par Fred Philibert, stagiaire canonique

Nativity

       Chaque année, l’Eglise universelle célèbre solennellement l’Incarnation du Christ dans la nuit du 24 au 25 décembre. Cela ne renvoie pas seulement à la naissance de Jésus mais encore et surtout à la contemplation du mystère d’un Dieu qui a épousé la nature humaine. Ce que confère prologue de Saint Jean: « Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire » (Jn1, 14). Dans  l’Ancien Testament, on parlait d’un Dieu lointain. Mais avec l’avènement de Jésus-Christ, il n’est plus cette question d’un Dieu lointain, il s’agit d’un Dieu qui s’est fait proche de l’homme, qui vit au milieu des hommes tout en partageant leur misère et leur souffrance. En Jésus-Christ, Dieu nous montre la profondeur de son amour miséricordieux. Il devient homme comme nous pour prendre sur lui tout ce qui pèse sur nous» (Youcat Français no 9). C’est la réconcilié du monde avec Dieu et la libération des hommes de l’emprise du péché : «  Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, l’Unique Engendré, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle (Jn 3,16). 

En effet, l’Incarnation évoque une triple naissance : d’abord la naissance du Fils unique engendré par le Père céleste dans l’essence divine (Lc 3,22 : Ps 2,7 : He 1,5 : Ac13, 33) ; ensuite celle qui s’accomplit à Bethléem par une mère qui, dans sa fécondité garde la pureté absolue (Lc 1,28.34), enfin, la naissance par laquelle Dieu naît chez tous ceux qui l’accueillent. Ce mystère dont il est question était déjà annoncé dans l’Ancien Testament par des hommes que Dieu avait choisis comme instruments pour porter son message. Voilà pourquoi l’Epitre aux Hébreux nous rapporte que souvent dans le passé, Dieu a parlé à nos pères par les prophètes sous des formes fragmentaires (sous maintes formes); mais en ces jours qui sont les derniers, Il nous a parlé par le Fils qu’Il a établi héritier de toutes choses et par qui Il a créé l’humanité tout entière ( He 1, 1-2). Tout compte fait, la fête Noël, marque avec pompe l’Amour de Dieu incarné parmi nous. Outre cela,  quelle est la raison pour laquelle Dieu est venu planter sa tente parmi nous ?

        Dieu a tout créé pour l’homme. Mais l’homme, de son côté, a été créé pour connaitre, faire la volonté de Dieu, le servir et l’aimer tout en lui offrant la création en action de grâce et pour être dans le ciel élevé à la vie avec Dieu (CDCEC no 67). Cependant, créé par Dieu à son image et à sa ressemblance, le premier homme « Adam » s’est laissé à l’instigation du démon entrainer à pécher. Par son obéissance orgueilleuse, il a perdu pour lui et pour sa postérité la justice originelle, c’est-à-dire l’ordre parfait et harmonieux de tout son être. Pécheur, révolté contre Dieu, il se voit retirer l’amitié divine et la grâce sanctifiante. Ainsi, dépouillé des dons gratuits que Dieu lui avait départis comme à un fils, blessé même dans sa nature par la diminution de l’inclination naturelle, l’homme après le péché des origines, se trouve réduit à un état de déchéance. Car, en cherchant à bâtir un monde sans Dieu, il arriva à bâtir un monde contre lui. C’est ainsi que Dieu, dans son amour infini pour l’homme, a envoyé son Fils unique pour sauver l’humanité (Jn 3,16). Ce Fils, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, mais Il s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur (Ph2, 6-8). A cet effet, Sainte Thérèse de l’enfant Jésus nous le dit clairement que le propre de l’amour est de s’abaisser. Au fait, Jésus n’est pas l’Incarnation de n’importe quel visage de Dieu, mais celle de son visage le plus profond et le plus mystérieux : son visage d’amour. Et, l’évangéliste Saint Jean dans sa première épître nous dit : Dieu est amour « Deus caritas est » (1Jn4,8ss). Jésus disait à ses disciples : « qui me voit, voit le Père. Je suis dans le Père et le Père est en moi » (Jn14,9-10). Dieu s’est incarné justement pour conduire les hommes vers le salut éternel. C’est par l’Incarnation que le Christ assure la médiation entre Dieu et les hommes.

Dans ce meme horizon, saint Irénée disait : Dieu s’est fiat homme pour que l’homme soit fait Dieu « Deus factus est ut homo fieret Deus ». Autrement dit, il s’est humanisé pour que l’homme soit divinisé. Ainsi, le but de l’Incarnation du Fils de Dieu a été de renouer la communion brisée par le péché entre Dieu et l’homme, de communiquer à l’humanité le salut éternel. L’Incarnation n’est pas un « promotion divine », elle est liée au mystère de la Rédemption qui la mène à sa plénitude tout en accorde à l’homme, à la suite des apôtres, le pouvoir d’identifier le visage de Dieu dans le mystère de sa Personne et de sa mission

 En somme, Jésus est en personne la présence divine au milieu des hommes, la Puissance agissante de Dieu dans le monde. Noël, événement festif et joyeux, est aussi, depuis des âges, de portée religieuse. Elle célèbre le mystère du don et de l’accueil de Dieu à l’humanité. Cette fête est, dans notre monde, un signe géant de paix et d’amour, de confiance et d’espérance dans l’instant et pour les temps à venir. Noël est pour tous, consciemment signe de joie et de paix.

 

 Sources Consultées

1- Révérend P. Joint Gasner, Notes de cours de Christologie, 2013-2014

2- Benoit XVI, Compendium de la doctrine du Catéchisme de l’Eglise Catholique (CDCEC)

3- Yves De Montcheuil, Leçon sur le Christ

4- Youcat Français

5-Bible de Jérusalem

 

Texte publié dans la Revue du Grand Séminaire Notre-Dame d’Haïti

Parution octobre-décembre 2016

Trimestriel I, No 130.