Là où je suis, vous y serez aussi…

Ascension 2

(Jean 14,3)

 

Vient du latin « Ascendere  = monter», la solennité de l’Ascension qui se célèbre quarante jours après Pâques[1] est la montée de Jésus vers Dieu son Père[2]. Cette grande fête célèbre un mystère, celui de l’accomplissement de la Pâques dans le Corps total du Christ[3] : le Christ a fait entrer notre nature avec sa faiblesse dans la gloire de Dieu. Il est monté au Ciel pour nous rendre participants de sa divinité[4]. Il est à comprendre que l’Ascension n’est pas un événement privé entre Jésus et les disciples. Elle concerne toute l’humanité.

Mort et ressuscité, le Christ quitte ses disciples tout en continuant d’être présent auprès d’eux, mais différemment. Il promet de leur envoyer une force, celle de l’Esprit-Saint. Ainsi donc, la fête de l’Ascension, une des principales fêtes chrétiennes, s’inscrit dans le prolongement de Pâques et annonce la Pentecôte, dix jours plus tard. Voilà pourquoi, la couleur liturgique du jour est le blanc, couleur de la fête, de la lumière et de la joie.

 

L’Ascension et la Bible

Trois textes de la Bible parlent clairement de l’Ascension ; deux de saint Luc et un de saint Marc[5]. Dans le livre des Actes des Apôtres, saint Luc rapporte que, quarante jours après Pâques, Jésus apparaît une dernière fois à ses disciples et leur annonce : « Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins (…) jusqu’aux extrémités de la terre ». Après ces paroles, ils le virent s’élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée. L’évangile de Luc précise que les apôtres « retournèrent à Jérusalem, remplis de joie » et non tristes, comme on aurait pu s’y attendre. De la même manière, les chrétiens célèbrent l’Ascension dans la joie.

Le livre des Actes des Apôtres retient quelque chose de très important : « Après ces paroles, ils le virent s’élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée. Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que deux hommes en vêtements blancs se tenaient devant eux et disaient : Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Jésus, qui a été enlevé du milieu de vous, reviendra de la même manière que vous L’avez vu s’en aller vers le ciel[6] »

Ces deux hommes vêtus de blanc décrits par les Actes des Apôtres annoncent alors aux Apôtres que Jésus « reviendra de la même manière[7] ». Et, pour le moment, ils les incitent à ne pas rester les yeux vers le ciel : Ils les invitent à être actifs et non passifs ; ils les invitent à s’engager dans le monde pour porter la Bonne Nouvelle. Ils doivent retourner à leurs responsabilités. Celles-ci leur avaient justement été indiquées par le Christ : être ses témoins par toute la terre en annonçant sa mort et sa Résurrection, en faisant connaître son enseignement, en baptisant[8].

 

Depuis l’Ascension, un nouveau mode de présence

Croire que le Christ ressuscité est entré dans la gloire est un acte de foi. L’Ascension est source de liberté : loin de s’imposer aux hommes, Jésus les laisse libres de croire, et donc d’aimer véritablement. Jésus ne cesse d’inviter les hommes à le suivre : dans la foi, ils doivent apprendre à lire les signes de sa présence et de son action, en particulier dans la célébration des sacrements, notamment l’Eucharistie, mais aussi dans sa Parole, son Peuple, ses ministres (Evêques, Prêtres, Diacres)…[9]

Une Présence dans l’absence

Le livre des Actes des Apôtres rapporte que, pendant les quarante jours qui ont suivi Pâques, le Christ ressuscité s’est plusieurs fois montré aux disciples. L’Ascension marque la fin des apparitions du Ressuscité : Jésus « est monté au ciel », c’est-à-dire que désormais, ses disciples devront faire le deuil d’un certain type de présence, d’une présence charnelle.

Grâce à l’Esprit donné à la Pentecôte, ils vont expérimenter une nouvelle manière, pour Jésus ressuscité, de leur être présent. Désormais, les disciples devront « croire sans voir », ou plutôt « croire parce qu’ils ont vu [10]». Plus tard, saint Jean dira : « Voilà ce qui était depuis le commencement, et que nous avons entendu, et que nos yeux ont vu, et que nos mains ont palpé — je parle du Verbe qui est la vie. Car la vie s’est montrée à découvert et c’est la Vie éternelle que nous avons vue et dont nous parlons et que nous vous annonçons, — celle qui était auprès du Père avant de nous être montrée à découvert. Donc ce que nous avons vu et entendu, nous vous le faisons aussi savoir pour que vous soyez en communion avec nous — et nous, nous sommes en communion avec le Père et avec son Fils Jésus Christ. Et nous vous écrivons maintenant pour que notre joie soit parfaite [11]».

C’est sur leur témoignage crédible que nous fondons notre foi. L’Ascension est ainsi un envoi en mission adressé aux Apôtres comme aux hommes de tous temps. Il est l’articulation entre le désir du ciel et le service des hommes.

 

Compréhension des cieux à la lumière de l’Ascension

Il ne s’agit pas, bien-sûr, de comprendre le ciel au sens du firmament, de l’espace que nous observons au-dessus de nos têtes. Il s’agit d’un espace spirituel, celui de Dieu. L’Ascension de Jésus n’est pas donc un voyage dans l’espace, vers les astres les plus lointains, car les astres sont eux aussi faits d’éléments physiques comme la terre. Pour les croyants, monter aux cieux c’est rejoindre Dieu et vivre en son amour. Ici, nulle question de magie ou d’action spectaculaire. À propos du Ciel, le Catéchisme de l’Eglise catholique parle de « l’état de bonheur suprême et définitif [12]». Jésus ne s’est pas éloigné des hommes mais maintenant, grâce à sa présence auprès du Père, il est proche de chacun, pour toujours.

Le Catéchisme continue pour préciser que « ce mystère de communion bienheureuse avec Dieu et avec tous ceux qui sont dans le Christ dépasse toute compréhension et toute représentation. L’écriture nous en parle en images : vie, lumière, paix, festin de noces, vin du royaume, maison du Père, Jérusalem céleste, paradis [13]»…

 

Ce que l’Ascension fait de nous…

Disons de prime abord qu’elle fait de nous des témoins. Car cette absence du Christ est en même temps forte d’une promesse et d’une invitation à la mission : « vous allez recevoir une puissance, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre[14] ».

Il ne s’agit pas de rester les yeux levés vers le ciel, ou plus spécialement vers le firmament. L’Ascension est un appel à la responsabilité. Il revient aux chrétiens désormais d’être témoins du Christ ! Le mystère de l’Ascension signifie que le temps des témoins commence, le temps de l’Eglise. Sans Ascension, pas d’Eglise. Jésus va rendre ses disciples et apôtres définitivement capables de porter témoignage. Désormais Pierre va parler et enseigner avec autorité comme Jésus, de même que Paul ; et maintenant, nous chrétiens, après eux.

 

Et quelle attitude à adopter?

L’Ascension nous fait passer de la tristesse à la joie. Et la joie qui fait suite à cet événement s’explique par cette annonce du Christ rapportée par Saint Matthieu : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ». Ce qui nous permet de voir que l’Ascension n’est pas la célébration d’un départ triste. Les disciples étaient tristes avant, quand ils ne comprenaient pas le sens des événements de Jérusalem, quand ils ne comprenaient pas que le Messie devait souffrir pour entrer dans la gloire, surtout tant qu’ils n’avaient pas compris que Jésus devait monter vers le Père pour envoyer l’Esprit.

Autrement dit, le Christ est sans cesse présent auprès des hommes : même si, à la suite de l’Ascension, il n’est plus là physiquement, il l’est dans les sacrements, plus précisément celui de l’Eucharistie[15]. Il l’est également auprès de ceux qui prient, seuls ou à plusieurs : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux », avait-Il dit un jour aux apôtres[16]. Finalement, l’achèvement de sa vie terrestre permet sa présence auprès des hommes de tous temps et de tous lieux, présent dans sa Parole, présent dans ses ministres sur terre, présent dans le Pain et le Vin de l’eucharistie, présent dans l’affamé nourri ou le malade visité, présent dans la liturgie communautaire comme dans la prière faite dans le secret de nos chambres.

 

L’Ascension, chaque jour est une occasion de choisir de monter…

Cette fête de l’Ascension nous rejoint tous au cœur, quelle que soit notre situation. Elle se définit comme le lieu de décision qui oriente toute vie chrétienne, tendue entre le désir du ciel et le service des hommes. L’Ascension fait donc partie des événements fondateurs de la foi en Christ, d’autant plus qu’elle a rendu aux hommes leur liberté : loin de s’imposer à nous, Jésus nous laisse libres de croire et donc d’aimer véritablement.

Disons au final que, mystère de gloire, l’Ascension n’est pas une évasion du Christ de notre condition humaine, car il nous a promis de demeurer avec nous tous les jours jusqu’à la consommation des siècles. De même la contemplation du ciel n’est pas pour les chrétiens une évasion : si les anges rappellent aux Apôtres que le Christ reviendra, c’est pour les renvoyer à leurs tâches, c’est pour renvoyer, nous chrétiens d’aujourd’hui, à la mission baptismale consistant à témoigner de tout ce que nous avons vu et entendu. Puisse le Seigneur, qui règne déjà sur son trône de gloire et se tarde de voir tous ses frères unis dans une même louange et une même action de grâce, lui qui nous a choisis comme ses disciples et ses apôtres, nous montrer la route qu’il veut emprunter avec nous pour que nous puissions annoncer avec zèle son Nom glorifié.

 

Dieu qui enlèves le Christ au-dessus de tout, ouvre-nous à la joie et à l’action de grâce, car l’Ascension de ton Fils est déjà notre victoire : nous sommes les membres de son Corps, il nous a précédés dans la gloire auprès de toi, et c’est là que nous vivions en espérance.

Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur et notre Dieu, qui règne avec toi et le Saint Esprit maintenant et pour les siècles des siècles. Amen[17] !

 

 

 

Source :

  1. Bible des Peuples, Fuenlabrada, Madrid, 2004.
  2. Catéchisme de l’Eglise Catholique, Centurion, Paris, 1998
  3. Journel Pierre, Missel de la semaine, Desclée, imprimé en Belgique, 1973
  4. www.la-croix.com
  5. www.regnumchristi.fr


[1] Ordinairement un Jeudi. Dans certains pays, elle est célébrée le 7ème Dimanche de Pâques.

[2] Pour Jésus, on parle d’Ascension, comme le dit le Credo, il est monté aux cieux où Dieu l’a fait Seigneur et Christ (Actes 2,36). Le verbe est à la voix active. Tandis que pour Notre-Dame, on parle d’Assomption ; on fait monter Marie (Ap 12,14) dans les cieux pour être couronnée Reine du ciel et de la terre.

[3] Commentant la lettre aux Colossiens, saint Augustin dit que le Christ total, c’est le Christ (Tête) et nous (les membres).

[4]  2Cor 8,9 ; Jean 14,3.

[5] Luc 24,51 ; Actes 1,6-11 ; Marc 16,19.

[6] Actes des Apôtres1,9-11

[7] Tel que nous le professons dans le credo : il est monté aux Cieux et est assis à la droite du Père. Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts…

[8] Fin de l’Evangile de Matthieu.

[9] www.lacroix.com.

[10] Jn 20, 30-31.

[11] 1Jean 1,1-4

[12] Catéchisme de l’Eglise Catholique, 1024.

[13] Catéchisme de l’Eglise Catholique, 1027.

[14]  Actes 1,8.

[15] A la fraction du Pain, les yeux des voyageurs d’Emmaüs se sont ouverts et l’ont reconnu ; mais lui déjà était devenu invisible à leurs yeux (Luc 24,30-31). C’est une façon au Christ de leur dire que désormais, vous ne me verrez plus, sinon dans ce bout de Pain qui est mon Corps, livré pour vous (Luc 22,19)

[16] Matthieu 18,20

[17] Collecte pour l’Ascension.