Notre-Dame (7)

De toutes les icones de l’Eglise, il n’en est aucune qui puisse résumer aussi parfaitement le mystère du plan de Dieu que celle de la passion, communément appelée Notre-Dame du Perpétuel Secours. Mieux que toutes les autres, elle évoque l’Eglise en la personne de la Vierge et son rôle salvateur, depuis l'Incarnation du Christ jusqu'à sa Résurrection Glorieuse en passant par sa mort sur la Croix.

Archétype d'une vierge douloureuse particulière, l’icône porte en réalité beaucoup d’autres noms : « Notre-Dame de la Passion », ou encore, en Russie, « Strastaïa » (= Notre-Dame du pressentiment de la Passion », « Notre-Dame de l'Incarnation Rédemptrice » ou « Vision Terrible ». Elle a fait son apparition dans la peinture byzantine, même si certains auteurs n’en sont pas d’avis. Car certains autres vont jusqu’à l’attribuer à Saint Luc. Découvrant l'œuvre achevée, disent-ils, la Vierge Marie aurait dit à Saint Luc : "Mon aide accompagnera toujours cette image".

 

DESCRIPTION DE L’ICONE

De style byzantin, peinte sur bois et à fond d'or éclatant, l'image de Notre-Dame du Perpétuel Secours présente la Vierge Marie avec son divin Enfant. Sur leurs fronts brille une auréole d'or. Le Christ rédempteur est dans les bras de sa Mère. Ses yeuxregardent au loin comme pour voir quelque chose qui n’apparaît pas dans l’icône, c’est la vision de sa passion. Cette vision provoque un sursaut en Jésus, sursaut qui lui fait échapper sa sandale. Les instruments de la passion sont tenus précieusement par deux anges, l'un à droite et l'autre à gauche, comme des trophées, instruments de victoire, par lesquels le salut a été acquis et les présentent à l'Enfant-Jésus effrayé, tandis que la Sainte Vierge regarde la scène pathétique avec une douleur calme et résignée.

On y voit également un voile bleu foncé couvre la tête de Notre-Dame. Sur la partie supérieure du voile, apparaît une étoile rayonnante. En la regardant, on y verrait, de prime abord, la main allongée de Marie qui pointe vers le visage de Jésus. Est-ce pourquoi on dit que l’’icône de Notre-Dame du Perpétuel Secours fait partie de la famille des icônes appelées « conductrices ». Elle représente le mystère de la Rédemptionet de l’intercession de Marie. Dans cette révélation, Marie voit la réalisation de la prophétie qu’un jour un glaive de douleur lui transpercera le cœur. Cette pensée explique une certaine tristesse dans le regard de Marie. C’est une Vierge de la Passion qui connaît la souffrance et peut compatir à la nôtre.


BRÈVE EXPLICATION DE L’IMAGE

Par la scène émouvante qu’elle offre à nos regards, cette antique icône nous suggère des enseignements. L’élan de Jésus vers sa Mère, témoin du même spectacle, et la tendre et confiante pression de leurs mains unies, nous disent que Marie fut pleinement associée par son divin Fils, dès avant le Calvaire, à ses souffrances et à son œuvre de rédemption.

Jésus, de son côté, en se réfugiant dans les bras de sa Mère, nous apprend que ce cœur maternel est notre refuge assuré, perpétuellement offert à nos craintes et à nos peines. Ses mains abandonnées entre les mains de Marie nous disent que celles-ci disposent de sa toute-puissance.

Par tout cet ensemble, Marie se montre à nous et nous est montrée par Jésus comme la Mère de Dieu, la Mère des hommes, celle qui, pour remplir sa mission providentielle, accepta la plénitude de la douleur et reçut la plénitude de l’amour et du pouvoir.

LES COULEURS DU TABLEAU

 

  • Ø Le fond or, fréquent dans l’art byzantin, indique la gloire et le ciel.
  • Ø Les traits dorés sur les habits sont destinés à accentuer les contours et les plis, procédé fréquent dans l’art byzantin.
  • Ø La tunique du Christ est verte (couleur de l’espérance), la ceinture cramoisie et le manteau d’un brun vif.
  • Ø Le brun était la couleur portée par les Juifs au moment du « sacrifice pour le péché ».
  • Ø La Vierge porte une tunique rouge, un voile d’un vert tendre, un large manteau d’un bleu foncé doublé d’une étoffe de couleur verte.
  • Ø Les anges sont habillés de vert et de violet.

 

LES INSCRIPTIONS EN GREC DE L’ICONE

Au-dessus de la Vierge, à droite et à gauche, dans les coins supérieurs de l'icône, on lit : (ΜΗΤΗΡ ΘΕΟΥ) abréviation de Mère de Dieu. Ces abréviations dérivent du slavon et du grec.

L’Enfant Jésus est dans les bras de sa Mère. Mais, au lieu d’arrêter son regard sur elle, il rejette la tête un peu en arrière et tourne les yeux vers l’objet qui met sur son doux visage un sentiment de frayeur. Ses deux petites mains serrent la main droite de sa Mère comme pour implorer sa protection. Il se rejette si vivement vers elle que sa sandale du pied droit se détache et n’est plus retenue que par une courroie.

Au-dessus de son épaule, on lit (ΙΗϹΟΥϹ ΧΡΙϹΤΟϹ) pour Jésus Christ.

 La pose de l’Enfant Jésus, le sentiment d’effroi peint dans ses traits, s’expliquent par la présence de deux archanges placés de part et d’autre et portant les instruments de sa future passion : à droite, l'archange qui, derrière Jésus, présente la croix et les clous à l'Enfant est Gabriel.

L’icône porte son nom inscrit en slavon (Архангел Гавриил) dans son abréviation traditionnelle. Le second archange à gauche est Saint Michel (Архангел Михаил). Il porte un vase, un bâton au bout duquel est fixée une éponge remplie de vinaigre et la lance, instrument de la Passion.

 

Voyons cela de plus près :

L’icône porte des abréviations en grec. Voici leur signification. En haut, de chaque côté de la tête de Marie, il y a deux inscriptions :

Une première inscription représente un « M » et un « R » majuscules,

en alphabet grec. Ce sont les première et dernière lettres du mot « Mater », qui signifie Mère. Marie est ainsi présentée comme Mère de Dieu.

 

La seconde inscription comprend deux lettres, un « T » et un « U », en alphabet grec également, pour le mot « Théou », qui veut dire Dieu.


 

Deux anges apparaissent dans une vision révélant la passion par laquelle Jésus devra passer.

Archange Michel 

L’ange de gauche porte l’inscription : c’est l’archange Michel, celui qui tient la lance et l’éponge.

 

 

 

Archange Gabriel

L’ange de droite porte l’inscription : c’est l’archange Gabriel qui porte la croix et les clous.

 


Jésus Christ 

Près de la tête de Jésus sur l’icône, on trouve inscrites les lettres « J » et « C » et « X » et « C » qui viennent de « Jesous Xristos » qui signifie Jésus Christ en grec. Jésus est présenté comme le Christ, c’est-à-dire le Messie, le Sauveur.

 

HISTOIRE DE L’ICONE

Du 22 juin au 31 juillet 431, autour de Saint Cyrille d'Alexandrie (fête le 27 juin), le Concile d'Éphèse professe les deux natures humaine et divine de l'unique personne divine qu'est JÉSUS en affirmant de Marie qu'elle est la "Théotokos" (Mère de DIEU). Le chant qui accompagne le Concile est le "Sub tuum praesidium" (Sous l'abri de ta miséricorde).

Tandis que pour certaines sources, l’icône de Notre-Dame du Perpétuel Secours serait venue de l’île de Crète en Méditerranée où elle aurait été peinte sur bois après l’an 1400, pour d’autres, c’est de Jérusalem où, en 444, une icône réputée miraculeuse, représentant la Mère de DIEU, serait offerte à l'empereur romain Théodose II. Dès 451, à Constantinople, capitale de l'Empire d'Orient, sa sœur Sainte Pulchérie fait construire une église pour la proposer à la vénération des fidèles. Elle est devenue l'objet d'une procession hebdomadaire qui obtient guérisons et nombreuses grâces.

Au rythme des miracles dont elle s'entoure, cette icône est abondamment copiée, notamment par le moine Lazare Au IXème siècle, qui aurait ajouté les deux Archanges Michel et Gabriel présentant au CHRIST les instruments de la Passion. Celui-ci devait offrir son œuvre au Pape Nicolas 1er, mais mourut en Crète avant d'atteindre Rome.

En 1453, la chute de l'Empire romain byzantin voit la destruction par le feu de l'église où l'icône vénérée semble définitivement perdue. Certains parlent de janissaires furieux qui l'auraient fendue en quatre à coups de cimeterre. Mais, vers 1490 -1496, on rapporte qu’un marchand génois en route pour Rome dérobe en Crète une copie de l'icône miraculeuse qu’elle y aurait été emportée; il voulait la protéger des Turcs qui menaçaient l’île de Crète. Sauvés miraculeusement d’une tempête, les marins attribuent à l'icône attribuent d'avoir réchappé au naufrage.

Sur son lit de mort, le marchand confia l’icône à un ami en lui demandant de faire placer l’image dans une église. Par trois fois, la Vierge apparut à cet ami pour exiger que l'icône soit placée dans un sanctuaire entre Sainte Marie Majeure et Saint Jean de Latran ; mais voilà que l’ami mourut lui aussi avant d’avoir accompli sa promesse. L’épouse de cet ami trouva l’image si belle qu’elle voulut la garder chez elle. Après la mort de cet homme, elle se montre à sa fille de six ans pour obtenir de la veuve qu'elle confie l'icône aux Frères Augustins responsable de l'église Saint Matthieu, bâtie à l'emplacement de l'ancien oratoire du Pape Saint Clet.

Le 27 mars 1499, lors de la procession d'intronisation, une femme paralysée d'un bras fut miraculeusement guérie au contact de l'icône. A Rome, en l'église Saint Matthieu, Notre-Dame du Perpétuel Secours est vénérée jusqu'à la destruction de l'église en 1798 par l'armée de Bonaparte, futur Napoléon 1er ; mais, heureusement, l’icône fut sauvée : Un des religieux Augustins qui desservaient ce sanctuaire eut le temps de soustraire secrètement la Madone miraculeuse et plaça l'icône dans la chapelle du Monastère Sainte Marie in Posturela. Il la cacha avec tant de soin, que pendant soixante ans, on se demanda ce qu'était devenue la célèbre peinture.

Des moines augustins irlandais, chassés d’Irlande par des persécutions, prirent la direction de l’église Saint-Mathieu en 1739 et héritèrent de l’icône. Ce qui restait de la communauté des Augustins irlandais s’installa en 1819 à l’église Sainte-Marie in Posterula près du Tibre, à Rome. Comme on y vénérait déjà Notre-Dame de Grâce, l’image de Notre-Dame du Perpétuel Secours fut placée dans un oratoire secondaire où elle tomba dans l’oubli.

Vers 1840, un vieux frère augustin, le Père Orsetti, confia à son jeune servant de messe, Michèle Marchi, que cette icône avait été grandement vénérée sous le vocable de Notre-Dame du Perpétuel Secours. Dieu permit qu'un concours de circonstances providentielles fît redécouvrir l'image vénérée.

En 1865, afin de rendre la pieuse représentation aux mêmes lieux où on l'avait priée jadis, Pie IX ordonna de la rapporter sur l'Esquilin, dans l'église St-Alphonse-de-Liguori bâtie dans l'enceinte où se trouvait autrefois l'église St-Matthieu.

Le 26 avril 1866, les Rédemptoristes intronisèrent solennellement Notre-Dame du Perpétuel-Secours en leur chapelle.  Depuis ce temps, grâce au zèle des fils de saint Alphonse et aux innombrables miracles obtenus dans leur pieux sanctuaire, la dévotion à Notre-Dame du Perpétuel-Secours a pris un essor extraordinaire.

Le 23 juin 1867, afin de reconnaître et de perpétuer le souvenir de ces précieuses faveurs, le vénérable Chapitre du Vatican couronna la sainte image avec grande pompe.  En 1876, le pape Pie IX érigea une Archiconfrérie dans l'église St-Alphonse, sous le vocable de Notre-Dame du Perpétuel Secours. Aujourd'hui, la Sainte Vierge est invoquée sous ce vocable dans la plupart des églises d'Occident.

Notre-Dame du Perpétuel Secours est la Patronne D’Haïti. On se souvient du 8 décembre 2017 où l’épiscopat haïtien re-consacra le pays à Notre-Dame du Perpétuel Secours. Cette année qui marque les 125 ans depuis que Notre-Dame a opéré le miracle de la guérison de la petite vérole ainsi que les 65 ans de la consécration d'Haïti à Notre-Dame sous le gouvernement du président Elie Lescot.

 

Prière à Notre-Dame du Perpétuel-Secours

 

O sainte Vierge Marie, qui, pour nous inspirer une confiance sans bornes, avez voulu prendre le nom si doux de Mère du Perpétuel-Secours, je vous supplie de me secourir en tout temps et en tout lieu: dans mes tentations, après mes chutes, dans mes difficultés, dans toutes les misères de la vie et surtout au moment de ma mort. Donnez-moi, ô charitable Mère, la pensée et l'habitude de recourir toujours à vous; car je suis sûr que, si je vous invoque fidèlement, vous serez fidèle à me secourir. Procurez-moi donc cette grâce des grâces, la grâce de vous prier sans cesse et avec la confiance d'un enfant, afin que, par la vertu de cette prière fidèle, j'obtienne votre Perpétuel Secours et la persévérance finale. Bénissez-moi, ô tendre et secourable mère, et priez pour moi, maintenant et à l'heure de ma mort. Ainsi soit-il.

 

SOURCES :
www.christroi.over-blog.com

www.nda59.fr

www.perpetuel.org