« Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu »

Les Beatitudes



Cette promesse: Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu, rejoint la totalité de la béatitude. Après avoir obtenu un tel bien, peut-on désirer quelque chose d'autre, puisque en celui qu'on voit, on possède tout ? Car, dans le langage de l'Écriture, « voir » est synonyme de « posséder ». Par exemple : Voir le bonheur de Jérusalem signifie le trouver. Et quand le prophète dit : Que l'impie soit supprimé, pour qu'il ne voie pas la gloire du Seigneur, « ne pas voir » signifie : « ne pas partager ». Donc, celui qui voit Dieu possède tous les biens possibles du fait qu'il le voit : la vie sans fin, l'incorruptibilité éternelle, la béatitude immortelle, le royaume indestructible, la joie continuelle, la lumière véritable, les doux entretiens de l'Esprit, la gloire inaccessible, l'exultation intarissable, en un mot, tout le bonheur.

Ainsi donc, ce qui nous est proposé en espérance par la promesse de la béatitude est magnifique. Mais comme on l'a vu précédemment, la possibilité de voir Dieu dépend de la pureté du cœur. Alors, de nouveau, mon esprit est saisi de vertige. Il se demande si la pureté du cœur n'est pas une de ces choses impossibles qui dépassent notre nature. Car, si l'on voit Dieu grâce à elle, Moïse et Paul ne l'ont pas vu, et ils affirment que ni eux-mêmes ni un autre ne peuvent le voir. Il semble alors que ce qui nous est présenté maintenant par le Verbe dans cette béatitude soit quelque chose d'impossible.

Quel avantage trouvons-nous à savoir comment on voit Dieu, si c'est là une perspective irréalisable ? C'est comme si on nous disait que c'est une béatitude de vivre dans le ciel parce que, de là-haut, on peut voir des choses qu'on voit pas d'ici. Si l'on nous expliquait le moyen de nous rendre dans le ciel, il serait très utile aux auditeurs d'apprendre quel bonheur on trouve à y vivre. Aussi longtemps que cette ascension n'est pas praticable, la connaissance de cette béatitude n'a aucun intérêt ; au contraire, elle ne peut que nous attrister, puisqu'elle nous enseigne une chose dont l'accès nous est refusé. Le Seigneur, en nous donnant ce magnifique précepte, nous invite donc à ce qui est au-delà de notre nature et dépasse nos capacités ?

Ce n'est pas le cas. Le Seigneur n'ordonne pas de voler aux animaux qu'il n'a pas pourvus d'ailes ni de vivre dans l'eau à ceux qu'il a destinés à vivre sur la terre. Ainsi, chez tous les êtres, la loi est proportionnée aux capacités de ceux qui la reçoivent et ne fait jamais violence à leur nature. Nous devons certainement en conclure que nous n'avons pas à désespérer du but montré par la Béatitude des cœurs purs. Ni Jean ni Paul ni Moïse ni aucun de leurs semblables n'a été privé de ce sublime bonheur qui naît de la contemplation de Dieu. Ni Paul, qui a dit : Elle est préparée pour moi, la couronne de gloire que me décernera le juste juge. Ni Jean, qui a reposé sur la poitrine de Jésus. Ni Moïse, qui a entendu Dieu lui dire : Je te connais entre tous. Ces hommes, qui ont proclamé que la vision de Dieu dépasse nos capacités, sont sans nul doute des bienheureux. Or, la béatitude consiste à voir Dieu, et cela vient de la pureté du cœur. Il est donc certain que la pureté du cœur, qui rend bienheureux, n'est pas impossible.

Ainsi les hommes disent vrai en affirmant avec saint Paul que la saisie de Dieu est au-dessus de nos forces, mais le Seigneur ne les contredit pas lorsqu'il promet qu'on peut voir Dieu grâce à la pureté du cœur.

RÉPONS

R/ Dieu, toi mon Dieu,
je te cherche dès l'aurore !

Comment découvrir ta lumière,
où saisir un reflet de ta gloire ?

Jésus nous apprend le mystère :
le visage du frère est le visage de Dieu.

 

ORAISON

Dieu éternel et tout-puissant, dirige notre vie selon ton amour, afin qu'au nom de ton Fils bien-aimé, nous portions des fruits en abondance. PAr le Christ Notre Seigneur. Amen!