Dieu, fais-nous revenir, que ton visage s’éclaire et nous serons sauvés !

Veillez

Tel est le cri de détresse d’un peuple humilié, opprimé, dispersé, écrasé : la supplication d’Israël à son Berger, dans une époque où le désespoir bat son plein. Une situation qui est foncièrement semblable à celle que vit le peuple d’Haïti pour qui nous adressons à Dieu une intention de prière. Nous prions également pour les migrants de la Lybie, pour nos frères d’Afrique… oui, c’est la voix d’Israël qui, au milieu de ses souffrances, a eu le courage de s’adresser à Celui qui resplendit au-dessus des Chérubins.

C’est ça l’important. C’est se persuader qu’au milieu de nos égarements, Dieu est là pour nous secourir et qu’il est là à toute heure : « JE SUIS », voilà comment s’est-il révélé à Moise (Exode 3,14). Il suffit de le Lui demander avec patience et détermination, c'est-à-dire avec foi. Voilà l’ambiance dans laquelle nous met Isaïe, en ce premier dimanche de l’Avent. Il nous invite à garder espoir, à ne pas entrer en tentation, particulièrement la somnolence spirituelle ; donc à rester vigilants.

Le temps de l’Avent dans lequel nous entrons aujourd’hui est justement ça. C’est un temps où la Mère-Eglise nous invite à rester éveillés pour ne pas rater notre rendez-vous avec son divin Epoux qui était venu, qui vient et qui reviendra dans sa gloire. Si, elle le fait, c’est parce que souvent, comme les dix vierges (32ème Dimanche A), nous nous sommes endormis. Et ce sommeil dont nous parle l’Evangile n’a rien de physique ; cette nuit n'est pas celle des horloges. C’est plutôt c'est celle de notre paresse, celle de la désespérance, celle de notre tiédeur spirituelle ; c'est celle d'un monde qui part à la dérive, celle de notre médiocrité spirituelle. Cette nuit, c'est quand l’indifférence fait écran à la solidarité, quand égoïsme emportent sur le partage, quand l’épine de la violence étouffe la semence de l'amour. Cette nuit, c’est le temps des ténèbres ; la même dans laquelle Judas se perdait (Jean 13,30) ; c’est celle des persécutions, celle de nos passions, celle des épreuves.

C'est de cette nuit, de ce sommeil que saint Paul, tout en utilisant un langage imagé pour parler de la vigilance, nous invite à nous arracher (Rom 13, 11). Quant au Christ, il nous appelle avec insistance à rester éveillés. Toutefois, il ne faut pas penser que ce sommeil a quelque chose à voir avec l’assoupissement des sens. Non ! Il n’a rien à voir avec la lutte contre le sommeil physique. Rester éveillé, c’est avoir l’attitude de l’épouse ; c’est pouvoir dire comme elle et avec elle : « Je dors mais mon cœur veille » (Cantique 5,2)

Rester éveillé, c’est attendre dans les difficultés. C’est garder l’espérance quand tout est noir, c’est balbutier sa prière quand les vents sont contraires. C’est recevoir de Dieu la grâce obscure de tenir bon, de rester debout lorsque tout paraît s’écrouler autour de nous. Rester éveillé, c’est vivre tout en persuadant que Dieu arrive chaque jour, mais toujours à l’improviste ! C’est se garder prêt pour l’imprévu de ses visites. C’est rester sur ses gardes ; c’est comme le conseillait Charles de Foucauld, «vivre chaque jour comme si tu allais mourir ce soir. » C’est le temps de l’Avent. Ce temps qui nous est donné pour réveiller notre attente, notre soif de Dieu.

Si dans l’évangile d’aujourd’hui Jésus, à quatre reprises, nous exhorte à rester éveillés, c’est parce que c’est archi-important pour nous qui vivons dans monde  qui somnole dans l'injustice, dans le désespoir, dans l'indifférence. Et pourtant, c'est dans ce monde-là que Dieu, comme il a envoyé Isaïe et les Prophètes, nous envoie pour être des messagers de l'espérance, pour être comme une maison aux fenêtres éclairées quand toutes les autres sont dans le noir, pour enfin devenir des sentinelles de l’aube divine, par la priere, la foi persévérante et par la charité attentive.

Puisse le Berger d’Israël réveiller sa vaillance et venir nous sauver en illuminant nos yeux afin que nous ne dormions pas du sommeil des agents de la mort (Ps 13,4). Qu’il nous aide à devenir des sentinelles qui, tout en veillant sur notre humanité, savent Le bénir dans la nuit. Ainsi, nos regards resteront fixés vers Celui qui viendra faire fleurir la paix et la vie.

 

Prions :

« Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal. Amen. »