croix et bible

Il y a déjà  plus d’un bimillénaire que le Seigneur s’est historicisé dans notre monde lorsque vint la plénitude des temps, y dressant sa tente pour se faire l’un de nous afin de réaliser le salut de son Père (Gal 4,4-7). Pour ce faire, il commence par édifier son Église : « le petit troupeau ayant déjà trouvé le Royaume » (Lc 12,32) ; « la race choisie, la communauté de rois et de prêtres, la nation sainte, un peuple que Dieu a fait sien qui chantera sans fin les grandeurs de celui qui lui a appelé des ténèbres à sa merveilleuse lumière.» (1P 2,9). En mémoire de son divin Fondateur, la Mère-Église célèbre une fois par an, par une Cérémonie sacrée : la grande solennité de Pâques, l’œuvre salvifique de son divin Époux. Cette fête qui lui donne son identité chrétienne et dont l’allégresse se répercute tout au long de l’année, chaque semaine, particulièrement chaque Dimanche, la Dies Domini.

Mais à côté de cela, l’Église, Christ-continué, veut que les différentes étapes de la vie mortelle de son Époux soient rappelées. Elle accorde à ses fils cette possibilité de vivre tout au long de l’année, à travers deux cycles principaux (Noël et Pâques), tout le mystère de la vie terrestre de sa vie et de jouir les riches vertus que cela apporte. Restons à celui de Noël.

Le cycle de Noël est comme un drame grandiose en 3 actes qui a pour but de manifester en 3 manières distinctes l’Incarnation du Verbe et la satisfaction de l’homme par sa participation à la Nature divine.

Le premier acte du cycle de Noël se développe durant les 4 semaines du temps de l’Avent. Il nous révèle, par des figures (Isaïe, Jean-Baptiste et la bénie Vierge-Marie) et des paroles prophétiques (Voici que la jeune femme va concevoir un Fils… ; consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu…), le grand Dogme d’un Dieu fait Homme et nous prépare à participer à ce grand mystère.

La liturgie de l’Avent nous fait donc envisager en même temps les 2 avènements, afin que nous aspirions avec la même confiance à l’avènement de grâce et à la venue de notre souverain Juge qui doit un jour nous introduire dans son royaume céleste, au milieu des Anges et des Saints. (On parle même d’un avènement intermédiaire : le Christ qui vient chaque jour dans les vulnérables : Matthieu 25,31-46 ; l’Evangile du Christ-Roi A).

Ces 2 avènements n’ont-ils pas du reste le même but. Car si le Fils de Dieu s’est abaissé jusqu'à nous en se faisant Homme (Phil 2,7) (1er avènement), c’est pour nous faire remonter jusqu'à son Père en nous introduisant dans son Royaume céleste (1P 1,4) (2ème avènement). Ce temps nous met dans les dispositions voulues pour recevoir le Christ dans son 1er avènement, puisque les fêtes de Noël sont pour l’Eglise l’anniversaire officiel de la venue du Sauveur et une application actuelle des grâces de l’Incarnation ; et par là même, il nous prépare à être du nombre des bénis de son Père lorsqu’il viendra en son second avènement.

Le temps de l’Avent nous montre donc que Jésus est le centre de l’histoire du monde. Dès Adam, c’est avec l’attente de son avènement de grâce que l’histoire a commencée ; et au temps marqué par Dieu, c’est par son avènement dans sa gloire qu’elle se terminera. À tous les chrétiens, la liturgie fait jouer un rôle dans ce plan divin, car si c’est en répondant à l’appel des justes de l’Ancien Testament que Jésus est venu sur la terre, c’est en répondant à l’appel que font entendre, de génération en génération, les âmes des fidèles qu’il vient toujours davantage en elles grâce aux fêtes de Noël, comme c’est en répondant à l’appel des derniers chrétiens qui seront persécutés par l’Antéchrist à la fin des temps qu’il habitera sa venue pour les délivrer.

Au cours de ce temps, l’Eglise porte la couleur violette, comme couleur de l'attente de la rencontre avec le Christ. Le violet est la plus sombre des couleurs vives dans le cercle chromatique, dont les reflets étincelants et sombres saturent les yeux. Elle était regardée dans l'antiquité comme la couleur significative de la royauté, de la puissance, des hautes dignités, de la richesse. Il exprime une certaine austérité. L'Église a transposé plutôt que renversé ce symbolisme, en l'appliquant à la pénitence à la prière, aux temps de préparation aux grandes fêtes, comme Noël (Temps de l'Avent) et Pâques (Temps du Carême).

Le 2ème acte qui embrasse, avec le temps de Noël, tous les mystères de l’enfance de Jésus, nous fait «voir de nos yeux et toucher de nos mains le Verbe qui était dans le sein du Père et qui nous est apparu pour que nous puissions entrer  en communion avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ » (1Jn 1,1-3)

Le temps de Noël est caractérisé en grande partie par le bonheur que ressent la sainte Église de posséder Celui dont la nature humaine est totalement consacré au Verbe qui la possède comme sienne, et qui va consacrer à Dieu tous les hommes dont il est le Sauveur. Aussi, ce temps est une époque de grande joie pour tout le monde.

Ce temps nous fait célébrer l’anniversaire de Dieu fait Homme à Bethléem et nous prépare à sa venue comme Juge.  A partir de Noël, le cycle liturgique s’attache à suivre Jésus pas à pas dans son œuvre rédemptrice afin que l’Église, bénéficiant de toutes les grâces qui se dégagent de chacun des mystères de sa vie, soit, comme  le dit saint Paul, l’Épouse sans tache, sans ride, sainte et immaculée qu’il pourra présenter à son Père lorsqu’il  reviendra à la fin du monde pour nous introduire dans son Royaume. Ce retour du Christ, désigné par le Dimanche Christ-Roi, est l’aboutissement de toutes les fêtes qui rythment le cours de la vie religieuse.

Le 3ème acte du cycle de Noël, qui se déroule durant le temps après l’Epiphanie, est le prolongement  du temps de Noël. La Divinité de Jésus continue à s’affirmer. Ce ne sont pas les Anges du Gloria in excelsis Deo ni l’étoile des Mages ni même la voix du Père et l’apparition de l’Esprit Saint, comme au Baptême de Notre Seigneur, mais c’est le Christ lui-même qui parle et agit en Dieu. Il exigera, comme nous le voyons au cycle de Pâques, la soumission de notre esprit et notre cœur à son enseignement et à la règle de conduite qu’il nous dicte. Il faut donc au préalable que ses paroles et ses actes manifestent son autorité divine.

Au cours de ces 2 cycles, l’Église s’habille en blanc comme couleur de Dieu. Et de même que l'or, Le blanc est utilisé pour manifester pleinement la fête. Couleur de la joie, de la lumière, et de la vie, la couleur blanche exprime aussi la simplicité, l'innocence, la pureté, la gloire angélique, le triomphe des saints, la sainteté et la foi, la dignité et la victoire du Rédempteur. En plus des fêtes de notre Seigneur Jésus-Christ : la Pâques, l'Ascension, la Fête Dieu, la fête du Sacré-Cœur et aux fêtes de la Vierge Marie, de la Toussaint, des anges, des Pontifes, des Docteurs, des Confesseurs, les vierges et en général de tous les saints et saintes qui ont exprimé leur foi sans donner leur vie par le martyre, l’Église se sert du blanc à Noël puisque c’est l’anniversaire officiel de la venue du Sauveur où, pour la première fois dans l’histoire, le gloria in excelsis Deo est chanté.

 

Puisse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur, la Vierge Marie, la 1ère prophétesse des temps nouveaux nous disposer à mériter les faveurs du temps de l’Avent. Ainsi, comme elle et par elle, nous serons vraiment prêts à accueillir Jésus : le Fruit béni de son sein.

 

Emmanuel FENELUS, Théo II

Grand Séminaire Notre-Dame, Haïti

Décembre 2013