Rorate caeli désuper, et nubis pluant Iustum

Annonciation (1)

 Des quatre coins du monde, peuples venez et chantez : le Seigneur est là, il vous attend !

Oui, encore en peu de temps, il sera là, Celui qui était déjà venu une fois à Nazareth – il y a plus que 2000 ans -, qui vient chaque jour dans nos prochains, devant qui nous passons souvent avec indifférence, et qui viendra à la parousie pour juger les vivants et les morts (notre credo). Il sera là, Celui que, depuis dimanche 3 décembre, nous nous préparons à accueillir dans une atmosphère de joie intense et dans la vigilance active; c’est dans quelques heures... Mais que faut-il faire pour bien l’accueillir ?

A cet effet, il n’y a qu’une attitude à s’approprier, celle-là même qui a été le style de vie de Notre-Dame : l’humilité, la simplicité, la liberté, la disponibilité au Seigneur. N’aura-t-il pas dit d’ailleurs « Heureux ceux qui ont un cœur de pauvre, le Royaume des cieux est à eux » ? (Mt 5,3) Voyons de plus près avec saint Augustin ce qu’il en est d’elle.

« Le monde étant indigne de recevoir le Fils de Dieu immédiatement des mains du Père, il l’a donné à Marie afin que le monde le reçût par elle. Le Fils de Dieu s’est fait Homme pour notre salut, mais en Marie et par Marie. Dieu le Saint-Esprit a formé Jésus-Christ en Marie, mais après lui avoir demandé son consentement par un des premiers ministres de sa cour »

C’est exactement ce que nous entendons dans la péricope évangélique du 4ème dimanche de l’Avent B, communément appelée « le récit de l'Annonciation », mais qui pourrait être appelée « le récit de la vocation de Marie » : L'archange Gabriel se rend chez Notre-Dame, l’Epouse inépousée, pour lui annoncer qu'avant les monts et les collines, Dieu l’a voulue depuis toujours et qu’il l’a choisie pour être la Maman du Verbe éternel, engendré, non pas créé. Si l’on sait bien constater, on verra que Gabriel ne salue pas Notre-Dame par le nom que lui avaient donné Anne et Joachim (Marie), mais plutôt par son nom d’éternité : Comblée de grâce… Et, en toute liberté, Marie répond : « Voici la servante du Seigneur, qu'il m’advienne selon ta parole ». Elle ne dit pas « Je suis la servante (ce qui ferait penser à une contrainte), mais voici : expression de sa disponibilité, de sa volonté et sa liberté.

Au fait, cette réponse, jaillissant de la foi de Marie, est une réponse à la première lecture (2Sam 7,1-16). Le roi David avait un projet consistant à construire un temple à Jérusalem pour abriter l’Arche d’Alliance, pour héberger le Seigneur. C’est une intention, il faut le dire, foncièrement estimable. Mais, hélas, nos idées ne sont pas toujours celles de Dieu. Certes, il entend toutes nos prières, mais parfois sa réponse est non, de même qu’il l’a fait catégoriquement avec David. En conséquence, l’approbation que lui avait donnée Nathan va être basculée. NON, ce n’est pas toi qui me bâtiras une maison, parce que :

  1. Je ne te l’ai pas demandé : modeste tente ou palais princier, nos constructions n’ajoutent rien à la grandeur de Dieu.
  2. Je ne suis pas un Dieu qu’on peut installer, fixer quelque part : Depuis Sinaï, le jour où j’ai fait monter d’Egypte les fils d’Israël, je ne me suis jamais installé dans une maison. Je cheminais sous une tente, accompagnant le peuple dans tous ses déplacements, j’ai toujours été abrité sous une simple tente de nomade et je n’ai jamais réclamé qu’on me construise une maison.
  3. Tu es stupide pour avoir tenté d’inverser les rôles : tu es homme et moi Dieu ; c’est moi qui suis en position de bienfaiteur, mets-toi ça dans la tête, pas toi. Moi seul construis, moi seul fais vivre. C’est moi qui t’ai pris au pâturage, derrière le troupeau, pour que tu sois le chef de mon peuple Israël. J’ai été avec toi partout où tu es allé : j’ai éliminé devant toi tous tes ennemis. C’est toi qui es dans ma main et non l’inverse.

Toutefois, ce refus se voit accompagné d’une double promesse : 1.- la maintenance de la terre de l’antique promesse 2.- Dieu lui bâtira une Maison[1]. C’est exactement cette promesse qui nous intéresse plus particulièrement aujourd’hui. Le Seigneur dit : Non, tu ne me bâtiras pas une maison (au sens d’habitation), c’est moi, Dieu, qui te bâtirai une maison (au sens de dynastie) : « Quand tes jours seront accomplis et que tu reposeras auprès de tes pères, je te susciterai dans ta descendance un successeur, qui naîtra de toi, et je rendrai stable sa royauté... Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours. » C’est de là qu’est née l’espérance d’Israël dans laquelle le temps de l’Avent nous exhorte d’entrer, car Dieu nous donne son amour, nous dit quel est son Nom et nous montrera son Visage.

Sœurs et frères, Dieu ne veut pas habiter une maison grandiose. Son grand désir c'est d'habiter le cœur des hommes. Il est « Emmanuel », Dieu avec nous. Lui, le Tout-Autre, il se fait le Tout-Proche. Il ne fuit pas les difficultés de la vie. Il ne nous laisse pas à notre compte. Il vient se faire l’un de nous pour nous secourir, non pas comme un étranger mais comme un frère. Il s’invite dans nos maisons, comme il le fit chez Marie. Il frappe discrètement à notre porte et attend notre réponse (voir Ap 3,20-21). Il veut que nous devenions familiers de sa présence et que nous cheminions ensemble vers son Royaume d'éternité. C’est une grande merveille pour laquelle saint Paul nous invite à rendre grâce au Seigneur (2ème lecture Rm 16,25-27).

Beaucoup ne le savent pas encore. Et c’est nous que le Seigneur appelle aujourd’hui pour le leur annoncer, depuis le toit des maisons. Allons donc l’annoncer un peu partout, dans toutes les sphères de nos activités quotidiennes, dans les nouveaux aéropages, dans le vrai monde, particulièrement chez ceux et celles qui souffrent, chez ceux et celles qui ont le plus besoin de notre aide : les affamés, les assoiffés, les migrants (nous pensons à ceux de la Lybie et les jeunes d’Haïti qui sont obligés de partir vers la République Dominicaine, le Brésil, le Chili ou en Amérique du Nord puisque leur pays ne leur offre aucune perspective d’avenir), les malades, les vieillards, les jeunes aux prises avec des problèmes de drogues et d’alcool, les marginalisés, les prisonniers, les sans travail, les sans foyer, les personnes seules, etc. N’était-ce pas ce qui s’est passé avec Marie ? Une fois qu’elle eut prononcé son « fiat » («qu’il me soit fait selon ta parole»), elle part en hâte, dans les hauteurs de la Judée, rendre visite sa cousine Élizabeth la Stérile qui, elle aussi, était enceinte et avait besoin d’assistance. Marie voulait ainsi partager sa grande joie d’être devenue le Temple de Dieu, le premier Tabernacle vivant de l’Histoire, pour répéter le saint Pape Jean-Paul II ; l’unique en son genre, pour ainsi dire.

Avant les fêtes de fin d’année, beaucoup se plaisent à demander des cadeaux, mais il n’est pas de plus beau cadeau de Noël que Jésus qui vient demeurer en nous. Il n’est pas aussi quelque chose de plus extraordinaire que de l’accueillir et le donner au monde. Il ne faut donc pas le garder pour nous. À la suite de Marie, nous sommes choisis et appelés par Dieu pour incarner sa bonté, sa tendresse et sa justice. Il a besoin de nos mains pour continuer les siennes. Il a besoin de nos yeux pour voir la souffrance humaine et la soulager. Quelle que soit la question qu'il nous pose, il nous invite à lui dire OUI. C’est la seule façon de trouver la vraie joie ; celle-là même que  personne ne peut nous ravir (Pape François).

Demandons au Seigneur, puisqu’il est encore temps, de nous obtenir un peu de la simplicité, de la disponibilité, de l’humilité et de la liberté de Marie qui nous prépareront à dire vraiment « oui ». Et lui, le Juste qui veut habiter les cœurs droits et sincères, des nuées, comme une pluie bienfaisante, descendra en nous et y fera sa demeure : le lieu de sa Shekina. Ainsi, nos déserts fleuriront et notre stérilité deviendra féconde.



[1] Evidemment, vous n’imaginez pas Dieu avec des outils d’un maçon  à la main ; l’hébreu comme le français permet un jeu de mots : la maison, c’est l’habitation (la maison familiale ou le palais du roi ou le temple de Dieu), mais on peut dire aussi la maison royale dans le sens de descendance (comme on dit la maison royale de Belgique ou d’Angleterre, par exemple). (Marie Noëlle Thabut)