonté sur le salut des hommes  (Cf. He 1,1-2 ; DV 6). « Il n’a pas craint de prendre chair dans le corps d’une Vierge pour libérer l’humanité captive »,afin de nous réconcilier avec le Père et nous rendre participants de la vie divine (2P 1,4).

 

 

Ce Fils n’est pas, en effet, un représentant humain de Dieu. Il est, au contraire, son Image parfaite qui en possède non pas la ressemblance, mais la réalité. Il est le «Resplendissement de sa Gloire, l’Effigie de sa Substance» (He 1,3). Donc, par sa présence qui est présence de Dieu parmi nous (cf. Jn 1,1.14), par sa vie qui est tout entière don de lui-même pour notre salut (cf. He 10,5-10 ; Jn 10,17), le Christ-Jésus nous révèle que Dieu est Amour et qu’il aime chacun de nous. Et c’est en vertu de cet amour  que « Dieu L’a fait descendre jusqu’à nous pour nous sauver en nous réconciliant avec Lui, puisque l’humanité se trouvait dans un état si misérable et si malheureux. Car Malade, notre nature demandait à être guérie ; déchue, à être relevée ; morte, à être ressuscitée. Nous avions perdu la possession du bien, il fallait nous la rendre. Enfermés dans les ténèbres, il fallait nous porter la lumière ; captifs, nous attendions un sauveur ; prisonniers, un secours ; esclaves, un libérateur » (CEC 457).

Sur le chemin de la vie, nous étions aveugles et malheureux. Nous ne pouvions, de par notre propre entreprise, connaitre l’amour de Dieu. Autrement dit, l’amour de Dieu nous était comme clair-obscur. Et le Verbe, notre modèle de sainteté (Mt 11,29 ; Jn 15,12), se fit chair pour nous le révéler et pour que, par lui, nous puissions vivre en Dieu. (Cf. 1Jn 4,9).

Dans son épître aux Romains (6,16-18), Saint Paul nous rappelle comment, dans les temps de jadis, à cause du péché, nous étions esclaves car nous ne connaissions pas Dieu. Mais, lorsque fut arrivée la plénitude des temps, le Verbe s’incarna pour nous faire passer de notre état d’esclave à celui de fils. Dieu nous donne l’héritage (Cf. Ga 4,4-7). «Le Fils unique de Dieu, a dit doctement saint Thomas, voulant que nous participions à sa Divinité, assuma notre nature, afin que Lui, fait homme, fit les hommes Dieu. » (CEC 460)

Nous sommes, en effet, créatures et pécheurs et, par le fait même, distants du Créateur et du Parfait. Il est donc une nécessité de nous unir à lui par une action dont il est lui-même l’initiateur. Faire fi de cela, c’est méconnaître la nécessité du Christ ; c’est ne pas avoir le sentiment profond de cet immense abîme à franchir ; c’est ne pas désirer s’unir réellement à Dieu ; c’est ne pas comprendre la si noble démarche de Dieu qui, pour combler ce vide, s’est incliné vers nous en Jésus-Christ (cf. Phil 2,6-8). Sa venue traduit donc la miséricorde et le pardon divins ; car ce n’est pas le pécheur qui, d’abord, implore de Dieu son pardon et le fléchit par ses supplications. C’est lui qui a déjà pardonné au prodigue, alors que celui-ci ne pense encore qu’à vivre loin de lui sans penser au retour. Ce n’est donc pas la joie du pécheur retrouvant la grâce mais celle de Dieu qui, de loin, le voit revenir, part à sa rencontre et lui fait préparer un festin et tuer le veau gras (cf. Lc 15,11-32).

A travers l’humanité de Jésus-Christ, adaptée à notre faiblesse – hormis le péché -, Dieu s’est fait connaître (cf. Phil 2,6-8). «Il y laisse filtrer de sa lumière ce qui peut nous illuminer sans nous aveugler », nous dit le Père Yves de Montcheuil. A la compréhension de cette vérité, nous jugeons donc juste de dire avec Pascal que « il n’y a de connaissance de Dieu que par Jésus-Christ»; car en effet, seul celui-ci nous apporte une connaissance qui puisse fonder sur la vérité de nos relations avec Dieu en nous dévoilant quelque chose du secret de sa vie intime : notre bonheur, notre filiation divine.

 

En fin de compte, il est incomplet de penser que le Verbe s’est incarné, il s’est fait ce qu’il a fait simplement à cause du péché des hommes. Cette merveille – accomplie en Marie - pour le bien pour l’humanité. Car « il n’y a pas, en effet, de motif qui décide Dieu », nous dit encore le Père Yves». Cependant, ce que Dieu fait n’est pas un geste dépourvu de signification ; car il ne cesse de parler à l’homme en créant des merveilles. Cet homme qui, dans la foi, lui répond en bénissant le Dieu des merveilles. D’ailleurs que  peut-il répondre sinon accueillir cette tendresse qui vient du ciel et dire merci à Dieu ? Ne cherchons pas, chers amis, les motifs de l’Incarnation ; mais considérant celle-ci comme une « économie », dépensons-nous sans trêve à en pénétrer le sens. Telle est donc la perspective de toute vraie christologie : une descente de Dieu vers nous, ses créatures pour nous rapprocher de lui, nous réconcilier avec lui, nous enrichir d’un don infini et provoquer leur amour en réponse. Car l’Incarnation n’a pas pour motif d’être la simple réparation d’un désordre ou d’une malfaçon introduite dans le plan divin, elle a pour raison d’être de nous faire participer à la filiation divine, et c’est en faisant de nous des fils que le Christ détruit le péché.

 

 

Sources consultées

 

Bible de Jérusalem, Paris, Cerf, 2001.

Catéchisme de L’Eglise Catholique, Centurion/Cerf, Paris, 1998.

Vatican II, Constitution dogmatique Lumen Gentium, promulguée le 21 novembre 1964.

Yves de Montcheuil, Leçons sur le Christ, les Editions de l’Epi, Paris, 1949.