Jesus educateur

(à la lumière de « Le laïc catholique, témoin de la foi dans l’école »

 

        L’éducation ne cesse guerre de se ranger parmi les thèmes qui, de toute éternité, sont le plus sérieusement abordés par les grands philosophes. Platon, Aristote, les Stoïciens, Saint Augustin, Saint Thomas d’Aquin, Hobbes, Jean-Jacques Rousseau, Emmanuel Kant, Hegel… en parlaient tellement, qu’ils en auraient fait thème central de leur pensée. Même Descartes, peu soucieux d’enseigner qu’il était, a ouvert son ‘’Discours de la Méthode’’ par une mise en question de l’éducation qu’il a reçue. Au carrefour de l’époque contemporaine, elle se révèle encore d’une extrême importance pour un monde libre, égal et fraternel : un monde en panne d’humanité. Car elle est ce point d’intersection où doit nécessairement passer toute vraie réalisation, tout authentique développement intégral de la personne humaine. Ceci est tellement vrai que l’Eglise, qui vise la croissance pleine de l’homme, juge très opportun de proposer de nouveaux horizons pour un nouvel élan.  Ainsi, des différents documents relatifs à l’éducation publiés par l’Eglise, nous épinglons « Le laïc catholique, témoin de la foi dans l’école », dans lequel nous chercherons, après avoir fini de présenter le résumé,  à faire ressortir le profil de l’éducateur qui y émerge.

      En effet, publié à Rome, le 15 Octobre 1982, par la Sacrée Congrégation pour l’éducation catholique, en la fête de sainte Thérèse de Jésus (IVème centenaire de sa mort), sous la préfecture du Cardinal américain William BAUM et la secrétairerie de Son Excellence Mgr Antonio M. Javierre, Archevêque titulaire de Meta, ce document avait été rédigé suite à un constat où l’on avait inventorié : 1) une atténuation considérable, au cours de ces dernières années, dans le nombre de prêtres, de religieux et de religieuses consacrés à l’enseignement ; 2) une pénurie de vocations, tandis qu’il s’avérait urgent de s’occuper d’autres nécessités apostoliques pour la pastorale de l’Eglise. Ainsi, dans ce document, nous trouverons des  pistes efficaces, des orientations certaines pour un « redorement » du blason de l’éducation, à travers ces quatre aspects fondamentaux, à savoir :

-          Identité du laïc catholique dans l’école

-          Comment y vivre sa propre identité

-          Formation du laïc catholique pour être témoin de la foi dans l’école

-          Soutien de l’Eglise au laïc catholique dans l’école

 

      Selon la Sacrée Congrégation, la présence des Ecclésiastiques, des Religieux et religieuses, et particulièrement, des laïcs catholiques se révèle nécessaire en ce qui a trait à l’éducation intégrale des enfants et des jeunes. Est-ce pourquoi elle (la Sacrée Congrégation) se peine à définir, en tout premier lieu, l’identité du laïc catholique dans l’école, dont la vocation propre consiste à promouvoir le Règne de Dieu à travers la gérance des choses temporelles qu’il (le Laïc) cherche toujours à ordonner suivant la dynamique de Dieu. Or la façon d’y être témoin de la foi dépend de son identité propre, particulièrement dans l’Eglise et dans son milieu de travail. Le laïc a donc intérêt de vivre sa vocation là où il travaille. Et la meilleure façon de la vivre, souligne la Sacrée Congrégation, c’est par le partage de son savoir, tel que l’a souligné sainte Thérèse de Jésus : « Quand la foi est grande, il faut la partager. ». La liberté respectueuse des autres, la solidarité et le service envers tous les hommes et enfin la sensibilité à l’égard de la justice, ajoute-t-elle, sont aussi des traits très importants pouvant aider au laïc de vivre son identité.

        Selon ce document, le laïc qui se prépare à travailler dans l’école doit s’armer d’une formation intégrale équilibrée tant sur le plan religieux, spirituel, culturel, humain que professionnel. Cette dernière se révèle plus importante, en ce sens qu’elle l’habilite à accomplir avec garantie sa mission éducatrice. Dans cette perspective, l’Eglise a son soutien à apporter. Elle doit chercher à consolider la foi du laïc, nourrir son espérance et l’aider à grandir dans la charité, qui doit l’animer. Sur le plan matériel, l’Eglise doit l’aider également à exercer certains droits : se nourrir, se vêtir, se soigner…, bref, vivre dignement. Voyons à présent le profil de l’éducateur qui émerge de ce document

       « On ne donne pas ce qu’on n’a pas », disait naguère saint Thomas. Aussi savante que juste, cette affirmation n’est pas sans compréhension aux yeux du Cardinal préfet de la Sacrée Congrégation ; autrement dit, lors de la rédaction de ce document, cette affirmation n’était pas restée dans l’ombre. Voilà pourquoi, tout en mettant pas mal d’accents sur le laïc catholique et son importance dans le domaine de l’éducation, on y a fait émerger le profil de l’éducateur, lequel nous allons tenter de faire ressortir. Et selon le document, il serait souhaitable que, mieux que le commun des éducateurs, l’éducateur-laïc soit :

  • Ø Quelqu’un qui a le souci et même la hantise de former des personnalités autonomes et responsables, capables de choix libre et juste. Quelqu’un qui sait préparer des personnalités à s’ouvrir à la réalité et à se faire une conception de vie déterminée ; bref, quelqu’un qui peux les conduire à une relation de dialogue préparant la voie au témoignage de foi.
  • Ø Quelqu’un qui est capable de partager de tout cœur, faire siennes les indications que l’Eglise, éclairée par la Révélation divine, a formulées ; c’est-à-dire, quelqu’un qui cherche constamment à s’identifier au Christ qui, seul, peut lui accorder la force nécessaire afin de pouvoir réaliser sa vocation.
  • Ø Quelqu’un qui cherche en tout lieu et à tout moment à vivre sa vocation ecclésiale propre et qui s’efforce d’acquérir une solide formation professionnelle qui recouvre, dans ce cas, un éventail très vaste de compétence culturelle, psychologique et pédagogique.
  • Ø Quelqu’un qui se comporte constamment en témoin de la foi et qui se révèle attentif à s’ouvrir au dialogue correspondant entre la culture et la foi, pour favoriser à ce niveau la synthèse intérieure convenable de la part de l’élève.
  • Ø Quelqu’un qui ne se lasse pas de présenter positivement et aisément les valeurs chrétiennes comme des stimuli suscitant chez l’élève des aptitudes, telles : la liberté respectueuse des autres, la responsabilité consciente, la recherche sincère et permanente de la vérité… et la conscience spéciale de se sentir appelé à être un agent positif de changement dans une société en transformation continuelle.
  • Ø Quelqu’un qui est capable de dialogue avec l’élève qui a et aura toujours besoin d’être accompagné pendant sa croissance et aidé autant qu’il faut pour surmonter ses doutes et ses embarras, cela, afin d’intégrer avec aisance la société et la communauté humaine tout entière.
  • Ø Quelqu’un qui, ayant pris conscience de l’immense mais noble tâche qui lui est attribuée, se prépare avec une sollicitude toute particulière, à acquérir la connaissance, aussi bien profane que religieuse, qui soit sanctionnée par des diplômes appropriés ainsi qu’un savoir-faire pédagogique en accord avec les découvertes modernes, tel que le suggère les Pères conciliaires (Cf. Gravissimum Educationis 8).
  • Ø Quelqu’un qui est capable d’humilité qui l’habilitera à reconnaitre ses limites, ses erreurs, la nécessité de se ressourcer constamment et la constatation que l’idéal qu’il poursuit sera toujours hors de son atteinte.
  • Ø Quelqu’un qui se laisse animer d’une charité permanente et croissante qui le maintiendra dans l’amour pour son élève, qui lui permettra de voir en lui l’image et la ressemblance de Dieu, une créature élevée à la dignité de fils de Dieu grâce à  la Rédemption accomplie par Jésus-Christ (Cf. Ga 4,4-7).

       Pour faire bref et en guise de conclusion, disons que c’est au laïc catholique – qui, se laissant pénétrer d’esprit apostolique pour rendre témoignage, par sa vie autant que par son enseignement, au Maitre unique, le Christ -, que l’Eglise fait confiance pour intégrer adéquatement l’Evangile dans les réalités temporelles et former son élève de manière à pouvoir travailler efficacement au bien de la cité terrestre et, en même temps, à l’expansion du Royaume de Dieu, afin que, par l’exercice d’une vie exemplaire et apostolique, il devient comme un levain de salut pour la communauté des hommes (Gravissimum Educationis 8).