Invention humaine ou Volonté divine ?

Arches d'Alliance

 La postérité complaisante a tort de « médailler » saint Pape Jean-Paul II comme le premier à avoir fait le lien entre l’Arche d’Alliance et la Vierge Marie. La médaille revient plutôt à L. Garriguet qui, dans son fameux ouvrage intitulé « La Vierge Marie[1] » nous permet de reconnaitre des traits de Notre-Dame dans toutes les femmes héroïques et dans une foule d’êtres inanimés de l’Ancien Testament, notamment l’Arche d’Alliance.

En ce qui a trait à saint Jean-Paul II, c’est au numéro 55 de son Encyclique sur l’Eucharistie « Ecclesia de Eucharistia », que, s’inspirant du récit de la Visitation (Luc 1,39-46), il écrit et je cite : « Dans le mystère de l'Incarnation, Marie a aussi anticipé la foi eucharistique de l'Église. Lorsque, au moment de la Visitation, elle porte en son sein le Verbe fait chair, elle devient, en quelque sorte, un « tabernacle » – le premier « tabernacle » de l'histoire – dans lequel le Fils de Dieu, encore invisible aux yeux des hommes, se présente à l'adoration d'Élisabeth, « irradiant » quasi sa lumière à travers les yeux et la voix de Marie… ». Est-ce pourquoi, déjà au numéro 53, il l’a présentée comme la « femme eucharistique » dans toute sa vie : Femme eucharistique en profondeur, à partir de son attitude intérieure, à partir de l’Annonciation, lorsqu’elle s’est offerte elle-même pour l’Incarnation du Verbe de Dieu, jusqu’à la Croix et la Résurrection; Femme eucharistique dans le temps après la Pentecôte, lorsqu’elle a reçu le sacrement du Corps qu’elle avait conçu et porté en son sein.

Dans son homélie pour la Fête du précieux Corps et du précieux Sang de Jésus-Christ (26 mai 2005), communément appelée « Fête-Dieu », le pape Benoît XVI pour sa part, comme on pouvait s’y attendre, reprend cette même expression pour parler d’elle comme« Tabernacle vivant ». Voici en quels termes il s'est exprimé : « Marie, la Mère du Christ nous enseigne véritablement ce que signifie entrer en communion avec le Christ : Marie a offert sa propre chair, son propre sang à Jésus et elle est devenue la tente vivante du Verbe (le tabernacle vivant), se laissant pénétrer dans le corps et l'esprit par sa présence. Nous la prions, Elle notre sainte Mère, pour qu'elle nous aide à ouvrir toujours davantage tout notre être à la présence du Christ ; pour qu'elle nous aide à le suivre fidèlement, jour après jour, sur les routes de notre vie ».

Méditant sur le même récit qui est également celui de la vocation de Marie, le Pape Benoit XVI, dans son allocution du  Mardi 31 mai 2005  à Rome, ajoute que la Visitation de Marie à Elisabeth a constitué en quelque sorte la « première procession eucharistique » de l’histoire. Ainsi, elle est l’Arche d’Alliance dans laquelle le Seigneur a visité et racheté son Peuple (Luc 1,68). Une telle déclaration (Marie, nouvelle Arche d’Alliance), quelle que soit la première personne, est-elle d’inspiration humaine ou de Volonté divine ?

Dans la Torah, communément appelée « Livres de Moise », nous lisons que l’Arche d’Alliance était l’objet le plus sacré pour le peuple d’Israël. Elle est faite de bois le plus précieux (Ex 25,10 ; 37,1). Elle a été enrichie des plus magnifiques ornements. Elle était surmontée de deux chérubins et était le trône visible, la shekina du Dieu invisible. Elle était portée à l’avant du peuple partout, signifiant la présence de Dieu avec eux (par ex en Nb 10, 33). Au sein de l’Arche, avaient été placées les tables de la Loi (Ex 25, 16), c’est-à-dire les paroles que Dieu a données à Moise sur le Sinaï, l’Alliance que Dieu a établie avec son peuple. Elle était donc considérée comme le siège de Dieu et le palladium d’Israël.

Comme Marie a été la plus précieuse aux yeux de Dieu. Elle est plus pure, plus incorruptible que l’or et l’Acacia qui servirent à la construction et à l’embellissement de l’Arche figurative (Ex 37,1.11). Elle a été ornée de tous les dons de la nature et de la grâce (Luc 1,30.41-42); elle a renfermé dans son sein le souverain Législateur, la Parole de Dieu, le Verbe fait chair qui  a habité parmi nous.

L’Arche contenait aussi un peu de manne donnée par Dieu pour nourrir les Hébreux dans le désert (Ex 16, 14-16.33), préfiguration de l’Eucharistie : Marie a porté dans ses entrailles le Pain vivant descendu du Ciel.

L’Arche contenait aussi le bâton du prêtre Aaron, symbole de son sacerdoce : Marie contenait aussi le Véritable Grand-Prêtre par excellence (He 3,1). Maintenant, passons au 2ème livre de Samuel, 6,1-12 :

« David rassembla alors 30 000 hommes, toute l’élite d’Israël,  et il se mit en route pour Baala de Juda, accompagné de tout son peuple. Il voulait ramener l’Arche de Dieu sur laquelle a été déposé le Nom de Yahvé Sabaot, celui qui siège sur les Chérubins.

   On plaça l’Arche de Dieu sur un chariot neuf : on l’avait retirée de chez Abinadab, au sommet de la colline. Ouza et Ahyo, les fils d’Abinadab, conduisaient le chariot :  Ouza marchait à côté de l’Arche de Dieu et Ahyo allait devant elle.  David et tous les Israélites dansaient devant Yahvé, de toutes leurs forces ; ils chantaient au son des guitares, des harpes, des tambourins, des cymbales et de toute sorte d’instruments.  Au moment où l’on approchait de l’aire de Nakon, les bœufs firent un faux pas : Ouza voulut retenir l’Arche de Dieu et il porta la main sur elle.  Alors Yahvé se mit en colère contre Ouza et Dieu le frappa sur-le-champ : il mourut là à côté de l’Arche de Dieu.  David était indigné de ce que Yahvé ait transpercé Ouza ; depuis cet incident ce lieu s’est appelé Pérez-Ouza.

   Ce jour-là David eut une vraie crainte de Yahvé, il se dit : « Comment l’Arche de Yahvé entrerait-elle chez moi ? »  David ne voulut donc pas garder l’Arche de Yahvé chez lui, dans la cité de David ; il la fit conduire chez Obed-Édom de Gat.  L’Arche de Yahvé resta environ trois mois chez Obed-Édom de Gat, et Yahvé bénit Obed-Édom et toute sa famille.

   On fit savoir au roi David que Yahvé bénissait la famille d’Obed-Édom et tout ce qui lui appartenait à cause de l’Arche de Dieu. » Alors David s’y rendit et, en grande joie, il fit monter l’Arche de Dieu depuis la maison d’Obed-Édom jusqu’à Jérusalem.

 

Au second livre des Maccabées (2,4-8), nous pouvons lire ceci : « Voici ce qu’on lit encore dans ces mêmes archives : sur un ordre de Dieu, le prophète Jérémie prit avec lui la Tente et l’Arche, il monta sur la montagne où Moïse était monté et d’où il avait contemplé l’héritage de Dieu.  En arrivant là, Jérémie trouva une habitation en forme de grotte, il y déposa la Tente et l’Arche avec l’autel des parfums et il en boucha l’entrée.

Quelques-uns de ses compagnons vinrent ensuite pour marquer le chemin avec des repères, mais ils ne purent le retrouver. Lorsque Jérémie l’apprit, il leur fit des reproches : « Ce lieu, leur dit-il, doit rester caché jusqu’au jour où Dieu rassemblera son peuple et lui fera miséricorde. Alors le Seigneur révélera tout cela, la Gloire du Seigneur apparaîtra avec la nuée comme elle est apparue au temps de Moïse, ou quand Salomon prononça la prière pour la consécration solennelle du Temple. Ainsi l’Arche ne réapparaîtra que lorsque Dieu montrera sa miséricorde et rassemblera son peuple à nouveau. Mais quand cela se produira ? Voyons tout cela avec l’arrivée de la plénitude des temps (Gal 4,4).

 

Dans son récit de la Visitation (Lc 1, 39-56), Luc campe un parallèle impressionnant avec le texte de Samuel que nous venons de lire où il est dit « David se leva et alla » à Baala, une ville de Juda (2 S 6, 2), ici, nous lisons : « En ces jours-là, Marie se leva et alla en hâte vers la région montagneuse, dans une ville de Juda. Elle entra chez Zacharie et salua Élisabeth. » (Lc 1, 39-40).

David « sauta et dansa » devant l’Arche (2 S 6, 14-16). De même en Lc 1, 41 « Et il advint, dès qu’Élisabeth eut entendu la salutation de Marie, que l’enfant sauta dans son sein ».

Ce jour-là, David dit: « Comment l’Arche du Seigneur peut-elle venir à moi ? » (2 S 6, 9). Une question qui est typique à celle d’Elisabeth.  Lc 1, 43 nous dit : « après avoir été remplie du Saint Esprit, Elisabeth s’écrit : Et comment m’est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur ? »

Enfin, l’Arche de Yahvé demeura trois mois chez Obed-Édom de Gat, et Yahvé bénit Obed-Édom et toute sa famille. » (2 S 6, 11). De même qu’après que Marie chante une hymne de louange au Seigneur (notre bien-aimé chant du Magnificat Lc 1, 46-55), elle « demeura avec elle environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle. » (Lc 1,56 = 2Samuel 6,11).

Pour parachever le tout, Luc utilise une expression très intéressante en Lc 1, 42. Il nous dit qu’Elisabeth « cria d’une voix forte » pour exprimer sa joie à l’arrivée de Marie. Or ce verbe ἀναφωνέω n’est pas utilisé ailleurs dans le Nouveau Testament. Mais il employé cinq fois dans la Septante (traduction grecque de l’Ancien Testament ) et à chaque fois en lien avec l’Arche d’Alliance, pour décrire l’exclamation de joie du peuple pour célébrer la présence de Dieu au milieu d’eux. C’est exactement ce qu’a fait Elisabeth en présence de la nouvelle Arche d’Alliance. Luc dit qu’elle élève sa voix pour louer Dieu en présence de Marie, tout comme ses ancêtres (Elisabeth est de la famille sacerdotale. Ce n’est pas sans raison que Luc nous dit qu’elle est lévite et descendante d’Aaron Lc 1, 5).

Marie est donc l’Arche de la Nouvelle Alliance. Dans l’Ancien Testament, l’Arche d’Alliance contenait les tables de l’Alliance de Dieu, la parole de Dieu dans la pierre. Dans le Nouveau Testament, Marie porte la Parole de Dieu dans la chair, Jésus Christ, celui qui est la Loi quand il juge et Parole quand il enseigne (Lucien Deiss, Chant pascal au Christ Ressuscité) ; lui qui va amener la Nouvelle Alliance (Luc 22,20) que Jérémie entrevit il y a bien longtemps (Jer 31, 27-34).

L’Arche d’Alliance était la Shekina, le signe de la présence de Dieu parmi son peuple. En Jésus, né de Marie, Dieu était réellement présent au milieu de son peuple (Jean 14,9), d’une manière encore plus directe ; il est l’Emmanuel (Matthieu 1,23 ; Hébreux 1,1-3).

L’Arche contenait la Parole de Dieu écrit dans la pierre. Marie porta la Parole de Dieu dans la chair.

L’Arche contenait le pain du ciel, une préfiguration de l’Eucharistie (1 Co 10, 1-4). Marie porta le Pain de Vie, Jésus Christ (Jn 6, 48-50).

L’Arche contenait le bâton d’Aaron, symbole de son sacerdoce. Marie porta Jésus Christ notre Grand Prêtre (He 3, 1).

Si l’Arche d’Alliance était sainte,  Marie l’est encore plus. Comme Mère de Dieu, elle est l’Arche de la Nouvelle Alliance, portant Jésus Christ, la Parole de Dieu, le Pain de Vie et notre Grand Prêtre. C’est le témoignage des auteurs du Nouveau Testament. A ce sujet, saint Augustin nous dit : « Le monde étant indigne de recevoir le Fils de Dieu immédiatement des mains du Père, il l’a donné à Marie afin que le monde le reçût par elle. Le Fils de Dieu s’est fait Homme pour notre salut, mais en Marie et par Marie. Dieu le Saint-Esprit a formé Jésus-Christ en Marie, mais après lui avoir demandé son consentement par un des premiers ministres de sa cour ». Elle est donc la nouvelle Arche d’Alliance. Ce n’est pas une invention humaine, mais c’est le Seigneur lui-même qui a chargé un des premiers ministres de sa cour, Gabriel, pour le lui dire (Luc 1,26-38).

 

  1. Benoit XVI, allocution du  Mardi 31 mai 2005  à Rome.
  2. Benoit XVI, homélie pour la Fête du précieux Corps et du précieux Sang de Jésus-Christ (26 mai 2005.
  3. Bible des Peuples, Fuenlabrada, Madrid, 2004.
  4. cathobiblique.wordpress.com, Marie est la Nouvelle Arche d’Alliance, publication du 28 février 2008.
  5. Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia, sur l'Eucharistie dans son rapport à l'Eglise, Rome, 17 avril 2003.
  6. L. Garriguet, La Vierge Marie, Pierre Téqui Librairie-éditeur, Paris, 1933.

                                                                                                                     



[1] Pierre Téqui Librairie-éditeur, Paris, 1933.