Maximilien Kolbe

 

Au fil de l’histoire, Dieu se fait connaître comme le Dieu créateur, vivant et vrai, à qui l’homme doit rendre un culte par des sacrifices saints, car il est Saint (Ps 99,3.5.9). En effet, la sainteté a toujours été et reste un attribut exclusif de Dieu. Par contre, nous sommes tous, nous humains, appelés par Dieu lui-même à devenir saints comme il l’est (Lv 11,44 ; Mt 5,48). Avec le Christ, cette vocation première et universelle de tout homme devient encore plus accessible dans la mesure où nous le suivons, croyons en lui et agissons comme lui; et cela, dans tout ce que nous faisons et partout où nous sommes. Dans ce dynamisme, Maximilien Kolbe se révèle un modèle ; lui qui – après le Christ et parmi tant de frères et sœurs -,  par le don de sa vie, nous montre jusqu’où peut arriver l’amour fraternel et l’esprit de solidarité. Découvrons-le.

Sa Vie : Né le 7 janvier 1894 à Zduńska Wola (en Pologne) d’une famille assez pauvre mais profondément unie et croyante, Maximilien-Marie KOLBE, dont le nom de naissance est Rajmund Kolbe, était un petit garçon très turbulent jusqu’à l’âge de 10 ans quand, un jour, sa mère Marie Dabrowska, atterrée par sa turbulence, lui demanda : « Mon pauvre enfant, qu'est-ce que tu deviendras ? » bouleversé par cette question, il lui avoua : « J'ai beaucoup prié la Sainte Vierge de me dire ce que je deviendrai. Alors elle m'est apparue en tenant deux couronnes, l'une blanche et l'autre rouge. Elle m'a regardé avec amour et me les a proposées. La blanche signifie que je serai toujours pur et la rouge que je serai martyr. Je les ai acceptées toutes les deux ! »

A l’âge de 13 ans, Rajmund (Raymond) se sent fasciné par la vie de Saint François d’Assise. Ainsi, se décide-t-il d’entrer au petit séminaire des Franciscains conventuels de Lwow. En 1910 il commence son noviciat et prend le nom de Maximilien-Marie. En dépit de sa fragile santé et des attaques de tuberculose, Maximilien fit de très brillantes études à Rome. En 1917, en pleine guerre mondiale, il fonda avec quelques compagnons « la Milice de l'Immaculée », dont l’objectif est la conversion de tous les pécheurs par le biais de l'exemple, la prière, la souffrance, le travail, et la consécration totale à l'Immaculée. Maximilien est aussi très proche de Thérèse de l'Enfant Jésus à qui il confie ses désirs missionnaires infinis.

Ordonné prêtre le 28 avril 1918, Maximilien retourna en Pologne et créa en janvier 1922 le journal « Le Chevalier de l'Immaculée ». En août 1927, il fonde Niepokalanow, « la cité de l'Immaculée », près de Varsovie. Il y met en place une maison d'édition et une station de radio (il était lui-même radioamateur sous l'indicatif SP3RN), toutes deux destinées à promouvoir la vénération de la vie de la Vierge Marie.  En 1930, il part avec quatre autres frères pour le Japon, où il fonda "Mugenzai No Sono", "Jardin de l'Immaculée", dans la banlieue de Nagasaki et y imprime une revue mariale. Il demeure jusqu'en 1936 dans cette cité qui sera restée intacte après l'explosion en 1945 de la bombe atomique sur Nagasaki.

Vaincue, la Pologne est occupée et le Père Maximilien fut arrêté une première fois avec ses frères le 19 septembre 1939. Relâchés le 8 décembre, ils retournèrent en Niepokalanow et la retrouvèrent saccagée. Maximilien réussit à publier un dernier numéro du « Chevalier » avant d'être arrêté à nouveau le 17 février 1941. Le 28 mai, il est transféré à Auschwitz.[1] Il y est particulièrement maltraité en tant que chrétien et prêtre.

En juillet 1941, un homme disparaît dans le bloc 14 où se trouvait le père Kolbe. Aussitôt, les Nazis sélectionnent dix hommes de la même baraque et les condamnent à mourir de faim et de soif. Un des malheureux désignés pour la mort s'écrie : « Oh ! ma pauvre femme et mes enfants que je ne reverrai plus ! ». Son nom était Franciszek Gajowniczek. Voilà qu’au milieu de ses camarades interdits, le Père Maximilien se fraie un chemin et sort des rangs. « Je voudrais mourir à la place d'un de ces condamnés », et il désigne celui qui a lamenté. « Qui es-tu ? » demande le chef. « Prêtre catholique », répond le Père. L'officier, stupéfait, garde un moment le silence puis accepte l'héroïque proposition. Il est exécuté d'une injection de phénol dans le bras qu’il tend lui-même à la veille de l’Assomption et son corps est brûlé dans un four crématoire le 15 août, Solennité de l’Assomption. Ayant survécu à la captivité, Franciszek Gajowniczek, le père de famille sauvé par Saint Maximilien, a assisté à la canonisation de son sauveteur et sera décédé en 1995.

Béatifié comme confesseur le 17 octobre 1971 par le Pape Paul VI, Maximilien Marie Kolbe a été canonisé le 10 octobre 1982 comme martyr par le Pape Jean-Paul II. Vénéré dans l’Eglise catholique et Anglicane le 14 août,  saint Maximilien Kolbe est désigné comme un des saints patrons des électriciens, des radioamateurs, des journalistes, des prisonniers politiques et des toxicomanes. Deux (2) miracles sont en effet attribués à l’intercession de Kolbe et ont permis sa canonisation : la guérison d’Angela Testoni, atteinte d’une tuberculose en juillet 1948 et celle de Francis Ranier, atteint de la calcification artérielle, en août 1950.

 

 Maximilien dans l’aujourd’hui de notre temps

Aujourd’hui l’amour devient l’un des mots les plus galvaudés. Les poètes, les artistes sont las de le chanter ; à force de le prêcher, les prédicateurs restent sans voix; des écrivains dépensent des nuits sans sommeil afin de rédiger des tonnes de livres extraordinaires, tous traitant de l’amour. Et pourtant, en dépit de tous ces efforts consentis, l’amour reste encore un idéal à poursuivre. Nous vivons dans un dynamisme d’échange. Par cet acte empreint d’héroïsme, le Père Maximilien nous appelle à cultiver la solidarité humaine qui est un lien fraternel et une valeur sociale importante unissant le destin de tous les hommes les uns aux autres, une démarche humaniste qui fait prendre conscience que nous sommes appartenus à une même communauté.

Aujourd’hui, nombreuses sont les familles qui ont échoué dans leur amour et qui ont décidé de se séparer et pourtant elles n’avaient rêvé que de bonheur. Il y a dans le monde un grand nombre de personnes qui malheureusement ne peuvent en aucune façon se référer à ce que l’on pourrait définir famille au sens propre. De larges portions de l’humanité vivent dans des conditions d’extrême pauvreté, où la promiscuité, le manque de logement, les relations instables et irrégulière ne permettent pas, dans la pratique, de pouvoir parler de famille; d’autres personnes sont restées seules… (saint Jean-Paul II, Familiaris Consortio 85) et tout cela, à cause d’un père qui n’a pas su prendre sa responsabilité. En donnant sa vie pour ce père de famille et cette famille elle-même, Maximilien Kolbe, à l’instar de son divin Maître, révèle jusqu’où peut arriver l’amour. Il a réalisé cette demande du Christ : « Il ne peut pas y avoir de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15,13). D’ailleurs, « que souhaiter de plus grand ? Je ne connais rien de plus sublime que cette affirmation de Jésus », écrivait-il le 18 août 1939. Donc, rien n’est impossible à l’amour. L’amour ne se dit pas mais il se vit et se révèle pas des actes concrets. Nos rêves peuvent changer la face du monde dans l’unique mesure où ils sont accompagnés d’actions.

Devant l’accomplissement d’un acte combien héroïque, le Père Maximilien Marie Kolbe nous parle, à nous pères de famille. Reconnaissant le rôle essentiel et irremplaçable d’un père de famille, il précède à la 5ème conférence de l’épiscopat latino-américain et des Caraïbes pour nous rappeler que « l’homme, dans sa spécificité, est appelé à occuper un lieu original et nécessaire, dans la construction de la société, dans la création de la culture et dans la réalisation de l’histoire. Profondément motivé par la belle réalité de l’amour qui a sa source en Jesus-Christ, l’homme se sent fortement invité à former une famille. Là, dans une essentielle disposition de réciprocité et de complémentarité, il vit et il valorise pour la plénitude de sa vie, l’active et irremplaçable richesse de l’apport de la femme, qui lui permet de reconnaitre plus clairement sa propre identité[2] ».

Maximilien Kolbe reste un phare, comme le dit le Pape Jean-Paul II, pour notre temps difficile. Le geste de cet homme, s’il fût accompli en quelques secondes, le temps de faire un pas en direction du chef de camps, n’est cependant pas spontané. Il intervient au terme d’un itinéraire qui le dépasse et, ainsi nous invite à refaire route ensemble, à embrasser la cause de l’autre comme notre propre affaire. Nous arrêtons avec cette demande du père Kolbe : Je demande à chacun, quel que soit son pays, sa confession, sa culture ou sa tradition, de faire cause commune pour que soit tenue la promesse faite au tournant du Millénaire et pour que les générations futures reçoivent la paix, la prospérité et le progrès durable en héritage. Comment en effet mieux exprimer l’amour pour sa famille, sa femme et ses enfants, sinon en faisant comme le père Kolbe : oser, à la suite du Christ, le geste total ?



[1] Le plus grand des camps de concentration nazis, situé à environ 60 km de Cracovie. Il a été édifié en 1940 sur l’ordre de Heinrich Himmler, afin d’être utilisé comme camp d’extermination. Hitler y extermina 6.000.000 à 12.000.000 Juifs.

[2]  Aparecida 559