Arrivé dans un univers qu’il n’a pas choisi, se trouvant dans un monde qu’il n’a pas désiré, la quête de son identité a toujours été pour l’être humain l’une de ses plus profondes aspirations et ceci, depuis les temps les plus reculés. Et pour y parvenir, il ose toutes les tentatives. Il va jusqu’à aller frapper à la porte des dieux. Mais toujours est-il que ses résultats s’avèrent insatisfaisants. Tout lui est mystère. Il est devenu, comme le dit saint Augustin, un perpétuel questionnement pour lui-même. Même le milieu dans lequel il évolue l’étonne au point de le faire réfléchir[1]. C’est dans cette optique que je me tâche de réfléchir sur l’homme en général et le chrétien en particulier puis leur rôle dans la société. Je ne vais pas auprès des dieux ; mais grâce à une petite enquête menée avec minutie auprès de quelques personnalités et par le biais de quelques ouvrages consultés, je vais tenter d’étendre mon point de vue. Mon travail, je le diviserai en trois parties. Dans un premier temps, je vais transcrire ce que me disent un jeune, un vieillard, un homme de Dieu (un prêtre), un livre et l’anthropologie au sujet de ce que le Père Pierre Teilhard de Chardin appelle l’Elément humain. Dans un 2ème temps, je vais essayer de présenter, aussi succinct que possible, la conception biblique de l’homme. Et enfin, dans un 3ème temps, je vais, en qualité de chrétien, montrer le rôle du chrétien dans la société. Mais pour ce faire (la 3ème partie), je commencerai par définir la société et dire c’est quoi une société dégradée ; une société qui doit être relevée par l’action humaine ; et ensuite dire ce qu’est un chrétien. Tel est mon itinéraire.

  

Travaill

  1. Conception diversifiée de l’homme

1.1.- Témoignage d’un jeune et un vieillard

1.2.- Témoignage d’un homme de Dieu

1.3.- Deux définitions de livre

1.4.- Conception anthropologique de l’homme

2.- Conception biblique de l’homme (les deux Testaments)

3. Rôle de l’homme et du chrétien dans la société

3.1.- Définition de la société (une société dégradée)

3.2.- Une société relevée par l’action humaine

3.3.- Photographie du Chrétien

3.4.- Rôle du chrétien dans la société

  

 1.- Conception diversifiée de l’homme

1.1.- Témoignage d’un jeune et un vieillard

             Kesnel est un jeune de mon quartier, c’est mon frère cadet d’ailleurs. Il est en deuxième année en Administration scolaire et il est flic. L’approchant et lui demandant ce qu’il pense sur l’homme. Il m’a tout de suite répondu en en ces termes lesquels je transcris ici : « Pour moi comme plus d’un, l’homme est un être pluridimensionnel : il est biologique en ce sens qu’il ne peut s’échapper aux lois fondamentales de la vie (naissance - croissance – mort) ; il est psychologique, en ce sens que chacun a sa personnalité, nous sommes donc différents chacun l’un de l’autre ; il est un être social pour être naturellement et nécessairement membre d’un corps organisé qu’est la société ; il est un être viscéralement religieux car tout homme est lié par une force supérieure par Qui il se sent et est dépassé. Il est, en fin de compte, un être très fragile qui cherche à se siéger dans l’univers, à donner sens à son existence, à expliquer les choses de ce monde par la pensée et la réflexion ».

          La réflexion de mon feu grand-père, Emile Joseph, que j’ai un jour interrogé autour du même sujet est très familière de celle de son petit-fils Kesnel ; sauf qu’à celle de celui-ci il ajoute que : « L’homme, par son ingéniosité, est à même de reproduire et perfectionner ce qu’il a vu faire ses prédécesseurs. Il est un être « inachevé » qui est appelé à se construire ; il est en devenir. Il est  très fragile. Il a, en fait, en lui quelque chose d’inviolable : sa dignité humaine que nul et rien ne peut enlever ».

1.2.- Témoignage d’un homme de Dieu (un prêtre)

          Jangill Maimé est maintenant vicaire à ma paroisse d’origine : saint Jean-Baptiste, Trou-du-Nord. Nous nous sommes connus depuis le camp vocationnel (2007, Jacquesyl, Fort-Liberté) et nous avons fait ensemble le parcours ordinaire de la formation initiale vers la réception des Ordres sacrés jusqu’à recevoir ensemble les 1er et 2ème degrés du sacrement de l’Ordre ; un bon ami et un frère. Sa position autour du sujet est que voici : « Formé de cœur (siège des sentiments, de l’amour, de la volonté, de la générosité…), d’âme (principe d’animation, c’est-à-dire d’existence, de vie) et d’esprit (principe de la pensée, activité intellectuelle, intelligence), l’homme est la créature la plus chérie de Dieu. Il a été créateur et mis au cœur de la création pour en être le gérant, pour la parfaire par le travail. Le travail, a-t-il profité de me rappeler, n’est pas une conséquence du péché ; c’est une activité dans lequel l’homme se réalise et trouve toute sa dignité. De toute les créatures, l’être humain est le seul, par sa faculté de raisonner, à pouvoir réfléchir sur le sens de son existence, à pouvoir rechercher son identité.

       Dans cette véritable et profonde quête consistant à se prouver, l’homme ne s’est pas contenté de contempler sa grandeur. Il a toujours voulu une plus haute et plus décisive confirmation. Il ne lui a pas suffi de s’arracher par le bas. Il a rêvé et aura toujours rêvé – et ceci, tout homme – d’une transcendance qui l’arracherait par le haut, pensant avec raison que rien n’était trop grand pour lui dire ce qu’il est. Mais hélas, nonobstant ses efforts, il réussit quasiment en vain. L’homme ne peut dire, en réalité, qui il est. Car  il y’a, paraphrasons H. Bosco, en nous et autour de nous une part de noctunuité. L’homme se dépasse infiniment à cause d’un mystère qui le constitue[2] ; il est, en effet, une sorte d’énigme. Et c’est en face de la mort que l’énigme de la condition humaine atteint son sommet.

1.3.- Deux définitions de livre

           En ce qui a trait à la définition de l’homme, Placide Gaboury et le Père Pierre Crozon semblent nous dire l’essentiel. En gros, le premier présente l’homme comme quelque chose de mystérieux qui ne peut pas être prisonnier de nos catégories mentales. « L’homme, dit-il, est un aquarium[3]. Ce qui veut dire principalement deux choses. Premièrement, qu’on ne peut en sortir pour s’imaginer ce que serait voir l’aquarium de l’extérieur, et que l’on ne peut vivre en dehors de cet enclos. Deuxièmement, que ce serait illusion de s’imaginer comprendre ce qui se passe chez un autre parce qu’on verrait clairement le poisson à travers la transparence de l’eau. Le sens de l’homme ne peut être saisi que de l’extérieur, mais de l’intérieur et au-dedans de ses limites. C’est par implication plutôt que par explication, que l’homme est connu[4]».

         Le Père Crozon, pour sa part, nous dit que « l’homme est l’être qui s’interroge sur le sens de sa vie ; un être avec ses aspirations, ce mouvement de dépassement en lui, au-delà  des limitations, des contradictions et des échecs. Celui est capable de tant de réalisations, de pensée, de liberté, vivre en amour habité par l’attente de l’Eternité, qu’il y ait en lui cette protestation contre le mal et la mort. Il a en lui la présence de l’Infini, de l ’Absolu qui le fait être tel et l’appelle vers lui. Tel est l’homme dans sa réalité et sa contingence ».

 

1.4.- Conception anthropologique de l’homme

          « Tel est l’homme : un individu doué de raison ; bref : une personne[5] ». Cette définition du Père DESCOQS de l’homme s’avère, dans le cadre de notre travail, importante en ce sens qu’à partir d’elle, on pourrait bien déduire les principales thèses de toute l’anthropologie. Selon la conception anthropologique, la personne humaine d’abord englobe le corps aussi bien que l’âme, parce que la nature de l’homme est d’être un corps animé par une âme spirituelle. D’autre part, la personnalité, loin de dissimuler l’individu, l’accuse. L’individualité de l’homme est plus stricte, plus parfaite que celle des corps bruts et celle des animaux, en vertu de la liberté fondée sur la raison. Enfin, la personne humaine, étant douée d’intelligence et de liberté, est un sujet au sens moral du mot ; c’est-à-dire un sujet ayant des droits et des devoirs, lesquels sont déterminés par la situation concrète où elle se trouve ; des droits et des devoirs qui sont fondés sur la fin dernière à laquelle elle est ordonnée[6].

 2.      Conception biblique de l’homme (les deux Testaments)

            Le premier texte de la Bible parlant de l’homme nous enseigne que celui-ci a été créé «à l’image et la ressemblance de Dieu» qui lui donna la capacité de connaître et d’aimer son Créateur qui l’a créé libre et l’a couronné de gloire et de beauté. C’est ce que le Psalmiste a chanté : « qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme pour que tu prennes souci. Tu l’as voulu un peu moindre qu’un dieu…» Dieu a fait de lui le maître de toutes les créatures terrestres qui lui sont données (Genèse 1,26 ; Sagesse 2,23 ; Psaume 8,5-7). Cet homme, Dieu ne l’a pas créé solitaire. Dès le commencement, il les créa homme et femme (Genèse 1,27).  L’homme est donc créé communauté, comme son Créateur[7] ;  et, de par sa nature profonde, il est un être social. Déjà dans le livre des origines, l’homme apparait comme « un animal politique », pour reprendre l’expression que le maitre à penser grec (Aristote) devait utiliser plus tard. Cela sous-entend que sans relation avec autrui, il rend lui-même stériles ses qualités, ses potentialités : il se trahit dans ce qu’il est. Et participant à la lumière de la Sagesse divine, il a raison de penser que, par son intelligence, il dépasse l’univers des choses. Cette intelligence ne se borne pas aux seuls phénomènes, elle est capable d’atteindre, avec une authentique certitude, la réalité intelligible, en dépit de la part d’obscurité et de faiblesse que le péché laisse en lui. (Gaudium et Spes, 15).

        En plantant sa tente parmi nous, en prenant sans crainte chair dans le corps de la Vierge Marie[8], le Fils de Dieu a déifié la condition humaine. Il est venu redonner au genre humain ce qu’il avait perdu en Adam. Nous sommes ainsi devenus fils de Dieu (Gal 4,6-7). Depuis lors l’homme est invité, en dépit de sa liberté, à se tourner vers le bien ; à chercher son Créateur pour s’adhérer librement à lui afin de s’achever dans une bienheureuse plénitude.

 3.      Rôle de l’homme et du chrétien dans la société

3.1.- Définition de la société (une société dégradée)

        La société est une association de personnes, voire une interconnexion de groupes majeurs, se trouvant sur une division territoriale bien déterminée et se reliant entre eux par un ensemble de lois, de principes, de mœurs, de traditions… mais aussi par un destin commun. Elle est, de plus, un tout organique ; une manière, une méthode utilisée par les membres pour mieux assurer la socialisation. Mais quand les hommes ne prennent pas leur responsabilité, quand les droits et les devoirs sont violés… bref, quand il y’a absence des forces morales et que le code éthique (en vogue) pourrait être exprimé en ces termes « fais ce que tu veux, où et quand tu le désires ; il est interdit d’interdire ; laisse tomber la société, donne des ailes à ton esprit par la beauté, l’amour, le plaisir, la drogue, le ‘’rabòday’’… quand on cueille sa jeunesse en dehors des prescriptions morales ; quand la liberté est chérie d’une manière qui n’est pas droite, comme la licence de faire n’importe quoi, pourvu que cela plaise, même le mal ; quand, en fin de compte, c’est le libertinage qui est au timon des affaires, on parle alors de «société dégradée».

3.2.- Une société relevée par l’action humaine

        En nous offrant la nature dans l’objet de la dominer et de la gérer, bref pour être son gardien (Genèse 1,26-30), Dieu nous a donné d’abord la capacité de la comprendre et d’y intervenir à telle enseigne que nous sommes à même d’y inscrire des projets ; tout ceci, par le travail. Selon les divins dessins, être gérant de la nature, c’est travailler ; c’est imprimer à la nature une empreinte humaine, c’est situer l’activité de Dieu. En toute rigueur, Dieu seul crée ; mais lorsque l’homme travaille, il coopère à la création divine ; il participe au projet créateur continu de Dieu. Car, créé créateur, l’homme est appelé à parfaire la création qui n’est pas le simple témoin de l’œuvre que Dieu aurait accomplie une fois pour toute. Et le travail qu’on effectue n’est pas une activité qui se concerne seulement à titre personnel ou individuel. Tout travail authentiquement humain est offert à l’autre. Et réciproquement, ce que fait l’autre constitue pour son semblable une source de joie, d’enrichissement : condition du relèvement de la société. Et de plus, l’homme qui, tout en gagnant sa vie et celle de sa famille, mène son activité de manière à bien relever la société, est appelé à voir dans son travail un prolongement de l’œuvre du créateur, un service de ses frères, un apport personnel à la réalisation du plan providentiel dans l’histoire.

 

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3.3.- Photographie du Chrétien

        Le chrétien est celui qui évidemment se réclame du Dieu un et Trine. Etre chrétien, c’est croire que Jésus est la Révélation de Dieu et de vivre dans cette lumière. Le chrétien est celui qui, appelant le Christ Seigneur, confesse, par le fait même, que le Christ est Dieu et qui s’est fait par son baptême, membre de son peuple. Il met en lui toute sa foi. Il dit en même temps qu’il veut être au service des autres comme Jésus l’a demandé (Jean 13,13-14). Etre chrétien, c’est adhérer dans la confiance à la personne de Jésus : Fils de Dieu et au contenu de tout ce qu’il nous a révélé par ses Apôtres et son Eglise; c’est s’adhérer à la communauté de ceux qu’il était venu rassembler par sa mort et sa résurrection. « Le chrétien est celui qui est toujours prêt à répondre à quiconque lui demande compte de l’espérance qu’il porte en lui » (1P 3,15); c’est, de plus, mettre en pratique son discours sur la montagne (Mt 5-7), c’est aimer son prochain, c’est faire ce dont il a besoin.

3.4.- Rôle du chrétien dans la société

       Par son travail et par son génie, l’homme s’est toujours efforcé de donner un plus large développement à sa vie. Et encore aujourd’hui, aidé par la science et par la technique, il a étendu sa maîtrise sur presque toute la nature. Ce qui permet à la famille humaine de se reconnaître et de se construire progressivement comme une communauté au sein de l’univers. Devant cette immense entreprise, il revient au chrétien de donner le sens et la valeur de cette laborieuse activité, la fin de ces efforts, l’usage qu’il faut faire de toutes ces richesses (Gaudium et Spes 33).

        «Le message du chrétien ne détourne pas les hommes de la construction du monde et ne les incite pas à se désintéresser du sort de leurs semblables : il leur faut au contraire un devoir plus pressent » (Gaudium et Spes 34 §3). Car pour lui, une chose est sûre : c’est que cet énorme effort par lequel le genre humain, au fil du temps, cherche à améliorer sa condition de vie, n’est pas incompatible à l’action divine. Il est persuadé que les victoires du genre humain sont un signe de la grandeur divine et une conséquence de son dessin ineffable. De plus, c’est à lui qu’il appartient de promouvoir la justice, travailler de manière à étendre la fraternité, promouvoir un ordre plus humain dans les rapports sociaux, collaborer de bon gré et de grand cœur à la construction de l’ordre international qui doit se faire dans un respect sincère des libertés légitimes et dans l’amicale fraternité de tous ; bref, faire entrer  le levain de l’Evangile dans la pâte du monde, tout en faisant reconnaitre Dieu comme le Créateur, de telle sorte que, tout étant soumis à l’homme, le Nom de Dieu soit glorifié par toute la terre (Psaume 8, 7.10).

                                           

CONCLUSION

       S’interrogeant sur le sens de la vie, l’homme trouve que sa vie a un sens et qu’il a une destinée. Les hommes en général et les chrétiens en particulier en sont d’avis. Et les grandes tout comme les petites œuvres de l’art humain expriment de manière très suggestive cette fondamentale affirmation. C’est ce que ces lignes viennent d’essayer de traiter. Elles viennent de démontrer le rôle de l’homme dans la nature, à savoir la perfectionner ; et celui du chrétien consistant à sensibiliser le genre humain en lui faisant savoir que la nature est œuvre divine, que l’homme, en son œuvre sur la terre, prépare quelque chose de ce que le Christ attend et éternisera. Telle est également la tâche de l’anthropologie chrétienne consistant à faire dégager dans l’existence humaine les traces et les structures du projet divin et de mettre en évidence la rupture et la nouveauté de l’événement historique qui a lieu entre Dieu et les hommes.

 

 

ORIENTATIONS BIBLIOGRAPHIQUES

 

 

  1. AA.VV, Bible de Jérusalem, Cerf, 2001.
  2. Vatican II, Constitution pastorale « Gaudium et Spes », promulguée le 7 Décembre 1965
  3. GABOURY Placide, l’homme inchangé, Éditions de Mortagne, Ottawa, 1986.
  4. VERNEAUX Roger, Philosophie de l’homme, Beauchesne et ses fils, Paris, 1956.
  5. GESCHE Adolphe, Dieu pour penser l’homme II, Cerf, 1993.

 



[1] Pour Aristote, l’étonnement est l’origine de la philosophie

[2] Blaise Pascal in Adolphe Gesché, Dieu pour penser l’homme, 5.

[3] Réservoir vitré que l'on remplit d'eau et dans lequel on installe des espèces aquatiques, notamment des poissons.

 

 

[4] Placide G., l’homme inchangé, P. 16.

[5] Roger Verneaux, Philosophie de l’homme, P. 188.

[6] Cf. Ibid P.189

[7] D’où le dogme de la Trinité tiré clairement en 1Jean 4,8.16 : Dieu est amour.

[8] L’hymne « À toi Dieu / Te Deum »